Et si Widmer-Schlumpf avait raison sur l’Europe?

La RédactionJudith Mayencourt, cheffe de la rubrique Suisse, s'interroge sur l'opportunité de revoter sur l'immigration.

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Était-ce la chaleur, le décalage horaire? Ou l’envie, pour une fois, de briser la sacro-sainte collégialité qui consiste à éluder toute question intéressante au profit d’une formule aussi creuse qu’imperméable? En voyage à Singapour, Eveline Widmer-Schlumpf s’est lâchée. Elle a donné son opinion personnelle sur un sujet tout à la fois ultrasensible sur le plan intérieur, et ultra-exposé sur le plan extérieur: le dossier européen.

La conseiller fédérale a donc dit le fond de sa pensée. Non, lutter contre l’immigration de masse à travers des contingents n’est pas compatible avec la libre circulation des personnes. Et oui, pour débloquer la situation, les Suisses devraient revoter rapidement. La maligne Grisonne a pris soin de signer son méfait, en précisant clairement qu’il s’agissait d’un avis personnel et non d’une opinion officielle du gouvernement helvétique.

«N’est-il pas plus simple, plus raisonnable et plus efficace de revoter sur la question européenne?»

Alors que le bisou appuyé de Jean-Claude Junker n’avait pas encore séché sur la joue de Simonetta Sommaruga, l’aveu sonnait comme une insulte au courageux chemin de croix stoïquement parcouru par la présidente de la Confédération à Bruxelles. A la vérité, la ministre des Finances dit tout haut ce que beaucoup – à commencer par Didier Burkhalter – pensent tout bas. Les chances d’une solution négociée avec l’Union européenne sont extrêmement minces. Et surtout cela nécessiterait un temps que la Suisse n’a pas. D’abord parce que l’initiative contre l’immigration de masse doit être mise en application dans un délai de trois ans. Et ensuite parce que laisser pourrir la situation avec notre premier partenaire commercial pourrait se révéler très pénalisant. Les appels des milieux économiques se font tous les jours plus pressants pour que Berne restaure la stabilité des conditions-cadres, qui sont un des ingrédients indispensables à la réussite des entreprises.

Dès lors, n’est-il pas plus simple, plus raisonnable et plus efficace de revoter sur la question européenne? Et préciser comment le peuple entend hiérarchiser les priorités. Faut-il garantir à tout prix les bilatérales, et alors abandonner toute idée de freiner par des moyens contraignants l’arrivée de travailleurs européens? Ou alors introduire des contingents et prendre le risque de perdre les quelque 150 accords bilatéraux qui régissent les échanges entre l’UE et la Suisse?

Les risques d’un vote rapide sont limités. Plusieurs sondages confirment l’attachement des Suisses aux accords bilatéraux. Et la soudaine envolée du franc suisse, qui plombe les perspectives économiques, va freiner le besoin de main-d’œuvre étrangère. Les difficultés actuelles sont peut-être la fenêtre d’opportunité pour entamer une discussion plus sereine sur le sujet qui déchire les Suisses depuis maintenant 20 ans.

Créé: 05.02.2015, 17h41

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