À 19 ans, Bianca Andreescu redéfinit les standards de la féminité dans le tennis

TennisSeule face à une foule hostile, la Canadienne a déclassé Serena Williams 6-3 7-5, avec une agilité pionnière.

Actionnées par des poignets très libres, les frappes de Bianca Andreescu explorent toute la gamme des effets et des vitesses possibles.

Actionnées par des poignets très libres, les frappes de Bianca Andreescu explorent toute la gamme des effets et des vitesses possibles. Image: AFP

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On a coutume de dire qu’elle joue comme un garçon, ce qui n’est pas déshonorant pour son tennis, ni dégradant pour les garçons. Pour être tout à fait exact, Bianca Andreescu est l’antithèse d’une féminité convenue telle qu’elle s’est propagée chez ses aînées, à renfort de biscotos et de schémas carrés: elle a de la main, des idées et des variations démoniaques. Elle ne cogne pas si fort, et ne court pas très vite. Mais sa jugeote, à l’ère post-trignolette, bouleverse des habitudes que son caractère aime encore à pourfendre.

«Elle est très astucieuse et joue différemment des autres, ce qui la rend déconcertante», décrivait Belinda Bencic, battue – de très peu – au tour précédent. Interrogé comme s’il était une sorte de savant fou, le coach Sylvain Bruneau avouait un style d’inspiration masculine: «Nous avons cultivé cette différence. Sans vouloir dénigrer quiconque, Bianca jouait un peu le tennis stéréotypé de son époque, avec du rythme et des trajectoires tendues. Nous avons essayé de prendre le contre-pied: arrondir, couper, mettre du poids et de l’effet, construire les points en s’ouvrant le terrain, diversifier les approches… Nous avons emmené Bianca voir des matches d’hommes, afin de la sensibiliser à d’autres méthodes.»

Chris Evert troublée

De là à imaginer qu’elle enfumerait Serena Williams en finale, pour sa première participation à l’US Open, avec des allégresses de petite écolière, en se bouchant les oreilles pour ne pas entendre les méchancetés sur son compte, il y avait un effort d’imagination que même Chris Evert était incapable de fournir. «Franchement, je n’y croyais pas du tout, reconnaissait la championne américaine. À 19 ans, dans le plus grand stade du monde, contre Serena et seule, toute seule, face à l’hostilité de 20 000 personnes, c’est fort. C’est absolument troublant.»

Voir grand et se perdre

Plus troublante encore est la vision prémonitoire qui a présidé à cette destinée. En larmes, Bianca Andreescu a tenté d’expliquer qu’elle avait rêvé ce moment, littéralement, des centaines de fois. «Ce n’est pas la première fois que je «visualisais» une finale contre Serena Williams. J’ai imaginé ce moment chaque jour depuis ma victoire à l’Orange Bowl (2014). Je pratique la visualisation et la méditation. Il faut croire que ça marche, ces trucs-là.»

En règle générale, les joueurs de tennis se distinguent par deux approches diamétralement opposées. La première, façon Wawrinka, consiste à ne jamais regarder la montagne et à progresser pas à pas, en assumant une part de prudence et de timidité. La seconde, d’obédience américaine, exhorte à voir grand. Beaucoup se sont perdue(s) dans cette immensité (Oudin, Young, Fritz). D’autres y ont trouvé un champ d’expression à la mesure de leur exubérance.

«Bianca était supérieure dans le jeu, s’est efforcée d’admettre Serena Williams. Nous sommes toutes les deux des battantes, avec une grande intensité émotionnelle. Mais honnêtement, j’ai été mauvaise. Ma performance est inexcusable. Serena n’était pas là aujourd’hui (sic). Je dois trouver un moyen de la faire revenir quand nous disputons une finale de Grand Chelem (ndlr: quatre défaites consécutives).»

Face à un service qu’elle a retourné facilement, et une puissance qu’elle a désamorcée adroitement, Bianca Andreescu est restée presque sereine, portée par une énergie qu’elle n’avait pas toujours eue, sinon sporadiquement, contre Belinda Bencic. D’un phénomène surnaturel, elle deviendra dès ce lundi une anomalie statistique: du top 150 au top 10 en huit mois, dont quatre à l’infirmerie, son ascension fulgurante est du jamais vu dans le tennis moderne.

Bianca Andreescu peut-elle durer, elle, une fois dissipée l’insouciance d’une adolescence rêveuse, sans contrainte ni attente, dans une banlieue fleurie de la middle class canadienne? Interrogé par Radio France, le directeur technique national Luigi Borfiga en est convaincu: «Bianca est la joueuse de demain. À travers cette finale, nous avons assisté à une passation des pouvoirs entre générations.» Son coach est plus réservé: «Nous avons exploré ensemble la thématique du jeu juste mais toutes ces options peuvent devenir encombrantes pour un esprit las, usé ou perturbé.» Bianca Andreescu est également décrite par nos confrères canadiens comme une «travailleuse acharnée, limite hyperactive, sujette à des blessures répétées». Préserver l’intelligence vive dans un esprit libre et un corps sain: si son entourage réussit cette gageure, le tennis féminin vivra la plus grande évolution de ce siècle.

Créé: 09.09.2019, 07h06

Bio express

Enfance
Fille unique, Bianca Andreescu a commencé le tennis à l’âge de 7 ans, pendant un séjour de deux ans en Roumanie, la patrie d’origine de ses parents.
Sport
Elle a touché à tout: natation, gymnastique, football,et patinage artistique.
Palmarès
Pratiquement inconnue en début d’année, elle a remporté les tournois de New Port Beach (WTA 125), Indian Wells et Toronto (Masters 1000).
Situation
Ses parents sont établis dans une banlieue résidentielle
de Toronto (Canada). CH.D.

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