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Université de Lausanne«Six heures de cours devant un écran, c’est impossible à tenir»

Un mois après la rentrée, le système d’enseignement à distance de l’UNIL peine à séduire les étudiants et professeurs.

Pour certains cours, seulement un tiers des étudiants ont le droit d’être présents simultanément dans les amphithéâtres.
Pour certains cours, seulement un tiers des étudiants ont le droit d’être présents simultanément dans les amphithéâtres.
CHRISTIAN BRUN

Une drôle d’ambiance anime l’Université de Lausanne (UNIL) en ce début d’automne. Peu de monde arpente les couloirs des bâtiments et les cafétérias font désormais office de salles de classe pour les étudiants qui auraient quand même décidé de venir sur le campus, masqués évidemment, pour suivre leurs cours en ligne.

C’est que le système de jetons mis en place par la direction n’arrive pas à convaincre tout le monde. Ou plutôt, le concept même d’enseignement à distance est particulièrement peu apprécié par les étudiants et les professeurs.

«On a l’impression d’être déconnectés de l’université. Les études, ce n’est pas qu’ouvrir des livres, c’est aussi là qu’on peut créer des liens», raconte Raquel Dias. Cette étudiante de master en sciences sociales a fait part, avec une trentaine de ses camarades, de son mécontentement à la Fédération des associations d’étudiants (FAE) à travers un courrier. «C’est important d’avoir un lieu physique consacré aux études pour qu’on soit tous traités de la même façon. Le système actuel accentue les inégalités. Pas tout le monde n’a un lieu de travail adapté à la maison. Moi-même j’ai mal au dos à force de rester des heures dans la même position», constate l’étudiante.

«Je ne fais plus le même métier»

Des heures dans la même position, mais surtout des heures devant un ordinateur. La concentration en devient difficile. «J’ai des amis qui ont un cours qui dure six heures et qui est donné complètement en ligne, c’est impossible à tenir», rajoute Raquel. Six heures de suite devant un écran, d’autant plus embêtant sachant que la pause de midi a été supprimée l’an passé par la Faculté des sciences sociales et politiques. «On sait que l’université fait son possible pour satisfaire tout le monde, mais on peut certainement mieux faire. Plusieurs profs se sont plaints», explique l’étudiante.

Ce fameux cours est donné par Olivier Voirol, professeur de sociologie. L’enseignant explique mettre cinq fois plus de temps à préparer un cours pour qu’il soit disponible en ligne. Derrière son masque, il avoue être à bout de forces: «Je suis déjà à genoux alors que le semestre vient de commencer. Je ne fais plus le même travail, tout ce qui me plaisait dans mon métier a disparu

Selon le sociologue, ce n’est pas le fait d’être à distance qui pose le plus de problèmes, mais surtout les changements de forme récurrents des cours. «Le système comodal est extrêmement compliqué. Avoir une partie des étudiants en classe et l’autre à distance, c’est difficile à gérer. Les cours donnés entièrement en ligne fonctionnent mieux», déplore-t-il. Le comodal pose des problèmes de coordination entre les étudiants, notamment lors des cours interactifs. «Le pire, c’est quand on organise notre emploi du temps en fonction des cours en ligne et que, après un mois, certains sont de nouveau en présentiel», témoigne Maxime*, qui commence sa troisième année de lettres.

«Je suis déjà à genoux alors que le semestre vient de commencer»

Olivier Voirol, professeur de sociologie à l’Université de Lausanne

D’autant plus que certains enseignants ne tiennent pas compte du système de jetons de l’UNIL. «On a des profs qui décident de tout faire en ligne, d’autres de tout faire en présentiel. Certains rendent l’enregistrement du cours disponible pour ceux qui sont loin, d’autres pas. Chacun fait un peu ce qu’il veut», explique Joana*, étudiante de master en droit.

Problèmes techniques fréquents

C’était l’un des soucis les plus attendus avec le passage au distanciel. Dès les premiers jours de la rentrée, des bugs informatiques avaient perturbé les connexions et empêché certains de suivre les cours convenablement. L’UNIL a alors fait tourner les machines de son help desk à plein régime, envoyant des techniciens aux quatre coins du campus pour régler les gros couacs.

Si la situation semble s’être améliorée, des problèmes persistent. «Coupez vos micros», «on n’entend pas les questions», «il y a des larsens», peut-on souvent lire dans les conversations de l’application Zoom lors d’un cours.

«En présentiel on peut transmettre beaucoup plus de choses, là on passe beaucoup de temps à régler des problèmes techniques», constate Olivier Voirol. Des conditions d’enseignement qui, selon lui, ne se reflètent pas sur la qualité de travail des étudiants. «On leur donne beaucoup de choses à faire, mais pour l’instant les résultats restent très bons.»

Mais un autre point inquiète Joana: «J’ai vraiment peur pour les examens cet hiver. L’accès aux bibliothèques est très limité. Les cours à la maison ça va, les révisions non!» Déjà très prisées en temps normal, les bibliothèques universitaires sont dans l’obligation de réduire leur nombre de places, au vu de la situation sanitaire.

À la «Banane», une seule personne par table est admise afin de respecter les mesures de distanciation sociale.
À la «Banane», une seule personne par table est admise afin de respecter les mesures de distanciation sociale.
CHRISTIAN BRUN

Éviter un reconfinement à tout prix

Nouria Hernandez, rectrice de l’UNIL, comprend les revendications des étudiants et dit vouloir négocier avec les professeurs au sujet de l’enregistrement des cours, et avec les facultés car «ce sont elles qui gèrent l’organisation de leurs enseignements». Elle semble toutefois inquiète au vu de la hausse des cas de Covid-19 en Suisse. «Si on arrive à Noël sans avoir eu de foyer important, avec 17’300 étudiants et 5000 collaborateurs, ce serait déjà un succès», explique celle qui tirera sa révérence en juillet prochain.

L’institution dit observer avec prudence, chaque jour, l’évolution de la pandémie. «On ne peut rien affirmer, mais le système comodal restera probablement jusqu’à la fin du semestre de printemps 2021, si on a un vaccin d’ici là, ajoute Nouria Hernandez. Le comodal représente 70’000 connexions et plus de douze mille heures de vidéos consommées chaque jour.»

«Pour les examens, on cherche une solution, mais à l’heure actuelle on ne peut pas savoir. Ouvrir des salles en plus pour les révisions nécessiterait des ressources humaines importantes», conclut la rectrice.

*Prénoms d’emprunt

10 commentaires
    Sarah007

    Vous avez dit que les étudiants sont masqués ? Alors, le journaliste n'a pas visité pex le bâtiment Internef ou la cafétéria est utilisé comme espace de travail sans aucun dispositif sanitaire. Il y a souvent 6 ou plus autour dune table et zéro distance, zéro masques. Ou manger à la Banane : des tables à 10-12 sans aucune distance. Le tracing n'est pas assuré etc.