En frappant fermement la Russie, l’AMA joue aussi sa crédibilité

DopagePour avoir persévéré dans la tricherie en falsifiant des contrôles antidopage, le sport russe est exclu des grandes compétitions mondiales durant quatre ans.

Witold Ba?ka, futur président de l’AMA, Craig Reedie, président, et Olivier Niggli, directeur général, ont lourdement sanctionné la Russie.

Witold Ba?ka, futur président de l’AMA, Craig Reedie, président, et Olivier Niggli, directeur général, ont lourdement sanctionné la Russie. Image: AFP

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L’Agence mondiale antidopage a eu la main lourde. Réunis lundi à Lausanne, les douze membres de son comité exécutif ont décidé à l’unanimité d’exclure la Russie des Jeux olympiques et des championnats du monde pour les quatre prochaines années. Parmi les autres mesures approuvées par l'AMA figure l'interdiction pendant quatre ans d'attribuer l'organisation de compétitions planétaires à la Russie. Moscou dispose maintenant de 21 jours pour faire appel de cette sanction auprès du Tribunal arbitral du sport (TAS), mais Rusada, l’Agence russe antidopage, estime, par la voix de son président Iouri Ganous, n'avoir «aucune chance de gagner devant un tribunal». Un avis qu’a partagé Jonathan Taylor, membre de l’Exécutif de l’AMA, durant la conférence de presse organisée dans un grand hôtel lausannois. Cette décision peut être contestée par Rusada, par le Comité olympique russe (ROC) ou toute fédération internationale qui serait concernée. L'appel serait en principe suspensif et les sanctions applicables qu'une fois confirmées par le TAS.

Ce délai pourrait permettre aux athlètes russes de représenter leur pays à Tokyo si le TAS ne parvenait pas à statuer avant l’été. «Nous espérons que son verdict tombe entre mars et avril, continue Jonathan Taylor. Si tel ne devait pas être le cas, le drapeau russe serait présent au Japon, mais une éventuelle confirmation ultérieure de cette suspension empêcherait alors la Russie d’être représentée à Paris en 2024.»

Pour en arriver à de telles sanctions, les plus lourdes jamais infligées par l’AMA, cette dernière a suivi les recommandations du CRC, le Comité de révision de la conformité, une institution indépendante qu’il avait mandatée pour déterminer les suites à donner aux nouvelles incartades de la Russie. Dans son rapport, largement suivi par l’AMA, le CRC ne s’est pas embarrassé de nuances. L’AMA accepte toutefois la participation d’athlètes russes aux grandes compétitions sous bannière neutre, à condition qu’ils ne soient pas impliqués dans le dopage organisé ayant eu cours en Russie jusqu’en 2016, à l’image du dispositif mis en place lors des Jeux d’hiver de PyeongChang en 2018.

L’AMA a aussi précisé que cette décision ne s’appliquera pas à l’Euro de football, car il s’agit d’«une compétition continentale qui ne concerne qu’un seul sport», ni à la Ligue des champions, dont la finale 2021 doit se disputer à Saint-Pétersbourg. Cette sanction exemplaire est par ailleurs un gros coup dur pour un certain nombre de fédérations internationales dont la Russie est un soutien majeur, en organisant de nombreuses compétitions non rentables économiquement ou en pourvoyant des sponsors par le biais de compagnies d’État.

Données manipulées

Cette terrible issue pour le sport russe est le fruit d’un invraisemblable péché d’orgueil du gouvernement. Il y a un an, la Russie avait en effet obtenu sa réintégration par l’AMA en échange de la remise de données du laboratoire antidopage de Moscou, gardées sous séquestre par le gouvernement. L’exploitation de ces données, incluant les résultats des contrôles antidopage originaux menés sur les sportifs russes durant les années noires (2011-2016), devait permettre aux fédérations internationales de sanctionner les Russes dopés mais passés entre les mailles du filet.

Mais, selon les experts informatiques de l’AMA et de l’Université de Lausanne, les données remises par la Russie en janvier ont fait l’objet de très nombreuses manipulations. Les juristes du CRC, après avoir examiné le rapport des experts et entendu les réponses apportées par la partie russe, ont souhaité sanctionner ce qu’ils décrivent comme un cas extrêmement sévère de non-conformité avec l’exigence de fournir une copie authentique des données. «Les données de Moscou ne sont ni complètes ni intégralement authentiques, écrit le CRC. Des centaines d’analyses antidopage anormales apparaissant dans la copie de la base de données LIMS de 2015 (qui recense tous les contrôles menés par le laboratoire, remis en 2015 par un lanceur d’alerte russe à l’AMA) ont été ôtées de l’exemplaire de 2018, et d’autres ont été supprimées ou altérées. De nombreuses suppressions ou modifications supplémentaires ont été faites en décembre 2018 et janvier 2019, après que le comité exécutif de l’AMA a imposé la remise de ces données.»

Présent lors de cette conférence de presse lausannoise, Olivier Niggli n’est pas tendre avec les autorités russes, accusées d’avoir mis sur pied un système étatique de dopage.

Présente aux JOJ

«Les Russes ont laissé tomber leurs athlètes», soupire le directeur général de l’AMA, qui précise aussi que les jeunes Russes seront bien présents aux prochains JOJ qui débutent dans un mois à Lausanne. «Même si cette décision ne fait l’objet d’aucun recours, les délais seront trop courts pour prendre des mesures. Pour ce qui concerne les Mondiaux de hockey, continue Olivier Niggli, tout dépendra du moment où le TAS livrera son verdict. Si la Russie est sanctionnée, les hockeyeurs seront soumis aux mêmes exigences que tous les athlètes russes. C’est-à-dire qu’ils devront démontrer qu'ils ne sont pas impliqués dans les programmes de dopage décrits par les rapports McLaren ou que leurs échantillons n'ont pas été falsifiés.» Comme à PyeongChang, ils pourront alors participer à la compétition sous bannière neutre.

Créé: 09.12.2019, 20h58

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