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Maraîchère résistante, elle change la vie après avoir changé de camp

Au Bec Hellouin, Perrine Hervé-Gruyer fait foisonner la permaculture. Entretien.

Perrine Hervé-Gruyer, pionnière de la permaculture en France, était de passage à la ferme de Rovéréaz à Lausanne en novembre.
Perrine Hervé-Gruyer, pionnière de la permaculture en France, était de passage à la ferme de Rovéréaz à Lausanne en novembre.
Chantal Dervey

Le parcours de Perrine Hervé-Gruyer est déroutant. Devenue, avec son mari Charles, l’une des figures de proue de la permaculture grâce à leur ferme du Bec Hellouin en Normandie, la Française n’avait pas du tout le profil pour travailler la terre. Basketteuse de haut niveau, elle a connu une première carrière de juriste en droit international, travaillant quelques années en Asie dans des multinationales. Rentrée en France, elle rencontre Charles, ex-marin, avec qui elle va inventer leur potion magique de maraîchers résistants. C’est un peu comme si Panoramix avait d’abord travaillé pour Jules César avant de s’installer dans un certain village d’irréductibles Gaulois!

Projet à l’origine familial, le Bec Hellouin se transforme en modèle alternatif et foisonnant de production alimentaire écologique. Dopé par le succès du film «Demain» en 2015, le domaine se diversifie comme lieu de formation et de diffusion d’une philosophie de vie qui bénéficie d’une exposition médiatique et d’un engouement populaire indéniable. Il suffit de jeter un coup d’œil au rayon jardinage d’une librairie pour constater la prolifération permaculturelle, où trône depuis quelques mois une bible de 1'000 pages, «Vivre avec la Terre, manuel des jardiniers-maraîchers», de Perrine et Charles Hervé-Gruyer (Actes Sud). Consciente que sa trajectoire véhicule une aura de conte de fées, la paysanne énergique ne perd pas une occasion pour partager son expérience, gagnée au prix d’un travail acharné, de doutes récurrents, de sens pratique et, qui sait?, d’un soupçon de sorcellerie.

Invitée par le Centre socioculturel Pôle Sud en novembre dernier, Perrine Hervé-Gruyer a multiplié conférences et ateliers en Suisse romande, attirant un large public, autant amateur que professionnel.

Vous êtes très sollicitée pour donner des cours et des conférences. Quelles sont les raisons qui vous font sortir de votre ferme?

Je mets mon énergie là où elle peut aider à la création de microfermes permaculturelles et au maintien de celles en difficulté, pour essaimer et pour leur éviter de faire les mêmes erreurs que nous. À Lausanne, c’était aussi pour répondre à l’invitation de Michel Egger (écothéologien à Pain pour le prochain), qui m’a initiée à la transition intérieure. Car à l’origine de ma démarche, il y avait une volonté de changement, de réinventer une nouvelle vie.

Cela signifie-t-il que votre premier métier dans le droit ne vous satisfaisait pas?

J’avais la fibre internationale et une grande soif de curiosité, que j’ai pu assouvir par mes études de droit. J’ai pu combiner les deux au Japon puis à Hong Kong. Mais au bout d’un moment, ce travail manquait de sens. Je m’étais familiarisée en Asie avec différentes pratiques de relaxation, et j’ai décidé de suivre une formation de psychothérapeute. C’est d’ailleurs lors d’un cours de massage que j’ai rencontré Charles. Quand nous avons acquis le Bec Hellouin en 2003, nous n’avions pas imaginé en faire une ferme. Il s’agissait d’abord d’un projet d’autosuffisance alimentaire, car j’étais mal à l’aise face aux hypermarchés et à leur surchoix, à la fois excitant et écœurant. Jardiner pour nous nourrir, oui, mais vendre des légumes? Surtout pas! Et pourtant, enfant, j’avais toujours envie de m’échapper dans les champs et les bois et j’ai trouvé une résonance pour la terre.

Quelles ont été les grandes étapes de votre aventure?

En 2006, Charles a pris le statut d’agriculteur, mais si nous n’avions pas découvert la permaculture en 2008, je n’aurais pas continué. Elle nous donnait un cadre conceptuel, mais pas les techniques! Nous avons beaucoup tâtonné, cherchant à nous former. C’est d’ailleurs un cours en Angleterre qui nous a mis sur la piste oubliée de ces jardiniers-maraîchers qui nourrissaient Paris au XIXe siècle sans énergie fossile. Car notre obsession a toujours été celle de nous passer entièrement du pétrole. Ensuite, l’étude menée par l’Institut national de la recherche agronomique dans notre ferme de 2011 à 2015 a un retentissement énorme: elle démontre qu’en imitant un écosystème naturel, nous produisons autant de légumes sur 1'000 m2 que nos confrères bios sur 1 hectare avec tracteur. Aujourd’hui, 80% des demandes d’installations de fermes en France mentionnent le terme permaculture dans leur projet.

Pourquoi un tel engouement?

Le public était mûr, c’est un mouvement de fond. La permaculture est souvent réduite à une supertechnique de jardinage. Mais ce n’est pas grave du moment qu’on y entre. Nous avons prouvé que l’on peut loger des petites entités nourricières partout, qui captent du CO2, qui redonnent du sens et de la beauté. Notre tâche est de former les gens motivés.

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