6 juillet 2008: un mythe, le livre, son film

TennisConsidérée comme le plus grand match de tous les temps, la finale de 2008 possède déjà son historiographie. Voilà ce qu’elle nous enseigne.

Roger Federer félicite Rafael Nadal lors de sa victoire à la finale de Wimbledon le 6 juillet 2008.

Roger Federer félicite Rafael Nadal lors de sa victoire à la finale de Wimbledon le 6 juillet 2008. Image: Ryan Pierse/AFP

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C’est à ce genre d’évidence que l’on reconnaît un «événement historique»: tout le monde peut dire où il était le 6 juillet 2008.

Considérée comme le plus grand match de tous les temps, cette finale de Wimbledon n’a certes pas encore franchi la barrière de la fiction - comme le légendaire Borg-McEnroe de 1980, récemment adapté au cinéma – mais elle a déjà fait l’objet d’un travail de réécriture. Un homme est à l’origine de cette démarche, Jon Wertheim, dont le livre «Stroke of Genius» a servi de trame pour un long métrage-documentaire sorti en 2018 sous le haut patronage de Tony Godsick et Benito Perez-Barbadillo, les agents Federer et Nadal.

Que faut-il conserver de ces travaux? D’abord la très célèbre description des qualités antagonistes des deux joueurs. Le journaliste de «Sports Illustrated» construit la trame de son livre autour de cette opposition: «l’impressionniste au toucher délicat» (Federer) face à «l’expressionnisme abstrait et déchaîné» de Nadal. Tout tient dans ce face-à-face des contraires.

«Un droitier contre un gaucher. Une technique classique contre une autre ultramoderne. Légèreté féline contre puissance taurine. La retenue et le calme méticuleux de l’Europe continentale contre la bravade et la passion ibérique. La puissance contrôlée contre la brutalité sans remords. Zeus contre Hercules. Le génie implacable contre la volonté inflexible.»

Légèreté féline contre puissance taurine. La retenue et le calme méticuleux de l’Europe continentale contre la bravade et la passion ibérique.

Publiées en 2009, ces lignes sont de l’histoire immédiate. Elles en ont la puissance mais aussi les limites d’une vision un peu caricaturale. Neuf ans plus tard, leur prolongement filmé livre à ce titre une vision beaucoup plus nuancée de ce qui oppose les deux champions.

«Avec Rafa, on est très différents dans notre façon d’appréhender les choses, insiste «RF». Mais si tu grattes la surface, on se ressemble beaucoup.» Et Pierre Paganini, l’un des nombreux intervenants de référence (avec Borg, Evert, Navratilova, Sampras, Moya, oncle Toni, Lüthi), de résumer ce point de convergence: «Roger est un artiste qui sait se battre et Rafa un combattant capable d’élans artistiques.»

L’autre intérêt de ce film très réussi tient aussi dans les gros aveux et petites indiscrétions lâchés au gré des interviews. Le clan Nadal admet ainsi la violence de sa déception lors de l’irrespirable tie-break du quatrième set, arraché par Federer. «Rafael menait 5-2, deux services à suivre, se souvient oncle Toni. Le match était presque gagné. Et puis il a raté sa première balle; je me suis alors tourné vers Carlos Costa et lui ai dit: «Double faute.» Deux balles de match sauvées plus loin – dont le fameux passing de revers long de ligne – le match file au cinquième set et bascule dans la légende. «La pire sensation de ma vie sur un terrain», lâche Rafael Nadal.

Coté Federer, l’aveu est plus intime. Il renvoie à la fonction de «point de bascule» qu’a pris ce match dans la carrière du Bâlois. «Sur le moment, j’ai vécu cette défaite comme le pire jour de ma vie. Puis j’ai eu besoin d’un ou deux mois pour saisir toute la magnitude de ce match. En fait, j’ai dû embrasser l’idée d’avoir un rival car, au début, je n’en avais pas envie. Il m’a fallu du temps mais, petit à petit, j’ai compris que ça avait du bon.»

Roger Federer devra attendre neuf ans pour battre à nouveau Rafael Nadal en Grand Chelem (Open d’Australie 2017). C’est dire le poids symbolique de ce 6 juillet 2008. Un jour, un match, définitivement entré dans l’histoire.

Créé: 11.07.2019, 16h48

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