L’Open d’Australie joue avec la santé des joueurs

TennisLa pluie qui apaise un peu Melbourne n’a pas effacé l’irresponsabilité des organisateurs.

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Il y a des jours où la colère des cieux suscite le soulagement des humains. C’est rare mais ce fut le cas, mercredi en fin de journée à Melbourne, lorsqu’un violent orage est venu rafraîchir les corps et les esprits. Ces pluies, qui devraient se reproduire dès jeudi et les jours suivants, ont pour premier mérite d’alimenter l’espoir de doucher – ou tout du moins freiner – les feux qui ravagent le pays. Très accessoirement, elles soulagent un Open d’Australie de tennis qui a démarré sur des bases indécentes, dangereuses.

Mercredi, les éléments ont essayé de rappeler les cerveaux à la raison. Les intempéries de l’après-midi et la très mauvaise qualité de l’air matinal, qui avait contraint les organisateurs à repousser le début des matches à 13 h, ont réduit la deuxième journée des qualifications à quatre heures de jeu. Dans un air à peine plus respirable que la veille qui, entre autres quintes et suffocations, avait vu la Slovène Dalila Jakupovic abandonner, pliée en quatre et grimaçante de douleur. Comme asphyxiée: «Ça n’allait pas du tout. Je n’avais jamais ressenti ça, j’ai eu très peur. Peur de m’effondrer», avait expliqué ensuite celle qui avait remporté le premier set face à la Suissesse Stefanie Vögele.

Ne pas sortir son chien

A-t-on évité le pire? Christophe von Garnier, chef du service de pneumologie au CHUV, ne cherche en aucun cas à dramatiser. Mais disons que la Slovène, en admettant qu’elle en ait eu le choix, a bien fait de s’arrêter. «Entre la fumée dégagée par ces feux immenses, avec ses résidus de charbon, ses gaz et ses particules fines, et les températures très élevées, qui favorisent la formation d’ozone et la pollution, nous avions affaire à un environnement toxique pour la santé cardiorespiratoire des athlètes», diagnostique le professeur.

Résumé de situation: la direction d’un tournoi du Grand Chelem a fait «comme si de rien» et envoyé ses gladiateurs au combat (certes pas les plus célèbres d’entre eux), un jour où les autorités australiennes avaient enjoint la population de ne pas sortir son chien. Était-ce bien raisonnable? «La réponse est claire: on conseille à tout individu de rester à l’intérieur et, surtout, de ne pas consentir un effort physique important, tranche Christophe van Garnier. À partir d’un certain degré de dangerosité, il faut avoir le courage d’interrompre une compétition. Mais le choix n’est sans doute pas si libre que cela. Il y a des pressions politiques et financières, voire un déni si l’on songe aux propos récemment tenus par le premier ministre australien sur le réchauffement climatique.»

Scott Morrison, après avoir tenté de minimiser la menace du réchauffement climatique et attisé la colère de ses compatriotes par son manque de réaction face à la catastrophe, vient de reconnaître certaines «erreurs». Craig Tiley, directeur de l’Open d’Australie, a, quant à lui, dit et répété que la santé des joueurs était au centre de ses préoccupations. Ces jours, sa crédibilité n’a pas pris l’ascenseur.

Vague d’indignation

Parmi la vague d’indignation générale, on a retenu l’ironie du joueur français Gilles Simon, cité par «L’Équipe»: «Quand on trouve des médecins qui affirment que jouer par 45 degrés n’est pas dangereux à l’Open d’Australie, et des juges arbitres qui affirment que l’herbe mouillée n’est pas glissante à Wimbledon, on doit bien pouvoir trouver un expert qui certifie que la qualité de l’air est saine, non?» La Luxembourgeoise Mandy Minella s’est inquiétée des autres: «Que fait-on de la santé de toutes les personnes qui doivent travailler là, à commencer par les ramasseurs de balles?» Quant à la Tchèque Elina Sitolina, No 5 mondiale, elle a actionné le signal d’alarme sur Twitter: «Pourquoi doit-on attendre que quelque chose de mauvais arrive pour agir?»

Les pluies annoncées et les températures, qui ont radicalement baissé depuis mercredi, constituent paradoxalement des alliés pour les organisateurs. Mais le soleil va bien finir par revenir et rien n’indique que gaz et fumées soient parfaitement dissipés d’ici là. Dès lundi, on entrera dans le tableau principal de l’Open d’Australie, avec toutes ses stars. Novak Djokovic, No 1 mondial et président du conseil des joueurs, avait déclaré que la question d’une annulation méritait de se poser. Personne ne semble l’avoir pris au sérieux.

Que risquent les joueurs?

Quid de la suite? Que risquent les joueurs? «Les symptômes les plus courants sont une gêne respiratoire, la toux, des maux de gorge, les yeux qui piquent, le nez bouché ou encore des soucis d’arythmie cardiaque, de pression artérielle basse», énumère Christophe von Garnier. Tout un programme. La bonne nouvelle, c’est l’avenir moins proche: «Concernant d’éventuelles séquelles à plus long terme, comme des débuts d’asthme ou des toux chroniques, les risques me semblent faibles: ils existent surtout en cas d’exposition prolongée, sur des mois et des années.» Bref, a priori, tout le monde pourra revenir sur les courts bleu azur de Melbourne en 2021.

Créé: 16.01.2020, 11h49

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