Au mental, Roger Federer s’offre un 20e titre majeur

TennisBien que malmené par le Croate Marin Cilic, le Bâlois a su aller au bout de l’exploit, dimanche, pour remporter l’Open d’Australie et embellir encore sa légende. Fabuleux!

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Au sommet. Encore. Toujours. Et même un peu plus que cela. Sur son art, Roger Federer reste perché. Au-dessus du monde, au-dessus des autres. Même lorsque Marin Cilic se dépouille pour le faire douter, il laisse passer l’orage et s’extirpe en patron de la tempête. Le voici désormais détenteur de vingt titres du Grand Chelem. Oui, vingt. Un total stratosphérique, vertigineux. Et qui, forcément, donne le tournis, pareille marque n’ayant jamais été même effleurée dans l’histoire du tennis masculin. Qui l’eût cru il y a quinze ans lorsque Pete Sampras établissait un record avec une quatorzième couronne alors même que le Bâlois n’en avait aucune sur la tête? «C’est vrai que tout cela était inimaginable», concède le «Maître».

Inimaginable car personne n’avait cerné jusqu’où le talent, le potentiel et le mental de «RF» pouvaient le mener. Impensable car on ignorait encore à quel point ce virtuose était en mesure d’ajouter à sa panoplie une déroutante force de travail. «On sous-estime le bosseur qu’il est, pose son coach et ami Severin Lüthi. C’est dingue la capacité que Roger a à travailler pour sans cesse chercher à progresser. Même à son âge! Avoir une bonne main ne suffit pas à entrer parmi les 200 meilleurs joueurs du monde. Alors imaginez tout ce qu’il a fait pour en arriver là!»

Là, c’est donc encore un peu plus dans l’histoire, pour avoir su plier une finale hachée et tendue, au bout d’une quinzaine qu’il avait pourtant traversée en promenant sa sérénité aux quatre coins de Melbourne Park. Dimanche, contre Marin Cilic (6-2, 6-7, 6-3, 3-6, 6-1), le No 2 mondial a su puiser au fond de lui-même les ressources mentales pour éviter que le Croate, courageux mais maladroit au moment de tuer la rencontre à l’entame de l’ultime manche, ne l’empêche de pénétrer dans une autre dimension, d’embellir encore davantage sa propre légende. De cette lutte acharnée avec son adversaire et avec ses propres nerfs, qui l’ont torturé toute la journée, le Bâlois a fini par sortir en vainqueur. Ou en «vingtqueur», serions-nous tentés d’écrire.

Le scénario est merveilleux. Il consacre un génie du tennis, une icône du sport, emportée dans un fabuleux tourbillon d’émotions. Dans les larmes que Roger Federer a lâchées au sortir de son discours se reflétaient autant la souffrance endurée pour arriver à mettre la main sur cette nouvelle couronne (il a reconnu avoir souffert durant son dimanche d’attente) que la fierté du «devoir» accompli. «Le conte de fées se poursuit pour moi et c’est incroyable», a soufflé le héros, sous le regard attendri et… humide de son clan, plus particulièrement d’Ivan Ljubicic, son autre entraîneur, touché comme jamais.

Pas si facile
Et il y a de quoi, tant ce que son poulain a réalisé est remarquable. Bien sûr, ceux qui cherchent encore des noises à Federer diront qu’il n’a battu «personne» dans ce tournoi. C’est faux. Richard Gasquet et Tomas Berdych sont d’anciens membres du top 10. Marin Cilic est un vainqueur de Grand Chelem, qui aspire à devenir No 1 ATP. En vrai, plutôt que de se pencher sur ce qui ne fonctionne pas (ou plus) chez les autres, il faudrait d’abord songer à louer les mérites de l’Helvète, dont la grande force est non seulement de résister mais surtout de trouver en permanence le moyen de se réinventer. Pendant qu’autour de lui, tous les autres s’écroulent.

«Quand, en 2013, il choisit de changer de raquette, il opère un choix fort, relevait samedi Severin Lüthi. À son âge et avec le palmarès qu’il avait déjà, je ne suis pas certain que tout le monde aurait fait comme lui. Je pense même que plusieurs joueurs auraient attendu le dernier moment pour agir ainsi. Lui a su précéder les choses, là où d’autres auraient lâché l’affaire…»

Mais pas Roger Federer, qui a osé quitter son petit tamis pour voir plus grand et se donner de la marge en termes de confort et de contrôle. Pas Roger Federer, extraterrestre des courts, qui voue au tennis une passion sans faille. Ah, si tous les êtres pouvaient recevoir autant d’amour que la petite balle jaune de la part du Bâlois, sûr que le monde irait mieux…

Le sien, en tout cas, tourne dans le bon sens, sans jamais que le No 2 mondial ne se prenne pour un autre. Dans cette quinzaine encore, il a épaté par sa décontraction et par sa lucidité au fil de conférences de presse au cours desquelles il a abordé tous les sujets, jonglé avec les langues et distribué les sourires.

Pas de doute: «RF» est davantage qu’un virtuose, plus qu’un sportif au-dessus des autres, il est un personnage qu’il faut savoir écouter. On a la classe ou on ne l’a pas. Lui l’a gravée dans les gènes. «Il a reçu une merveilleuse éducation, témoigne Lüthi. C’est quelqu’un de bien, de humble, de sain. C’est hallucinant de voir à quel point il est positif. Dans chaque situation, même dans la difficulté, Roger ne voit que le bon côté. Ça aussi, c’est une force.»

Sur le toit du monde
Une de plus dont il a su se servir – autant pour ne pas exploser que pour sauter à pieds joints dans un nouveau chapitre de son histoire – lorsque Cilic a eu dans sa raquette deux balles de break dans la dernière ligne droite de cette finale. «Je compte maintenant vingt titres majeurs à mon palmarès et je peine à réaliser ce que cela représente. D’autant plus qu’il y a un an, au moment de reprendre la compétition, j’aurais signé des deux mains si on m’avait dit que j’en aurais dix-huit…»

Le temps passe, mais la magie ne disparaît pas. Oui, sur son art, Roger Federer reste perché. Au-dessus du monde, au-dessus des autres. Même dans la tempête.


Roger Federer: «Je ne me lasse pas de vivre ces moments-là»

Même Rod Laver, au cœur de l’arène qui porte son nom, a cru bon d’immortaliser avec son smartphone le moment d’histoire que Roger Federer lui a permis de vivre dimanche soir. C’est dire le plaisir pris face à la réussite du Bâlois qui, trois heures après avoir embrassé son trophée et non sans avoir promis de faire la fête toute la nuit, est venu livrer son discours de patron en conférence de presse.

– Quelles pensées vous ont-elles traversé l’esprit à l’entame du dernier set?
– Déjà, je voulais essayer de gagner à nouveau un jeu, car Marin venait d’en enquiller cinq à la suite et il avait le vent dans le dos. Il fallait que je me concentre sur mon service pour tenter de faire basculer le momentum. J’ai eu un peu de chance, mais j’ai aussi profité de mon expérience. C’est beau, car très franchement je ne pensais pas être en mesure de conserver mon titre lorsque je suis arrivé en Australie. Je ne m’en sentais pas forcément capable. Reste qu’au final, même si le chemin est parfois long et compliqué, je ne me lasse pas de vivre ces moments-là, sous le regard de mes proches et de mon team, sans lesquels rien ne serait possible…

– Vingt titres majeurs, c’est monstrueux. Qu’est-ce que cela vous inspire?
– Le chiffre n’a pas d’importance pour l’instant. Je n’ai pas cherché à y réfléchir avant cette finale. Se projeter trop loin, c’est le meilleur moyen de voir les choses mal tourner. Toute la journée, je me suis surtout demandé ce que j’allais ressentir si je gagnais et ce que j’allais ressentir si je perdais. La tension a été extrême aujourd’hui.

– Plus que jamais avant une finale?
– Pas sûr. Mais avec un match si tardivement programmé, je suis effectivement resté le plus possible dans mon lit ce dimanche pour éviter que la journée ne soit méga longue, pour éviter de passer trop de temps à réfléchir, à gamberger.

– Est-ce ce «trop-plein» qui vous a fait craquer durant la cérémonie?
– C’est un tout, certainement. Les émotions m’ont très vite étreint, sans que je ne parvienne à les maîtriser, sans doute parce que j’avais gardé beaucoup de choses en moi vu comment le tournoi s’était vite déroulé. J’aurais aimé pouvoir parler normalement, mais une fois face à la foule, c’était tout bonnement devenu impossible. Mais je suis heureux d’avoir pu exprimer et partager ces émotions, comme à Wimbledon pour mon premier titre majeur en 2003. Quinze ans après, c’est beau d’avoir toujours la même passion. Mais oui, je reconnais avoir été nerveux dans cette fin de quinzaine, sans toutefois parvenir à expliquer concrètement pourquoi. J’ai moins bien dormi ces derniers jours, j’étais notamment très pessimiste avant mon quart de finale contre Tomas Berdych. J’avais le sentiment que j’allais perdre ce match. Et aujourd’hui, je pense avoir lâché le 2e set à cause de mes nerfs.

– Vous parliez précédemment de vos proches. Si un jour Mirka, votre épouse, vous dit qu’elle en a marre de cette vie et qu’elle vous demande d’arrêter…
– Eh bien, j’arrête. C’est très clair entre nous, et depuis longtemps.

– Vous vous retrouvez maintenant à 155 points de Rafael Nadal au classement ATP. Allez-vous chasser le trône?
– Tout est encore ouvert. Mon calendrier est libre jusqu’à Indian Wells. Je sais que les organisateurs de Dubaï veulent me voir jouer leur tournoi. On verra ce que je décide. Mais je ne vais pas y réfléchir ce soir… Demain, seulement.

(24 heures)

Créé: 28.01.2018, 20h06

Quelques records

En chiffres

20
comme ses titres en Grand Chelem, forcément. Le suivent Rafael Nadal avec 16 titres et Pete Sampras avec 14.

3 comme les trois tournois du Grand Chelem qu’il est seul à avoir remporté au moins cinq fois (8 fois Wimbledon, 6 fois l’Open d’Australie, 5 fois l’US Open).

2 comme les tournois du Grand Chelem qu’il est seul à avoir remporté cinq fois consécutivement (Wimbledon 2003-2007 et US Open 2004-2008).

3 comme ses trois Petits Chelems (trois titres sur quatre) en 2004, 2006 et 2007. Il est le seul à l’avoir fait à l’ère Open. Novak Djokovic en a fait deux, Mats Wilander, Jimmy Connors, Rafael Nadal et Rod Laver un. Bon, ce dernier avait fait un Grand Chelem.

8 comme ses titres à Wimbledon, devant Pete Sampras (7 victoires).

30 ou le nombre de ses finales en Grand
Chelem, devant Nadal (23) et Djokovic (21).

10 soit le nombre de ses finales consécutives en Grand Chelem, de Wimbledon 2005 à l’Open d’Australie 2008. En deuxième place, avec huit finales consécutives… Roger Federer. Puis Novak Djokovic avec six.

43 demi-finales en Grand Chelem, dont 23 successives. Jimmy Connors et Novak Djokovic en ont 31.
54 quarts de finale en Grand Chelem – dont 36 successifs, soit 9 ans – devant Jimmy Connors 41.

325 matches remportés en Grand Chelem, devant encore Jimmy Connors avec 233.

40 victoires successives à l’US Open, record de l’ère Open.

6 Masters remportés, devant Pete Sampras, Ivan Lendl
et Novak Djokovic, tous avec cinq.

64 ou le nombre de matches disputés au Masters.
36 ans, l’âge où il est devenu le plus vieux vainqueur d’un tournoi Masters 1000.

302 semaines passées comme numéro un mondial, devant Pete Sampras (286 semaines).

237 semaines passées successivement en tête du classement ATP, devant Jimmy Connors (160 semaines).

L’essentiel

Historique
Roger Federer a remporté la finale de Melbourne

Tension
Il l’avoue, il a été très nerveux toute la journée jusqu’au match du soir

Avenir
Il n’a pas encore fait son programme et ne vise pas encore le retour à la première place

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