Billets offerts par centaines pour mettre de l’ambiance

AthlétismeBanquiers VIP, supporters indiens et familles invitées, c’est une drôle de foule qui peuple un stade Khalifa qui se remplit peu à peu.

Les loges aussi luxueuses que dépeuplées côtoient des tribunes qui se remplissent peu à peu à Doha.

Les loges aussi luxueuses que dépeuplées côtoient des tribunes qui se remplissent peu à peu à Doha. Image: EAN-CHRISTOPHE BOTT/Keystone

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Cela restera comme l’une des images de ces Mondiaux de Doha. Dimanche soir, Shelly-Ann Fraser-Pryce a remporté l’or sur 100 mètres. Son fils Zyon (2 ans) dans les bras, la Jamaïcaine s’est offert un tour d’honneur… devant des tribunes vides. Personne. Le millier de spectateurs présents avaient déjà rejoint leurs voitures pour rentrer chez eux.

Les critiques sur la faible affluence au stade Khalifa ont fait les gros titres. Les organisateurs ont pourtant annoncé près de 70% de billets vendus sur le premier week-end. Si seulement. De grandes bâches ont été étendues pour cacher les sièges vides et réduire la capacité de 40 000 à 28 000 places. Insuffisant néanmoins pour créer de l’ambiance dans une arène à l’acoustique parfaite.

Fans de foot recrutés

Lea Sprunger a découvert le stade pour la première fois mardi (voir l’encadré). Programmée en fin d’après-midi, sa série du 400 m haies n’a pas attiré les foules. Quelques écoliers qataris, habillés de la traditionnelle thawb blanche, ont encouragé les athlètes de leur mieux. À côté, un imposant groupe d’hommes, tous vêtus du même t-shirt jaune et bleu, se chauffait la voix. «Nous sommes le fan-club qatari des Kerala Blasters FC, nous explique Naseer. C’est l’un des plus grands clubs d’Inde.» Mais que font des amateurs de football dans un stade qatari, à trois ans de la Coupe du monde 2022 qui sera organisée dans le pays? «On nous a écrit sur un groupe WhatsApp et nous avons reçu près de 250 billets. Nous allons faire du bruit pour les athlètes, mais spécialement les Qataris et les Indiens.»

Autre tribune, autre ambiance. Le coin VIP déroule ses canapés bleus, décorés de coussins de velours colorés. Jassim Al-Bastaki, 39 ans, est venu avec son fils. Drapé d’un élégant habit blanc, le Qatarien se montre dithyrambique. «Tout est simplement parfait dans ces Mondiaux, s’emporte le banquier de la Qatar National Bank, dont le logo se retrouve sur tous les dossards des athlètes. Je suis surpris par la qualité de l’organisation.»

Lorsqu’on l’interroge sur les faibles affluences et les critiques, il nous coupe. «Regardez cette foule. C’est impressionnant. L’ambiance est incroyable.»­

Même si notre interlocuteur ne semble pas complètement objectif, la soirée du mardi est la plus suivie depuis le début des Mondiaux. Le Khalifa Stadium a (enfin) vibré, notamment pour le concours masculin de la perche. À vue d’œil, plus de 10 000 personnes avaient pris place dans l’écrin, situé en banlieue de Doha. Parmi eux, Jukka et Carita Moilanen, qui viennent d’arriver de Finlande. Madame ne parle pas anglais, et monsieur est maire d’Ulvila, bourgade 13 000 habitants. Grand fan de sport, il a suivi des dizaines de grands championnats, dont plusieurs JO. «Pour ces Mondiaux, j’ai payé seulement 15 euros mon billet, explique le Finnois. C’est dix fois moins cher que d’habitude. C’est vrai que le stade n’est pas plein, mais c’est amusant d’être ici. Il y a des enfants et des gens qui ont été invités pour mettre l’ambiance. C’est bien.»

Familles modestes invitées

Jamil Nasir n’aurait pas pu emmener sa famille sans ses billets offerts. «C’est une expérience inédite pour mes deux enfants», relevait avec fierté ce père indien qui n’a pas oublié d’immortaliser la soirée avec un selfie.

Sous la tribune principale, des dizaines d’hommes sortent en petits groupes de la salle de prière, juste en dessous de la tribune principale. Deux volontaires

voilées quittent l’espace dédié aux femmes. On les reconnaît à leur veste jaune fluo. Elles occupent souvent des places pour faire le nombre. «C’est une chance unique pour nous de découvrir un tel événement de l’intérieur, explique la jeune fille de 19 ans, qui n’a pas voulu donner son prénom. Il y aura encore plus de monde vendredi, parce que c’est férié, comme le dimanche chez vous.»

Bigarrée et populaire, la foule du Khalifa grandit de jour en jour. Si les fans ne connaissent pas grand-chose à l’athlétisme, leurs yeux brillent de mille feux.


Sprunger au rendez-vous

Lea Sprunger avait de la peine à cacher la tension qui l’habitait. Le visage de la Vaudoise est apparu très fermé avant le départ de sa série du 400 mètres haies. «J’étais très nerveuse», a-t-elle reconnu. La pression qui pesait sur ses épaules s’est envolée dès les premières foulées. Sprunger a signé un départ rapide qui lui a permis d’être tout de suite dans le coup.

«Cela fait deux semaines que je me sens vraiment bien à l’entraînement, a expliqué la championne d’Europe, qui a été ennuyée par une blessure au dos au début de la saison. J’espérais pouvoir traduire ce sentiment en compétition. C’est désormais chose faite.» La Nyonnaise avait mis l’accent sur sa capacité à tenir un rythme en 15 foulées entre les obstacles. «J’avais en tête de garder ce rythme. En parvenant à tenir jusqu’au bout, je savais que le chrono allait suivre.» Elle est passée sous la barre des 55 secondes pour la première fois de la saison. «Elle a même pu se permettre de relâcher son effort sur les 30 derniers mètres, se réjouissait son coach Meuwly. C’est très bon pour le mental.»

La Suissesse peut désormais viser plus haut. «Cette demi-finale (ndlr: mercredi dès 20 h 05) sera la course la plus importante de mes Mondiaux, a-t-elle appuyé. Si je passe, ce ne sera plus que du bonus ensuite.»

Ce mardi a été une journée phare pour la Suisse à Doha, puisque Munjinga Kambundji a ensuite validé avec brio son ticket pour la finale du 200 mètres. U.CY


L’affaire Salazar secoue Doha

Après la chaleur et le manque de public, une nouvelle polémique secoue les Mondiaux de Doha: la suspension du renommé entraîneur américain Alberto Salazar (61 ans) par les autorités antidopage, après quatre ans d’enquêtes, jette le doute sur ses athlètes présents au Qatar. Et soudain, on regarde sous un autre angle le dernier tour supersonique couronné par le premier titre mondial de Sifan Hassan, samedi sur 10 000 m. La Néerlandaise, comme six autres athlètes présents à Doha, est entraînée par l’ex-coach de Mo Farah (quadruple champion olympique et sextuple champion du monde sur 5000 et 10 000 m), suspendu mardi par l’Agence américaine antidopage (Usada) et éjecté manu militari des Mondiaux par la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), qui lui a retiré son accréditation.

Salazar est le maître à penser de l’Oregon Project, un groupe d’entraînement de très haut niveau financé par l’équipementier Nike, pour «organisation et incitation à une conduite dopante interdite». Il est accusé de trafic de testostérone, d’injection d’un complément au-delà des doses autorisées (lors d’un test) et de tentative d’altération de preuves lors de l’enquête de l’Usada.

«Je suis choquée par la décision d’aujourd’hui (…) cette enquête concerne une période antérieure à mon arrivée dans l’Oregon Project, donc n’a rien à voir avec moi», a réagi Sifan Hassan. AFP

Créé: 01.10.2019, 22h42

Noah Lyles en or

Grandissime favori, Noah Lyles n’a pas tremblé en finale du 200 m en clôture de soirée. Le joyau américain s’est imposé en «seulement» 19’’83, devant le Canadien Andre De Grasse, déjà médaillé de bronze sur 100 m. L’Équatorien Alex Quinonez a complété le podium à la surprise générale.

«La saison a été vraiment longue, a expliqué Lyles, qui s’était imposé à Lausanne et Zurich notamment cet été. Je suis tellement heureux de remporter ce premier titre aux Mondiaux.»

En franchissant la ligne, le Floridien de 22 ans a semblé surtout déçu par son chrono. L’or mondial était presque une évidence. Il voulait surtout aller vite. Aux JO de Tokyo 2020, l’Américain visera le doublé sur 100 et 200 mètres. U.CY

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