Passer au contenu principal

ÉditorialSignaux d’alerte et surdité sélective

«Depuis longtemps, ma femme est infirmière dans un service vraiment difficile, mais je l’ai toujours vue heureuse. Ces dernières années, je m’inquiète pour sa santé, elle dépérit.» Confidence d’un lecteur à la publication des diverses enquêtes de «24heures» sur l’Hôpital Riviera-Chablais (HRC). L’été dernier, nous avions révélé la baisse d’activités, les départs de cadres et les burn-out et, plus récemment, les débuts chaotiques de l’hôpital flambant neuf de Rennaz.

Nous l’avions écrit: les employés craignent de parler, se disant menacés ou soumis à des directives strictes les enjoignant au silence. Malgré cela, des signaux d’alerte ont été envoyés au monde politique ces dernières années. Force est de constater aujourd’hui qu’ils ont été minimisés par la Commission interparlementaire de contrôle de l’HRC du Grand Conseil (CIC-VD). Les députés se sont satisfaits des arguments réitérés selon lesquels les doléances du personnel étaient motivées par le porte-monnaie. Si les gens rouspétaient, c’était à cause de la CCT, s’ils partaient, c’était pour gagner mieux dans le privé.

«Les doléances du personnel de l’HRC ont été minimisées par les députés»

Les élus auraient dû s’interroger davantage sur la pertinence de pareils arguments, alors qu’un nouvel hôpital s’apprêtait à sortir de terre. En effet, n’importe quel médecin ou soignant normalement constitué n’aurait-il pas rêvé de commencer une nouvelle aventure dans le cadre magnifique d’un outil à la pointe de la modernité? Des médecins auraient-ils renoncé à pareil rêve, au «projet d’une vie» par simple appât du gain? À ceux qui ont émis des doutes, on a demandé de ne pas faire de cogestion. Pourtant, la convention qui a donné naissance à l’HRC stipule que le contrôle de la commission interparlementaire «porte sur les objectifs stratégiques de l’établissement et la réalisation de son mandat».

La CIC-VD n’a pas complètement joué son rôle de contrôle. D’aucuns voulaient la dissoudre maintenant que l’hôpital est construit. Qu’elle survive ou qu’elle soit remplacée par une autre commission, les députés devront questionner et éventuellement redéfinir sa fonction et sa portée (en accord avec les élus valaisans). Ce débat est plus urgent que celui sur une éventuelle commission d’enquête parlementaire.

Fusszeile