Passer au contenu principal

Un poisson nommé Versailles

Les plaisanteries du 1er avril trouvent leur origine dans la fronde des hôteliers versaillais au XVIIe siècle.

Poisson-carte datant du début du XXe siècle. Image: MUSÉE DE DIEPPE/P. ICKOWICZ
Poisson-carte datant du début du XXe siècle. Image: MUSÉE DE DIEPPE/P. ICKOWICZ

Le 1er avril 1685, neuf procès-verbaux sont dressés contre des hôteliers par la police des hôtelleries et cabarets de Versailles. Ils sont poursuivis par «les hommes du bailli» pour être restés ouverts et avoir donné à boire et à manger les dimanches et les jours de fête, «pendant la durée de la grand-messe», raconte l’avocat Paul Fromageot dans son ouvrage Les Hôtelleries, cafés et cabarets de l’ancien Versailles, publié en 1907. De là naîtront les blagues du 1er avril.

Une sanction qui ne sera jamais acceptée

On ne badine pas avec la morale et la religion sous Louis XIV. La sanction contre les aubergistes va tomber et ne sera jamais acceptée. Il leur est interdit de servir jusqu’à l’automne volaille, bœuf, mouton, veau ou porc, le bailli leur enjoignant «de ne vendre ni bailler à leurs hostes autres chairs que pescion». En clair, vous ne servirez que du poisson, ce sera carême jusqu’à l’été pour vos clients. Bonjour le chiffre d’affaires… Cet épisode marqua le début de la rebuffade des hôteliers de Versailles. En guise de protestation, ces derniers gardèrent leurs échoppes fermées pendant presque deux mois. Sentant la pression monter, le bailli dut finalement faire machine arrière. Une foule de courtisans du roi et autres visiteurs ne trouvaient plus à se loger et à se désaltérer… et commençaient à le faire savoir. Cette volte-face fut fêtée par les hôteliers locaux le 1er avril suivant, en associant poisson et ironie. On se moquera alors allègrement du bailli en multipliant les plaisanteries à son égard. Une coutume qui perdurera dans la ville, avant de se répandre par la suite en France au XVIIIe siècle, puis progressivement en Grande-Bretagne et dans une grande partie de l’Europe.

L'austérité menace avec la mariage du roi

Cette histoire s’inscrit dans un contexte où les hôteliers étaient déjà sur leurs gardes. En 1684, Louis XIV s’était marié religieusement avec Madame de Maintenon. «Une dévotion austère était en honneur à Versailles, écrit Paul Fromageot. L’influence s’en fit sentir sur la police des hôtelleries et cabarets.» Les tenanciers craignaient pour leurs recettes.

Les aubergistes vivaient alors un véritable âge d’or. En 1682, la ville de Versailles avait crû significativement: Louis XIV y avait installé le siège de son gouvernement. «Dès lors, tous les ministères et les grandes administrations se trouvant à Versailles, la foule des solliciteurs s’ajouta aux curieux et aux courtisans pour y chercher gîte et nourriture», détaille l’avocat écrivain.

La ville de Versailles était bonne pour les affaires

L’endroit était propice aux bonnes affaires depuis un moment déjà. Dès 1661, les grands travaux du château de Versailles avaient commencé. Le pavillon de chasse que Louis XIII avait transformé en petit château dans les années 1620, avec dépendances et écuries, se métamorphosait en palais. Le village de Versailles fut envahi par une armée d’ouvriers. Manoeuvres, maçons et charpentiers se logeaient dans les auberges, fréquentaient les cabarets. «Les hôtelleries sont pleines», écrit Paul Fromageot. Il faut gagner de la place, les habitations à disposition ne suffisent plus. Les constructions réalisées à la hâte à proximité des chantiers, souvent des baraques en bois, pullulent.

De nombreux conflits violents finissent au tribunal

On assiste à une mini-ruée vers l’or, avec son revers de la médaille. «C’est une population grossière où les discussions dégénèrent vite en disputes et rixes violentes, note Paul Fromageot. Les maîtres chirurgiens de Versailles sont appelés presque chaque jour à panser les blessures et à constater les suites parfois graves des horions reçus de part ou d’autre.»

Au final, les conflits se dénouent devant le tribunal et concernent parfois des hôteliers. En 1682, Pierre Benoist dit Desjardins, propriétaire de l’hôtel des Trois Cornettes, se plaint que son épouse a été apostrophée par la femme du charron, «qui lui reprochait de loger des p… à soldats». La bagarre qui suivra nécessitera l’intervention des chirurgiens. Une période agitée où le bailli cherchera à imposer sa morale. Il échouera un 1er avril 1685. (Plus d'infos: D’où viens-tu donc, drôle de poisson?)

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.