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Festival itinérantSLOW ratisse les terres à la baguette

Deux batteurs et activistes donnent des concerts et conférences dans les campagnes romandes, pour reconnecter culture et agriculture. Du 8 août au 12 septembre.

Béatrice Graf et Grégoire Quartier partent à la rencontre d’agriculteurs, artisans et producteurs dans les cantons de Vaud, Fribourg et Genève.
Béatrice Graf et Grégoire Quartier partent à la rencontre d’agriculteurs, artisans et producteurs dans les cantons de Vaud, Fribourg et Genève.
Eric Roset

Et si la crise sanitaire et économique causée par le Covid ouvrait la brèche à une transition écologique? Les deux batteurs et artistes Béatrice Graf et Grégoire Quartier veulent y croire. Privés de scènes lors du confinement, les musiciens ont mis sur pied SLOW à une vitesse qui contredit son nom, comme une réponse artistique et militante à la pandémie.

Chaque week-end, entre le 8 août et le 12 septembre, le festival itinérant parcourt les campagnes vaudoises, genevoises et fribourgeoises à la rencontre d’agriculteurs et producteurs locaux. Concerts, conférences et ateliers participatifs animent les journées d’échanges et de réflexion autour de solutions alternatives, pour une culture et une agriculture durables. Ester Poly et Soils – groupes respectifs des deux batteurs – seront de chaque étape. L’offre est à prix «libre mais conscient», spécifient les organisateurs.

Reconnecter deux mondes

Le but de SLOW? Réactiver un lien fort entre les villes et les champs. «Et rendre hommage à ceux qui nous nourrissent», ajoute la Genevoise Béatrice Graf. «Le confinement a accéléré ce retour à une consommation plus locale, explique Grégoire Quartier. La population urbaine s’est rapprochée des fermes, des marchés et des artisans. Nous voulons encourager ce lien, reconnecter ces deux mondes. Cela passe par le dialogue, mais aussi par le plaisir de vivre un concert ensemble.»

Ce Fribourgeois de 41 ans frappe autant les fûts de sa batterie qu’il se bat pour ses idées. Il est notamment le fondateur du groupe Facebook «La collapso heureuse», réunissant 30’000 membres qui échangent sur des initiatives en faveur de l’écologie.

«Lâcher du CO2 pour faire carrière, c’est une conception dépassée»

Béatrice Graf, musicienne

«C’était une évidence de solliciter Grégoire pour mettre les mains dans le cambouis avec moi, lance Béatrice Graf, notamment pour mettre en avant toute la dimension politique.» L’an dernier, cette fille d’agriculteurs de 56 ans, lauréate d’un Prix suisse de musique, parcourait le pays avec le «cyclotone», un système d’amplification 100% autonome et écolo, puisqu’il crache des décibels au rythme des mollets de ceux qui pédalent sur les deux vélos qui le relient. L’engin sera réutilisé cet été pour SLOW et transporté dans un minibus, tandis que les intervenants et techniciens rejoindront chaque étape en transports publics.

Culture de la décroissance

«En tant qu’artiste, s’engager pour l’écologie est aussi notre rôle, défend la musicienne. Nous voulons montrer que l’on peut exercer notre métier à côté de chez nous. Lâcher du CO2 pour faire carrière, c’est une conception dépassée. Si l’on montre que c’est possible, les institutions culturelles nous suivront.» Soutenu par les fondations Suisa et Pro Helvetia ainsi que la Ville de Lausanne, SLOW défend la culture de la décroissance.

«Mais pas au sens économique du terme, qui est souvent jugé négativement, rectifie Grégoire Quartier. Le système actuel répète à l’infini qu’il n’y a pas d’alternative. C’est faux. Le confort offert par le capitalisme a tendance à se réduire, on voit des révoltes sociales éclater dans plein de pays. Et si l’on ne fait rien, d’autres crises vont suivre. Comme les institutions politiques sont lourdes et peu flexibles, c’est à nous de créer l’impulsion et d’essayer de faire bouger les lignes.» Aussi vite que possible, mais aussi lentement… comme dirait le dicton.