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ÉditorialSpéculation partout, morale nulle part

L’histoire du collectif lausannois Druey 22-30, c’est l’histoire de tous les locataires de ce pays. Parce que des gens qui se font expulser de leur logement, il y en a presque tous les jours. Et des propriétaires qui finissent par vendre avec plus-value au lieu de faire les travaux promis, cela aussi, c’est fréquent. Sauf que cette fois-ci, la chose se voit beaucoup.

Ce gâchis est parfaitement légal. Même le vénérable Tribunal fédéral n’a rien fait pour qu’une grosse centaine d’habitants ne perde pas son logement face à un propriétaire qui s’est débarrassé de son bien dès qu’il l’a pu. Au lieu de faire les grands travaux de rénovation qu’il avait annoncés. Et la somme encaissée est bien supérieure à celle déboursée huit ans plus tôt, au début de la bataille pour résilier les baux. Non, la loi n’est pas du côté des locataires, tout le monde a fini par le comprendre. Et les discussions actuelles aux Chambres fédérales, avec des lobbies très déterminés, pourraient aggraver encore la situation.

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Quand le droit ne protège pas assez et que les majorités politiques sont celles qu’elles sont, il ne reste plus qu’à en appeler à la morale. La pierre, c’est sûr. La pierre, c’est rentable. Il faut investir dans la pierre… La rengaine des petits et grands futurs propriétaires est connue même de ceux qui n’auront jamais les moyens de la vérifier.

L’immobilier et la construction ne sont pourtant pas que des refuges pour l’épargne. Certains l’ont compris, mais pas tous. Ils participent à l’assurance d’un droit fondamental: le droit au logement. Ils vivifient et nourrissent aussi l’économie et la croissance de ce pays. Celles-là mêmes qui vont subir ces prochains mois des cataclysmes

«L’immobilier et la construction ne sont pourtant pas que des refuges pour l’épargne»

Dans ce milieu, des affairistes se comportent comme s’ils évoluaient en dehors de la société. Pourtant, les hommes et femmes qui construisent puis qui habitent les appartements du marché leur sont indispensables. Il serait temps que certains s’évertuent à ne pas les arnaquer. Parce que les collectivités publiques narriveront pas à elles seules à garantir des prix humainement supportables en rachetant le sol. Elles n’en ont pas les moyens. D’autant qu’elles sont aujourd’hui très occupées à soutenir l’ensemble du tissu économique. Le même qui, jusqu’à mars dernier, pensait qu’il ne pouvait rien lui arriver. Un peu comme un locataire confortablement installé dans «son» appartement.