Mesdames, faut-il abolir le Mademoiselle?

FéminismeRegards croisés d’une sociologue et de la directrice du Bureau fédéral de l’égalité sur l’emploi du «Mademoiselle» en Suisse, après la décision mardi en France de l’effacer de la langue administrative.

Image tirée du site internet de l'association féministe française Osez le Féminisme, madameoumadame.fr.

Image tirée du site internet de l'association féministe française Osez le Féminisme, madameoumadame.fr.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Pour réserver un avion, s’inscrire sur un site internet ou remplir un simple formulaire chez le médecin, c’est toujours la même question qui s’impose aux femmes: «Mlle» ou «Mme»?

La France vient d’abolir cette distinction des formulaires administratifs. La Suisse l’avait fait en 1973 déjà, en marge du débat sur le droit de vote des femmes.

L'appellation «Mademoiselle» est toutefois loin d’avoir disparu de la langue écrite. Les entreprises restent par exemple libres de perpétuer la tradition sur leurs contrats de travail.

Que penser de la persistance de cette distinction dans une société où le mariage n’est de loin plus la norme?

«Personnellement, alors que je devrais cocher Mademoiselle, je choisis systématiquement la case Madame lorsque l’occasion se présente», commente d’emblée Patricia Roux, professeure associée au Centre d’études genre de l’Université de Lausanne.

Symptomatique d’une inégalité

La sociologue salue le pas franchi cette semaine par la France. Pour elle, le terme «Mademoiselle» renvoie à un monde dépassé constitué uniquement de relations hétérosexuelles dont le mariage marquait un passage obligé.

Il est en outre symptomatique d’une inégalité entre hommes et femmes toujours présente: «Ce n’est pas un hasard que cette distinction n’existe pas chez les hommes, qu’il n’y ait pas de Damoiseau ou de Mondamoiseau: on ne pense pas à signaler à une femme l’état civil d’un homme, s’il est disponible sur le marché du mariage ou non.»

Patricia Roux souligne enfin que ce titre peut porter préjudice aux femmes sur le marché de l'emploi: «Une Mademoiselle aura devant elle des grossesses potentielles, ce qui pourra la disqualifier aux yeux d’un employeur. Un titre uniforme et neutre comme «Madame» serait donc bien plus égalitaire, selon la professeure.

Au Bureau fédéral de l’égalité, on se consacre plus aux questions d’égalité salariale qu’à l’usage de Mademoiselle. La directrice Sylvie Durrer souhaiterait toutefois bien le voir mis aux oubliettes.

Aimée des femmes

Elle rappelle toutefois l’ambivalence de l’expression: «Certaines femmes aiment se faire appeler Mademoiselle. Dans le commerce galant typiquement francophone, il s’agit d’un compliment indirect leur signifiant qu’elles ont l’air jeune.»

Dans la correspondance individuelle, il arrive ainsi de rencontrer des femmes qui aiment se faire appeler Mademoiselle. Pour la directrice du Bureau fédéral de l’égalité, «il est important de reprendre cette désignation par courtoisie lorsque son interlocutrice semble y tenir. Il ne faut pas oublier par ailleurs que toute une génération de femmes a marqué par le recours à la désignation «Mademoiselle» son émancipation. Il était le signe extérieur que ces femmes avaient choisi de consacrer leur vie à leur travail plutôt qu’à un mari.»

Pour Sylvie Durrer, Mademoiselle renvoie aujourd’hui surtout à une catégorie d’âge plus qu’à l’état civil d’une femme. On nommera ainsi les adolescentes ou les jeunes femmes.

Pourtant, l’appellation reste ambigüe. Comme le souligne Patricia Roux, entre la jeune et fraîche demoiselle et la vieille fille, il n’y a qu’un pas: «Qualifier une femme de 50-60 ans de Mademoiselle, c’est la stigmatiser. C’est lui signifier qu’elle n’a pas été capable de se trouver un homme, alors qu’il s’agit peut-être d’un choix ou d’une opposition à l’institution du mariage. On va plus considérer le célibat d’un homme de 60 ans comme résultant d’un choix.»

La sociologue voit ainsi derrière la persistance du Mademoiselle une forme de non-reconnaissance des plaisirs du célibat féminin et par là, de l'autonomie et de l'émancipation de la femme.

Créé: 23.02.2012, 17h50

Un peu d’Histoire

Selon le Robert, «Madame» et «Mademoiselle» étaient des termes nobles avant la Révolution française. Le premier servait à désigner le cercle étroit des femmes proches du roi, ses filles et ses sœurs. Le second était employé pour la petite noblesse.
Après 1789, tout sera mélangé. La distinction entre Madame et Mademoiselle revêtira progressivement le sens qu’on lui connaît aujourd’hui. «Mademoiselle» renverra à la femme disponible sur le marché matrimonial, et «Madame», à la femme mariée.
Pendant longtemps, l’épouse avait un statut quasi de mineure dans le code civil. Elle ne pouvait accéder à son propre compte bancaire ou faire un simple passeport sans l’accord de son mari. Le titre de «Madame» servait à le rappeler à l’administration...
...Ce qui fait dire à certaines féministes que la vraie émancipation se trouve finalement dans l’expression «Mademoiselle», et non «Madame».

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.