Sa mère droguée a sombré au Platzspitz, elle témoigne

ZurichLe parc du Platzspitz en plein cœur de Zurich était à la fin des années 80 une scène ouverte de la drogue. Une jeune femme raconte dans un livre comment sa mère y a sombré.

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Michelle Halbheer est une femme de 28 ans qui raconte dans un livre un secret familial. Un secret que le père a tout fait pour cacher, quitte à emmener sa fille avec lui sur les chantiers. Surprise des ouvriers: mais où est donc ta femme? Le père n'osait pas répondre qu'elle se droguait au Platzspitz, la scène ouverte de la drogue à Zurich.

La journaliste Franziska K. Müller a aidé Michelle Halbheer à faire de cette tranche de vie un livre, «Platzspitzbaby. Meine Mutter, ihre Drogen und ich», qui vient de sortir en Suisse alémanique chez Wörterseh-Verlag.

L'ouvrage raconte comment, fillette, elle avait peur de sa mère, de l'état dans lequel elle rentrait à la maison après des semaines d'absence, et de son sentiment de culpabilité. Le Platzspitz, surnommé «Needle-Park» (parc de l'aiguille) par la presse internationale, était devenu le foyer de la mère qui y passait l'essentiel de son temps, raconte la jeune femme au Tages Anzeiger.

Et au milieu, un père

Elle raconte aussi son incompréhension face au débat sur la distribution de seringues stériles aux toxicomanes alors qu'une seule seringue était parfois utilisée des dizaines de fois par des personnes différentes.

Le parc fut bouclé mais la scène ouverte de la drogue se déplaça vers le Letten et la mère suivit le mouvement. Elle pouvait facilement y dépenser 6000 francs par mois en héroïne et Michelle Halbheer évoque comment sa mère dépérissait, perdait sa beauté, ses couleurs, et comment ses yeux devenaient agressifs.

Michelle Halbheer y décrit la figure d'un père qui allait chercher sa femme nuit après nuit avant d'enchaîner des journées de dix heures sur des chantiers. Un père qui devait faire face aux agressions de sa femme toxicomane et aux mensonges qu'elle proférait avec force larmes devant des policiers trop heureux d'accuser le père de violences familiales.

«Maman fait ça aussi?»

Pour toutes ces raisons, le père ne demanda jamais le divorce: il craignait trop pour la vie de sa fille et il savait qu'il n'en n'aurait jamais la garde. Et sa fille comprit que sans son père, elle aurait été elle-même en grand danger.

La jeune femme raconte aussi comment, un jour, son père l'emmena avec elle à la recherche de sa mère. Elle y croisa des ombres en guenilles, incapables de parler, qu'elle prit pour des mendiants. Puis elle vit les aiguilles dans les bras, les yeux vides qui regardent fixement un feu.

Et la fillette de demander, bien qu'elle en sût déjà la réponse depuis longtemps: «Maman fait ça aussi?» «Mon père acquiesça et se mit à pleurer», se souvient-elle. Il lui fit alors promettre de ne jamais finir comme ça et de toujours tout lui dire. Ce jour, tous deux retrouvèrent la mère qui accepta de rentrer à la maison sous les supplications de sa fille.

Créé: 21.11.2013, 09h42

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