AboSports d’hiverÀ Davos, le WEF laisse peu de place aux amateurs de glisse
Pendant le Forum, les touristes se font rares dans la station grisonne. Quelques irréductibles profitent toutefois pleinement des pistes. Reportage.

Il règne une ambiance étrange à Davos. La station grisonne - forte de ses quelque 250 kilomètres de pistes avec sa jumelle Klosters - voit habituellement défiler les touristes, snowboard sous le bras ou skis sur l’épaule. Mais pas pendant le Forum économique mondial (WEF). Les amoureux de la glisse sont éclipsés par les milliers de policiers, militaires et participants au grand raout. Ses rues sont encombrées de camionnettes de livraison, de vans aux vitres teintées et de limousines noires.
On retrouve quand même quelques amateurs de sports d’hiver aux abords des pistes. Sans file d’attente en bas des arbalètes, télésièges et télécabines, ils enchaînent les descentes. Pas le temps de parler à la presse. Il faut profiter du beau temps et des pistes. Une femme accepte toutefois de faire une pause.
Née à Davos, Carla sillonne la station depuis son plus jeune âge. Et il n’y a pas photo. La semaine du WEF est la plus tranquille de l’année. «C’est génial! Il n’y a presque personne sur les pistes», s’enthousiasme-t-elle. Même après avoir déménagé, elle revient avec plaisir skier pendant cette période.
«Je paie 400 francs la nuit d’hôtel. C’est deux fois plus cher que d’habitude.»
Comment a-t-elle fait pour trouver un logement, alors que les grands de ce monde occupent quasi tous les hôtels et appartements de la région? «J’habite chez une amie. J’ai encore beaucoup de connaissances dans le village.»
Une chance que n’a pas Py. Cette Bâloise, qui vient trois à quatre fois par saison, a dû débourser 400 francs la nuit pour un hôtel. «C’est deux fois plus cher que d’habitude.» De tels prix pourraient en faire fuir plus d’un. Mais pas elle. Py aime skier à Davos. Elle aussi a remarqué une baisse de fréquentation. Faute de touristes, les deux plus petits secteurs du domaine ont d’ailleurs dû être fermés.

L’absence de skieurs se remarque partout. Dans le village, sur les pistes, mais aussi dans les magasins de sport où les touristes font généralement la queue pour obtenir du matériel. «C’est complètement mort!» reconnaît en rigolant à moitié un vendeur. Dans un autre magasin, un couple est là. Mais il cherche seulement de nouvelles lunettes de soleil.
Difficile d’évaluer précisément cette baisse d’affluence. L’employé du parking d’une télécabine, rempli aux deux tiers, donne une estimation à la louche. «Il manque entre 2000 à 3000 touristes.» Pour une skieuse, il y a deux fois moins de monde sur les pistes.
Chauffeurs omniprésents
La serveuse d’un restaurant situé au bas d’un téléski a aussi du mal à sortir un chiffre. Mais elle observe un changement de clientèle. «Beaucoup de tables sont réservées pour les chauffeurs des navettes supplémentaires du WEF. Ils constituent à peu près la moitié des clients. L’autre, ce sont des skieurs ou des snowboarders.»
«J’ai dû passer un contrôle de sécurité pour venir. J’ai cru que c’était fermé. Ça m'aurait super irritée.»
Impossible de se fier aux nuitées. «À cause du WEF, tout est plein partout», pointe une employée de l’Office du tourisme. Les locations de skis? On a bien essayé de questionner le gérant d’un magasin. Sans succès. «Je ne peux rien vous dire, car cela touche directement à notre chiffre d’affaires.»
Et les remontées mécaniques? Enregistrent-elles une baisse de leurs ventes? On nous répond par l'affirmative. Mais aucun chiffre concret n’est articulé. Au guichet voisin, une snowboardeuse discute avec le vendeur. «J’ai dû passer un contrôle de sécurité pour venir. J’ai cru que c’était fermé. Ça m'aurait super irritée. C’est le meilleur jour pour profiter des pistes.» Elle récupère son précieux sésame et s'engouffre dans la télécabine, prête à en découdre avec la neige.
Vous avez trouvé une erreur?Merci de nous la signaler.
















