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Sorties en librairie
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Septembre est toujours foisonnant du côté des librairies et de la rentrée littéraire. Faites le plein d'idées et d'envies.

BD – Luc Leroi, as de la demi-teinte

Luc Leroi, au mieux de sa forme dans un nouvel album tout en nuances.

Apparu dans les pages du mensuel de BD (À suivre) en 1980, Luc Leroi mène sa vie d’antihéros au gré de l’inspiration de son auteur, Jean-C. Denis. Avec un art consommé de la demi-teinte, le Grand Prix d’Angoulême 2012 laisse transparaître sa sensibilité dans les (més)aventures de son alter ego, un Parisien velléitaire ancré dans les époques successives qu’il traverse. À son créateur, Leroi emprunte ses peurs et ses travers au fil d’une série devenue culte.

Le 9e volume de cette saga quadragénaire le voit embarqué malgré lui dans diverses galères existentielles par une ex envahissante. Adopté par un chien tacheté croisé au Jardin du Luxembourg, il croise quantité de petites gens, assez similaires à ceux qu’il dépeint dans un recueil de nouvelles qui semble avoir trouvé son public sur un malentendu. Effet d’aubaine? C’est précisément le propos de cet excellent récit aux couleurs douces et à la narration tout en nuances. (PMU)

«Luc Leroi, un effet d’aubaine», Jean-C. Denis, Éd. Futuropolis, 96 p.

BD – Fascinant «Dirty Dancing»

Enfant, Chloé découvre Patrick Swayze dans «Dirty Dancing». C’est le début d’une fascination dont elle ne se départira jamais totalement. L’acteur l’accompagnera tout au long de son éducation sentimentale: premières amours de vacances, ruptures, introspections.

Avec «Quand je serai grande, je serai Patrick Swayze», court roman graphique tiré de son seule-en-scène, la comédienne Chloé Oliveres interroge avec ce qu’il faut de sérieux et de légèreté le lien qui nous unit aux œuvres qui nous ont forgés et la manière dont ces dernières impactent nos représentations et nos attentes. Soutenue par le trait décomplexé de Pauline Perrolet, elle offre entre autres une relecture féministe de l’histoire de Johnny et «Bébé» bien sentie. Un bouquin qu’on n’a pas envie de laisser dans un coin. (LGL)

«Quand je serai grande, je serai Patrick Swayze», Chloé Oliveres, Pauline Perrolet, Éd. des Équateurs, 76 p.

Roman – Une rebelle face aux ténèbres

Sur son portrait peint par Le Bronzino, Lucrèce de Médicis donne l’image d’une femme sans peur. Elle l’est aussi dans ce «Portrait de mariage» inspiré à Maggie O’Farrell par son destin de comète: mariée à 13 ans, enterrée à 16 ans. L’effrontée, princesse au royaume des animaux sauvages, résistera-t-elle à son époux, l’irréductible Alfonso II qu’elle soupçonne de vouloir l’empoisonner? L’intrigue n’est pas plus épaisse dans ce roman qui prend le temps de durer. Dense. Fouillé. Détaillé.

Mais s’il embarque, c’est parce que l’Irlandaise a saisi le potentiel romanesque de Lucrèce, la battante. Elle donne à cette invisible cinquième enfant de Cosme Ier l’art d’entendre ce qu’il faut et celui de taire ce qu’elle a appris. La rebelle de naissance fait ainsi de son jugement et de son instinct des guides sur l’échiquier d’une vie en quête désespérée d’amour. Au fil des lignes, admiratives face à tant de détermination, les ponts se créent entre cette princesse et les enjeux féministes d’aujourd’hui, bâtis sur une écriture qui percute. L’air de rien! (FMI)

«Le portrait de mariage», Maggie O’Farrell, Éd. Belfond, 411 p.

Roman – Un jeudi sur la pente raide

Le dérèglement climatique est stylistique dans cet excellent “Jeudi” lâché comme un ovni dans cette rentrée par Eden Levin, primo-romancier. Spectateurs d’un duel entre deux collectifs de théâtre “Jeudi” et “Les Ravitailleurs” qui se disputent la légitimité de mener la révolution sociale, on est dans les codes du roman… qui dérape. L’hémoglobine se déverse aussi vite que dans un Tarantino, alors que l’enchaînement funeste qui va terroriser un bourg et monopoliser les forces de l’ordre ressemble à s’y méprendre à l’horreur d’un fait divers plombant les premières minutes d’un journal télévisé.

Mais dans ces pages aussi haletantes et surréalistes se mêlent encore l’art du dialogue théâtral en roue libre et celui, sélectif, de la revue de presse. Peu importe l'issue, on finit par oublier de compter les coups, le plus palpitant est dans l’expérience d’une lecture à vif, drôle et corrosive, d’une société en pleine dérive. Même chez les doux rêveurs! (FMI)

«Jeudi», Eden Levin, Éd. Noir sur Blanc, 336 p.

Roman – La Chambre noire

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C'est une histoire que mêle les destinées de trois familles et qui qui court sur quelque quatre décennies.Bernadette Richard s'attache surtout à la famille de Gontran et Yzalie et au drame de leur fille Carmen. Enfant maltraitée par une mère névrosée, elle se souvient d'épisodes de ce parcours cabossé qu'elle surmontera par l'écriture et la fréquentation des animaux.

Ce livre qui est présenté comme «son histoire et celle du pays de son enfance», embrasse une perspective sans doute trop large pour approfondir tous les thèmes qui sont abordés ou suggérés. Si l'arrière plan historique, omniprésent, rythme la progression du récit, le cœur du propos est trop souvent survolé, voire expédié comme s'il s'agissait une fois pour toute de se débarrasser de mauvais souvenirs en évitant de plonger dans la noirceur de la violence familiale, dans l'approfondissement d'une relation de couple que l'on devine compliquée ou dans l'évocation du silence hypocrite de la société sur le martyre des enfances saccagées. Bernadette Richard, auteure prolifique, manie pourtant la plume avec assez de fluidité et d'énergie pour développer ce récit qui peut laisser un sentiment d'inachevé. (PVI)

La Chambre Noire, Bernadette Richard , 144 pages éditions Favre.

Essai – Pas de langue de bois

La linguiste et professeure de "français langue étrangère" à l’Université de Lausanne, Stéphanie Pahud, et le professeur honoraire de sociolinguistique de la même université, Pascal Singy, ont publié cet été un essai sur la pluralité de la langue française.

Le livre alterne des chapitres descriptifs des accents, des parlers de certaines catégories de la population, de l'affirmation du genre ou de l'évolution de l'orthographe avec des entretiens de ceux qui ont fait leur métier du langage, rappeur, psychiatre, journaliste, enseignant, ce panorama décrit le français dans sa diversité et dans ses transformations. Un point sur l'état de la langue avec quelques strips d'illustration dedans. (OBO)

«Pas de langue de bois», de Stéphanie Pahud et Pascal Singy, Éd. Favre, juillet 2023, 242 p.

Actualité – L'ours et le renard

À l'heure ou l'actualité du conflit est dominée par la contre-offensive ukrainienne, ce livre revient sur un peu plus d'une année de guerre en se situant au niveau des champs de bataille terrestre, aérien et cyber.

L'action des belligérants est abordée par deux spécialistes de ce que les stratèges appellent «l'art opératif». Ainsi Michel Goya – ancien militaire d'active et auteur notamment de «Sous le feu» consacré àl'engagement armé- répond à Jean Lopez, historien et fin connaisseur de l'Armée rouge dont l'héritière russe est à la manœuvre en Ukraine.

Après une éclairante introduction, l'ouvrage adopte la forme de l'entretien chapitré, fourmille d'informations et de précisions sur les mouvements de troupes, les unités impliquées mais la lecture n'en est pas toujours facilitée.

Et face à la force de frappe russe, on retrouverales réponses habiles des Ukrainiens, telles ces unités mobiles d'opérateurs de drones fonçant en quad d'un point chaud à l'autre. La mise en perspective est très intéressante mais la teneur de l'ouvrage reste trop pointue pour vraiment séduire au-delà des spécialistes. (PVI)

«L'ours et le renard», Michel Goya et Jean Lopez, Éd. Perrin, 300 p.

Essai – Dans les ténèbres de Will Oldham

Dans sa mission de décortiquer de la cave au grenier quelques disques qui marquèrent l’histoire musicale, la collection Discogone ouvre ses sillons au journaliste romand Christophe Schenk, envoûté à jamais par le gothique américain du chanteur Will Oldham, alias Bonnie «Prince» Billy. L’occasion d’un plongeon dans les ténèbres et les onze chansons qui composent «I See A Darkness», chef-d’œuvre à ce point incontournable qu’il inspira une reprise également crépusculaire à Johnny Cash.

Avec une érudition jamais démonstrative vitaminée par une fascination intacte, l’ancien de «L’Hebdo» fait le lien entre l’univers personnel d’Oldham, son extraction artistique et géographique et le résultat musical gravé en 1999, en un road-trip sur microsillons qui dépasse le simple inventaire et s’aventure dans une Amérique brute et belle. (FBA)

«Bonnie Prince Billy, I See a Darkness», Christophe Schenk, Éd. Densité, 122 p.

Littérature – Sous X

Ce livre très coloré traduit de l'allemand est une sorte de performance artistique et éditoriale autour de l'identité de genre. Autrement que de récit, de roman ou de biographie, il faut parler ici de texte littéraire. C'est-à-dire d'un objet textuel complexe qui mélange les genres ou plutôt brouille les frontières entre eux à l'image de l'auteur Christoph Schneeberger, qui signe ici X Schneeberger et se fait appeler aussi X Noëme quand il se produit en drag queen sur la scène undergroud zurichoise.

L'auteur et artiste, qui est titulaire d'un master en écriture littéraire, se plaît donc à décloisonner les genres,à déconstruire le style et même - dans l'allemand original (originel?) - à la «neutraliser» pour élaborer ce récit familial et intime en deux parties, signée Schneeberger de Chantemerle pour la première, et X Noëme pour la seconde. La lecture n'est pas toujours facile et exige un certain engagement pour se plonger dans ce texte habité de fulgurances dont certains éclats ne sont pas loin de faire penser à Antonin Artaud. Ce livre à la fois fardé et sincère peut se lire comme le prolongement d'une performance artistique de la personne qui l'a écrit. (PVI)

«Neon Pink & Blue», par X Scneeberger, 232 pages, édition d'en bas.