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Un mental d'acier pour un corps si frêle

Artiste de cirque accomplie avant son accident, le jeune femme est désormais championne du monde de handbike.

Chantal Dervey

Dans le bureau aiglon non chauffé où Silke Pan travaille, il n’y a que des chaises roulantes à disposition des visiteurs. Son mari, Didier Dvorak, lui parfaitement mobile, est aussi assis dans un fauteuil roulant devant son ordinateur, tentant de faire fonctionner l’imprimante récalcitrante. S’il s’énerve un peu, elle reste calme, bien emmitouflée dans son gros pull.

Elle semble frigorifiée, mais ne se plaint pas. Elle n’est pas faite de ce bois-là. Elle sourit à la vie, malgré les épreuves et malgré cette chaise qui l’emprisonne depuis bientôt dix ans, lorsqu’une chute en pleine acrobatie lui a brisé les vertèbres. «J’ai toujours été fascinée par la danse et les numéros aériens. Réussir à faire quelque chose d’artistique avec son corps, à le mettre dans des positions insolites, à reproduire certains sons avec le mouvement, je trouve ça magnifique.»

La petite Silke a commencé dès 11 ans à s’entraîner dur pour devenir acrobate. Née à Bonn, elle a débarqué en terres romandes à l’âge de 3 ans, lorsque son père physicien a été engagé à l’EPFL. La famille aurait dû y rester cinq ans, mais n’est jamais repartie. Ironie du sort, aujourd’hui c’est elle qui se rend plusieurs fois par semaine à l’école polytechnique en tant que pilote d’essai de l’exosquelette qui y est développé. Un prototype qui sera présenté le mois prochain à Dubaï lors d’un concours de robotique.

Silke Pan n’a que 18 ans lorsqu’elle intègre l’école de cirque de Berlin. Son niveau est tellement bon qu’elle commence directement en troisième année d’un cursus qui n’en compte que quatre!

«J’ai tout de suite compris que le «handbike» me permettrait de retrouver ma liberté»

Pendant ses vacances, elle danse le rock acrobatique avec Didier Dvorak. «Nous progressions bien, mais j’avais peur de me lancer dans une carrière en duo sans avoir fait mes armes en solo.» Du jour au lendemain, elle met un terme à leur collaboration artistique, ce qui ne manque pas de contrarier son partenaire, déjà sous le charme de la jeune femme.

«Je n’ai jamais perdu de vue Didier. Nous nous croisions régulièrement sur des spectacles où nous avions chacun notre numéro.» En 2002, ils reprennent leur collaboration artistique. A force d’être sans cesse dans les bras l’un de l’autre pour les besoins de leur art, ils finissent par succomber aux flèches de Cupidon.

Leur vie de saltimbanque les emmène sur des bateaux de croisière, dans des parcs d’attractions, sur les planches des théâtres. Le regard de Silke Pan s’embue lorsqu’elle se remémore ses années de contorsions, de numéros aériens et d’équilibrisme. Son mari explique: «C’est une hyperactive. Lorsque nous étions sur les routes, elle se mettait sur le siège passager en appui sur les mains avec les orteils derrière les oreilles. Il fallait voir la tête des routiers que nous croisions.»

Sa chaise roulante n’a pas tué sa volonté ni son mental d’acier. Elle a beau ne peser que 45 kg pour 1,57 m, il se dégage d’elle une force incroyable. «Quand je fais quelque chose, je le fais à fond. C’est au centre de réadaptation ( ndlr: où elle a passé les six mois suivant son accident ) que j’ai vu pour la première fois un handbike, ce vélo pour paraplégiques. J’ai tout de suite compris qu’il me permettrait de retrouver une certaine liberté.» Trois mois après sa chute dramatique, Silke et Didier s’évadent de la clinique pour faire 40 km sur leurs cycles respectifs, à la stupéfaction des infirmières. Championne du monde de handbike, Silke Pan a gravi treize cols alpins l’été dernier pour son projet baptisé «La Suisse à bout de bras», qui donnera lieu à un livre et à une exposition. Le Giro avec une équipe italienne de handbike ce printemps, un voyage au Japon en avril pour présenter l’exosquelette font partie de ses nombreux projets.

Entre ses différents entraînements sportifs et son travail dans la société de déco de ballons de baudruche que le couple a fondée, Silke ne chôme pas. Végétarienne militante, c’est elle qui se charge de faire les courses. N’ayant pas encore le permis spécial, elle part à vélo accompagnée de Jim, le chien moustachu qui lui redonne le sourire les rares fois où son moral flanche.

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silkepan.com

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