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ÉditorialSouriez, vous êtes masqués

J’ai assez tapé sur mon demi-canton d’origine en matière d’accueil touristique pour le saluer à nouveau quand il fait bien les choses. Et j’avoue avoir été particulièrement impressionné par la façon dont les bistrotiers et restaurateurs valaisans ont pris la reprise post-coronavirus au sérieux. Je parle notamment du masque. Car c’est bien lui qui, au quotidien, nous rappelle que le roi virus n’a pas (encore?) tout à fait rendu sa couronne.Même dans la ruecar c’est toujours plus beau quand c’est inutileces passants qui le portent, qui sont un peu comme les touristes asiatiques d’antan, nous ramènent à cette réalité, nous privent de ce brin d’insouciance.

Alors? Alors comment faire avec? En sachant qu’il va se greffer sur nos visages encore quelque temps. J’avoue d’ailleurs avoir beaucoup d’admiration pour ceux qui sont contraints de le porter en continu et dont on ne croise plus que le regard. J’ai testé ceux en papiers et en tissu, affublés de slogans rigolos. Il y a comme une sensation d’étouffement, d’humidité, de picotements derrière les oreilles. Sans parler d’un indéniable côté anxiogène.

«En faire un accessoire de mode devrait effectivement mieux faire passer la pilule»

Les serveurs valaisans dont je parlais plus haut ont souvent opté pour une version en plastique transparent. On voit donc leur sourire en vitrine, même si cela fait bizarre. En la matière, en les matières, chacun fait donc son choix. Emmanuel Macron a opté pour l’élégance so «made in France» de la bonneterie Chanteclair à Saint-Pouange, dans l’Aube, en tissu noir avec un petit écusson tricolore, et dont on attend toujours avec impatience qu’il soit vendu au grand public. En faire un accessoire de mode devrait effectivement mieux faire passer la pilule.

Il y a un monde entre le port facultatif et le port obligatoire. En 2014, le Forum d’histoire suisse à Schwytz consacrait une exposition assez extraordinaire aux masques et à leurs traditions. Qui dépassent largement celles du carnaval. Sa commissaire me rappelait alors qu’il existait aussi des modèles de la honte, dont on devait s’affubler aux XVIIe et XVIIIe siècles pour purger une punition de délit mineur (adultère, ivresse, insulte). Cette enfant du Lötschental racontait aussi comment, petite, elle courait après ceux qui en étaient affublés pour les provoquer. En sachant que, s’ils étaient attrapés, on leur frotterait le visage avec un mélange de neige et de sciure fumée. Un geste qui faisait mal. Mais la tentation était plus forte que la crainte. La peur avance toujours masquée.

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