L’éducation positive séduit toujours plus de parents

SociétéIsabelle Filliozat fait le plein dans ses conférences et séminaires pour gérer les crises sans punir ni crier.

Pour l’éducation positive, punir ne sert à rien, car l’enfant ne peut apprendre de quelque chose qui s’est mal passé.

Pour l’éducation positive, punir ne sert à rien, car l’enfant ne peut apprendre de quelque chose qui s’est mal passé. Image: CORBIS

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Cinquante-trois parents concentrés sont réunis à Crêt-Bérard, au-dessus de Puidoux, en ce jeudi neigeux de début mars pour le séminaire «Stop aux crises, je gère». Des femmes pour la plupart, mais aussi quelques hommes venus avec leurs conjointes, ne perdent pas une miette des paroles d’Isabelle Filliozat.

Micro-casque devant la bouche, celle que les Français surnomment volontiers «la papesse de la parentalité positive» s’adresse aux adultes disposés par groupes de cinq, selon l’âge de leurs enfants. Le séminaire est ouvert aux parents de rejetons de 0 à 11 ans. La journée alterne explications en plénum et exercices à effectuer au sein des groupes. Le but pour chaque participant est de repartir avec des pistes concrètes pour résoudre un comportement problématique de son enfant.

Sarah a fait le déplacement depuis le Valais parce que son fils aîné, 7 ans, lui donne «du fil à retordre» sous forme de grosses crises de rage dès qu’il est face à une contrariété. Paolo est venu de Lausanne avec sa femme pour «accompagner mieux nos deux enfants, une fille de 4 ans et un garçon de 20 mois».

Aujourd’hui, il va aussi travailler sur «les crises assez fortes de son aînée». Une autre maman aimerait fluidifier les relations à table avec son fils de 5 ans et demi qui «fait beaucoup de résistance». Le séminaire s’adresse au grand public, mais des enseignants ont aussi répondu présent.

Isabelle Filliozat prodigue ses conseils en France, mais aussi à l’étranger. Elle vient environ une fois par an en Suisse. Le reste de l’année, une équipe locale qu’elle a formée organise également des séminaires. Les conférences de la spécialiste sont aussi fort courues. Le 1er mars dernier, 500 personnes se sont ainsi pressées au Casino de Montbenon, à Lausanne, pour l’écouter.

Paru en 2011, son livre J’ai tout essayé: opposition, pleurs et crises de rage, traverser sans dommage la période de 1 à 5 ans s’est vendu à plus de 60 000 exemplaires. Il apporte des réponses très pratiques aux problèmes de chaque tranche d’âge, se basant sur les avancées en neurosciences pour expliquer ce qui se passe dans le cerveau des enfants.

Le nom de l’auteure est devenu si répandu chez les jeunes parents que les Editions Nathan publient ce mois le premier Cahier Filliozat, un petit livre d’exercices pour familiariser les enfants avec leurs émotions.

Cris et punition au placard

Mais qu’est-ce qui pousse tout ce monde à venir apprendre une autre manière de gérer crises et pleurs? Car c’est cela que promet l’éducation positive. «On va fournir des ressources plutôt que des interdits», résume Isabelle Filliozat lors de la pause de midi.

Ce qui n’est pas synonyme non plus de laisser-aller: «A la place d’interdire, on va expliquer comment faire. Par exemple, on remplace «ne monte pas sur le canapé» par «tes pieds restent par terre». Un conseil qui paraît évident mais qui ne va pourtant pas de soi.

«Nous avons été élevés avec des interdits, avec l’idée héritée de la psychanalyse qu’il faut limiter les désirs d’un enfant pour qu’il ne devienne pas un enfant-roi, observe la psychothérapeute. Culturellement, dans le monde franco-français (ndlr: France, Suisse et Belgique), on crie beaucoup sur les enfants. On ne se pose donc pas la question: crier et punir est considéré comme normal.»

Certes, mais que faire des fameuses crises de colère qui ont poussé beaucoup de parents à venir au séminaire ce jour-là? «Très souvent on se trompe lorsqu’on parle de crises de colère. Il s’agit en réalité d’un stress intense. Car si on crie sur un enfant, celui-ci, surtout s’il est petit, va déduire qu’il est une mauvaise personne. Or ça n’est pas en le stressant qu’on apprend un comportement constructif. On parviendra à résoudre le problème en faisant baisser ce stress.» Or celui-ci est en grande partie induit par… les parents.

«Les parents d’aujourd’hui sont très stressés par la fatigue, les horaires, mais aussi par le jugement d’autrui ou les émotions réprimées depuis l’enfance.» Bien gérer les crises commence donc par… une meilleure gestion de ses propres émotions. Sans toutefois se culpabiliser si ça ne marche pas. Isabelle Filliozat préfère d’ailleurs le terme d’éducation positive à celui d’éducation bienveillante que certains lui collent. «Le terme «bienveillant» induit un jugement, or ma démarche vise tout le contraire.»

Halte donc aux cris, mais aussi aux punitions: «Le simple fait de punir va déclencher la réaction de stress. Cela fait référence à l’idée qu’on pourrait apprendre de quelque chose qui ne s’est pas bien passé. Or c’est une capacité que le cerveau n’a qu’à partir de 13 ans.» Il vaut donc mieux cultiver chez l’enfant des émotions positives comme la joie (Isabelle Filliozat sort d’ailleurs ce mois Les chemins de la joie, ode à cette émotion), la confiance, la curiosité qui lui permettront d’apprendre.

Mais que faire face à un refus net d’obtempérer? «C’est vrai qu’aujourd’hui les enfants reconnaissent moins l’autorité des parents. Beaucoup de gens ont cru que c'était parce que les parents sont moins autoritaires, mais c’est parce que, pressurisés de toute part, ils sont moins en lien avec les enfants.» Une demande formulée avec autoritarisme à son rejeton engendre donc de la rébellion au lieu du réflexe de coopération. Bonne nouvelle: «Si on renforce le lien, on peut obtenir naturellement plus d’autorité.»

Liste des prochains stages animés par l’équipe d’Isabelle Filliozat en Suisse romande sur www.agenda-activites.ch

Créé: 13.03.2016, 08h33

Parentalité positive ne veut pas dire tout laisser faire

Isabelle Filliozat fournit dans ses livres et séminaires des pistes très concrètes pour gérer les crises. Aperçu.

Savoir reconnaître quand on est stressé, pour ne pas reporter ce stress. Afficher un visage fermé et tendu peut suffire à déclencher le stress chez l’enfant.

Tenir compte de l’âge. Un enfant de
2 ou 3?ans se rebellera face à un ordre, à 4?ans, il aura tendance à nier l’évidence en disant: «C’est pas moi.» Ce n’est pas un mensonge, mais une incapacité à distinguer comportement intentionnel et accidentel. A 5?ans, il sera plus sensible au regard d’autrui, et peut-être angoissé à l’idée d’aller à l’école. A 6?ans, il peut mentir sans avoir conscience qu’il s’agit d’un mensonge, pour lui c’est plutôt un rêve éveillé. Si l’enfant montre un comportement naturel de son âge, le parent s’adapte. Sinon il pose des limites: parentalité positive ne veut pas dire laisser faire.

Donner des règles plutôt que des interdits. Les formules en «ne pas» ne servent à rien, et tôt ou tard vient l’envie de les transgresser. Mieux vaut donner des consignes, du type: «A l’ombre, tête nue, au soleil, casquette.» Ou mettre l’accent sur ce qui est permis, ce qui focalise l’attention de l’enfant sur le comportement désiré.

Savoir dire non. Le parent doit savoir refuser lorsque la demande n’est pas légitime. Il peut alors accueillir l’émotion née de la frustration en la nommant: «C’est vrai, c’est frustrant de ne pas avoir le bonbon que tu voulais.» Cela permet à l’enfant de mettre des mots sur ce qu’il a vécu.

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