Sophie Taeuber Arp a donné son billet
Les coupures à l'effigie de la Grisonne sont retirées à petits pas de la circulation mais son oeuvre continue de rayonner à Paris et en Suisse.

Son étrange coiffe tenant plus d'un bol que du chapeau, son regard si puissant, son sourire presque refusé, on en avait pris l'habitude, mais sans vraiment la connaître. Pourtant… le 3 octobre 1995, la consigne était plus qu'incitative! «Imprégnez-vous de l'image de cette femme, l'une des plus remarquables artistes abstraites de ce siècle», disait la Banque nationale suisse en mettant en circulation une nouvelle coupure de 50 francs à l'effigie de Sophie Taeuber-Arp.
Un artiste sur un billet de banque, la Suisse l'avait déjà fait avec des Ferdinand Hodler, Eugène Burnand, Alberto Giacometti ou encore Le Corbusier passant de mains en mains comme monnaie d'échange mais cette fois-là, l'honneur d'une stature monétaire revenait à une artiste Dada, membre de cette joyeuse bande œuvrant contre les conventions et les contraintes. Pile dans la cible, en figurant sur la devise verte, la pionnière a eu le pouvoir de nous faire acheter 1,5 gramme d'or, un aller simple en deuxième classe Lausanne-Bâle ou encore 1 kilo de bourguignonne de bœuf!
Le deal a duré vingt et un ans, le Kunsthaus d'Aarau lui a dédié une grande exposition en 2014 et Google une journée sur sa page d'accueil à l'occasion des 127 ans de sa naissance le 19 janvier 2016 mais c'est fini, en même temps que le très conservateur dollar annonçait vouloir offrir le recto de son billet de 20 à l'ancienne esclave Harriet Tubman, Sophie Taeuber-Arp a dû céder sa place sans véritable gain pour sa cote de popularité. «Même si elle était un peu défigurée sur ce billet, c'est dommage que la coupure ne soit plus en circulation», regrette Claude Weil-Seigeot qui veille sur l'œuvre architecturale et plastique restée à Clamart, en banlieue parisienne.
«Même si elle était un peu défigurée sur ce billet, c'est dommage que la coupure ne soit plus en circulation»
Du jardin aux étages de la maison atelier de pierre dessinée en 1927 par Sophie Taeuber-Arp pour y vivre et travailler avec son époux le sculpteur strasbourgeois Jean Arp, sa plus grande fan multiplie les efforts en commençant par refuser la thèse du suicide de celle qu'elle appelle alternativement «Sophie» ou «Taeuber», morte asphyxiée par les émanations toxiques d'un poêle. L'artiste avait 54 ans. «C'était un accident! Je ne peux pas imaginer autre chose.» En présidente de la Fondation Arp, Claude Weil-Seigeot publie aussi beaucoup. Elle renouvelle les accrochages et quand elle le peut, elle achète, elle rachète. «Nous faisons le maximum à partir de nos petits moyens, mais on lutte aussi contre la rareté de l'œuvre sur le marché, croyez-moi, ceux qui possèdent du Taeuber sont des passionnés, ils ne s'en séparent pas. Douée à la fois d'un sens concret – elle savait tourner le bois, elle faisait même les manteaux de Arp – et de cette capacité d'innover sans cesse, c'était une pionnière, elle aurait pu s'affirmer davantage, mais la guerre est arrivée et, après, on l'a un peu oubliée.»
«Tout sauf froid»
Dans la petite maison de Clamart ouverte au public et lorgnant au loin sur le quartier des affaires de Paris, les sculptures de Jean Arp abondent mais la Grisonne est rare comme un témoignage de cette femme qui a choisi de rester en retrait. Elle est là, dans quelques dessins ou gouaches, des meubles, les couvertures de la revue d'art Plastique qu'elle a lancée et dirigée en y prenant la parole qu'à de rares occasions. Laissant le soin de théoriser à d'autres, Sophie Taeuber-Arp préférait faire, passionnée par la forme, elle a créé dans un désir permanent d'ouverture que ce soit en peintre, sculpteur, designer ou en architecte et se laissait guider par son intuition. «Elle est partie des trames qui servent à faire de la tapisserie – matériaux immémoriaux s'il en est –, elle s'est appuyée sur ces verticales et ces horizontales et, s'enflamme Claude Weil-Seigeot, c'est à partir de là qu'il faut comprendre toute son œuvre et appréhender son inventivité sans borne dans un travail très graphique. Il pourrait paraître froid, il ne l'est pas.»
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