«Être à côté de Lindsey Vonn sur le podium, c’était un rêve»

Ski alpinAprès sa médaille de bronze en super-G, Corinne Suter s’offre de l’argent en descente devant l’Américaine et une bise du roi Stenmark.

Corinne Suter (à g.) et Ilka Stuhec (au centre) n’ont pas caché leur fierté de se retrouver sur le podium avec Lindsey Vonn, qui a tiré sa révérence en décrochant une dernière médaille.

Corinne Suter (à g.) et Ilka Stuhec (au centre) n’ont pas caché leur fierté de se retrouver sur le podium avec Lindsey Vonn, qui a tiré sa révérence en décrochant une dernière médaille. Image: EPA

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Si quelqu’un lui avait dit, avant qu’elle ne s’envole pour Åre, qu’elle aurait droit aux félicitations du roi Ingemar Stenmark et de son idole de jeunesse Lindsey Vonn, 168 victoires en Coupe du monde à eux deux, Corinne Suter ne l’aurait certainement pas cru.

«C’est vraiment incroyable ce que je suis en train de vivre ici, même si je savais dans mon for intérieur que sur cette neige j’avais de bonnes chances de briller, deux médailles c’est tout de même inespéré!» La Schwytzoise, qui n’était encore jamais montée sur un podium dans sa carrière, ignorait encore que, dans le Grand-Nord, sa vie allait changer.

Depuis qu’elle est arrivée en Suède, la skieuse de 24 ans vit en effet un rêve éveillé. La scoumoune des blessures et son empoisonnement au pied droit cet été semblent définitivement derrière elle. Désormais, quand elle ferme les yeux avant le départ, c’est pour mieux s’ouvrir aux cieux et briller avec les étoiles. Elle skie sur un nuage, en pleine confiance comme une grande qu’elle est en train de devenir.

Après avoir décroché une médaille de bronze, mardi dans le super-G, voilà qu’elle franchit à nouveau le mur du songe avec de l’argent autour du cou. Sa descente n’a pas été parfaite, mais sur un tracé raboté, elle lui a rapporté un nouveau bonheur.

Une nouvelle dimension

«Quand il fait beau au départ, c’est magnifique, c’est comme si tu avais déjà gagné avant de courir.» Lorsqu’elle est arrivée ce dimanche matin, le ciel était dégagé et le décor était magnifique. Mais il ne lui aura manqué finalement qu’un peu plus de soleil pour passer devant Ilka Stuhec à l’arrivée. «Je ne l’ai pas remarqué tout de suite, car dans le portillon il y en avait encore, mais il est vrai qu’après une vingtaine de secondes de course cela s’est assombri et j’ai commis quelques erreurs qui m’ont enlevé un peu de vitesse.» Mais pas le sourire.

Si Corinne Suter est toujours aussi radieuse et pétillante devant les médias, il y a toutefois moins de trémolos que mardi dans sa voix où, devant le monde entier, elle n’avait pas réussi à contenir ses larmes. C’est comme si elle avait enfin compris que sur cette piste elle avait pris une nouvelle dimension, qu’elle pouvait rivaliser avec Stuhec et Vonn.

«Je dois vous avouer que cela a toujours été mon plus grand rêve de monter sur l’une des trois marches avec Lindsey, sourit la Suissesse. Et ce jour, pour sa dernière course, est arrivé. Elle aura réussi une grande carrière et restera pour moi la «Speed Queen» pour toujours. Elle va manquer au circuit.» Il y a cette fois-ci de l’émotion sur le visage de la Schwytzoise, qui a aussi eu droit, devant les photographes, à la bise d’Ingemar Stenmark, le plus grand skieur de tous les temps.

Et à l’accolade de la championne du monde, une Ilka Stuhec qui a brillamment conservé sa couronne deux ans après son triomphe de Saint-Moritz. La Slovène de 29 ans, qui revient de blessure après une saison blanche – elle avait été privée des Jeux de PyeongChang – reste la reine comme une certaine Maria Walliser qui avait dominé la vitesse entre 1987 et 1989. «Partager le podium avec Lindsey Vonn c’est vraiment incroyable, a aussi déclaré Stuhec, victorieuse cet hiver à Val Gardena. C’était la meilleure et une fille super, elle a tout fait, tout gagné, c’est un honneur d’être à ses côtés.»

«Terminer comme Aksel»

Un jour après Aksel Lund Svindal c’est donc la reine des neiges qui a quitté le cirque blanc par la grande porte et le cœur léger, avec une huitième médaille lors des Mondiaux. Elle s’ajoute à ses trois breloques olympiques, ses quatre Globes de cristal et ses 82 victoires en Coupe du monde. Quel palmarès et que d’émotions dans l’aire d’arrivée où la skieuse du Minnesota a été fêtée comme il se doit avec sa chienne Lucy dans ses bras qu'elle emmène partout avec elle. Est-ce elle qui lui donne tant de mordant sur la piste?

«Tout le monde connaît mon mental, ma capacité à tout donner, a-t-elle expliqué. C’est pour ça que j’ai autant gagné de courses durant ma carrière, mais c’est aussi pour ça que je suis aussi souvent tombée. Je voulais plus que tout finir fort et je suis heureuse de terminer comme Aksel.»

Et d’avouer que le tracé raccourci ainsi que son petit dossard ont favorisé sa performance. «Mais avec le vent c’était la seule solution à prendre, estime l’Américaine. Je suis heureuse de finir avec du bronze. Avec mon corps qui me fait vraiment souffrir, je n’aurais pas pu faire mieux aujourd’hui.» Et de rendre hommage aux organisateurs d’avoir pensé à inviter Ingemar Stenmark pour ses adieux. «C’est un homme de peu de paroles, mais gentil et calme. S’il n’aime pas les projecteurs bien qu’il les mérite tellement, il reste la légende de notre sport. C’est vraiment l’épilogue parfait pour moi.»

Lindsey Vonn n’est pas près d’oublier cette journée. Comme Corinne Suter, comme dans un rêve.


Beat Feuz n’a pas digéré son chocolat

Venu à Åre avec la couronne de champion du monde «en tête», il est reparti avec du «chocolat» suédois très amer qu’il a eu de la peine à digérer. Beat Feuz, qui s’était à chaque fois retrouvé sur le podium en descente cet hiver, a dû se contenter du 4e rang, à 11 centièmes de Vincent Kriechmayr qui l’avait déjà privé de victoire à Wengen.

Avec des conditions météo dignes de l’apocalypse du Ragnarök (chutes de neige et brouillard épais), un tracé raboté de son haut, c’est à une parodie de course qu’on a assisté du côté d’Åre. Le Bernois était d’ailleurs d’avis qu’il fallait reporter d’un jour la course la plus importante de l’hiver. «On ne pouvait pas laisser une telle épreuve devenir une loterie», a regretté «Kugelblitz» qui ne conservera pas un grand souvenir de son voyage dans le Nord. «Il n’y a que les trois sur le podium qui rayonnent et c’est tout», a souri l’Oberlandais, beau joueur, lorsqu’il a félicité les héros de la journée: Kjetil Jansrud, son successeur, Kriechmayr (3e) et enfin Sa Majesté Aksel Lund Svindal.

Il s’est forcément attardé un peu plus vers ce dernier, en le pointant déjà du doigt dès qu’il a franchi la ligne. Véritable légende du cirque blanc, avec deux gros Globes de cristal, deux titres olympiques et cinq couronnes mondiales, le colosse Norvégien peut être fier de s’arrêter au sommet, à 36 ans, avec de l’argent autour du cou. Il s’agit de sa neuvième breloque dans un championnat du monde. Une apothéose pour lui, à qui il n’a manqué que deux centièmes pour être en or. Mais de finir ainsi juste derrière son «frère» était pour lui tout aussi beau.

Dans une ambiance enfin digne des Mondiaux, le roi a reçu les ovations qu’il mérite, de la part du public, du prince Haakon de Norvège ainsi que de tous ses concurrents. «Ma carrière aura été un beau et long voyage», s’est exclamé, ému, ce skieur aux 80 podiums Coupe du monde (dont 36 victoires).

Après les JO de PyeongChang, on a inversé les deux premiers, Kjetil Jansrud jubilant comme s’il avait marqué un but à Anfield, avec Liverpool, son club préféré. Après s’être fracturé deux doigts à Kitzbühel (blessé à la même main que Svindal!), il a remporté à 33 ans son premier titre mondial après l’or olympique en super-G en 2014. Si on a coupé la descente en deux, ce n’est pas un champion au rabais, le raccourci serait trop facile. C.MA.

(TDG)

Créé: 10.02.2019, 23h06

Au programme

Lundi
11.00 / 14.30 Combiné messieurs

Aerni met son titre en jeu

Alors qu’il avait bénéficié d’un coup de pouce du destin pour se retrouver au départ, il était devenu, contre toute attente, champion du monde à Saint-Moritz du combiné alpin, devant Marcel Hirscher. Luca Aerni avait profité ce jour-là d’un concours de circonstances, profitant notamment, avec beaucoup de chance, d’une piste parfaite lors du virage court pour remonter
de la 30e à la première place. Cet exploit, le Valaisan de Crans-Montana aimerait bien le répéter ce lundi à Åre, même s’il sait très bien qu’il n’est pas aussi à l’aise que Wendy Holdener et que les miracles ne se réalisent pas toujours. Le technicien, qui ne parvient plus à terminer un slalom, ne se fait d’ailleurs pas trop d’illusions avant de remettre son titre en jeu. Ou il fait celui qui a envie d’y croire parce que dans le sport une surprise peut toujours arriver le jour J. C’est ce que se disent aussi les autres Suisses, Mauro Caviezel, Sandro Simonet, Carlo Janka et Niels Hintermann. En l’absence de Marcel Hirscher, les favoris seront Alexis Pinturault, Victor Muffat-Jeandet, Dominik Paris et Marco Schwarz.­ C.MA.

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