La Suisse court après la Coupe Davis depuis 1923

TennisPour leur toute première campagne, les Suisses s’imposent à Montreux face aux Tchèques, puis à Genève contre l’Argentine. Avant de chuter en France.

La première équipe de Suisse de Coupe Davis, au parc des Eaux-Vives, juin 1923. De gauche à droite: Guy Sautter, Charles Aeschlimann, Charles Martin.

La première équipe de Suisse de Coupe Davis, au parc des Eaux-Vives, juin 1923. De gauche à droite: Guy Sautter, Charles Aeschlimann, Charles Martin. Image: DR

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Il faut être honnête, l’affaire ne passionnait pas les foules. De la première participation d’une équipe de Suisse à la Coupe Davis, au printemps 1923, la presse locale s’émouvait en tout cas fort peu. L’article le plus ambitieux consacré à la compétition figure dans la Gazette de Lausanne du 1er juin et couvre 20 lignes (un peu moins que l’encadré ci-contre), dont une bonne partie consacrée à expliquer aux lecteurs ce qu’est la Coupe Davis – «l’épreuve par excellence du lawn tennis».

Vue d’aujourd’hui, pourtant, l’histoire est jolie. En 1923, la Coupe Davis (créée par le tennisman américain du même nom) existe déjà depuis plus de vingt ans. Dans ses premières décennies, elle se résumait surtout à un affrontement d’élite entre l’Angleterre, Etats-Unis, France, Australie et quelques autres happy few. Profitant du nouveau règlement de l’épreuve, qui élargit le nombre de pays participants en les répartissant en zones géographiques, la Suisse se glisse dans la compétition. Elle aligne une bande disparate formée de Charles Martin, Charles Aeschliman, Maurice Ferrier et Guy Sautter, un Suisso-Britannique épris surtout de badminton (lire ci-contre).

Première vague de popularité

Dans ces truculentes années 1920, le tennis est à un tournant. Toujours réservé à des amateurs argentés, il connaît une première vague de popularité, due notamment au charisme de l’Américain Bill Tilden, première superstar du tennis et figure des années folles. En Suisse, il reste surtout une affaire romande. Les riches Anglais qui passent leurs étés sur les bords du Léman y sont pour beaucoup.

Et c’est justement leur bastion, le Montreux Lawn tennis club, à Territet, qui se charge d’organiser le premier tour entre la Suisse et la Tchécoslovaquie, disputé du 31 mai au 2 juin 1923. Le premier jour, Aeschlimann s’impose après un long duel, comme Martin après lui. Pas de triomphalisme pourtant du côté de la Gazette: «Le résultat restera indécis jusqu’à la fin, car les deux équipes sont à peu près d’égale force», prévient-elle. Les Suisses finissent en effet par passer l’épaule 3-2 à l’issue de la dernière journée. L’aventure continue.

C’est gratuit pour les arbitres

Temple du tennis suisse pendant la première moitié du siècle, Montreux accueillera onze fois des rencontres de Coupe Davis entre 1923 et 1955. Mais c’est à Genève que se disputera le deuxième épisode de cette petite saga. Du 15 au 17 juin, les athlètes suisses se frotteront cette fois à l’Argentine, au parc des Eaux-Vives, pour un quart de finale du groupe Europe. Pourquoi l’Argentine figure-t-elle dans le groupe Europe? Allez savoir. Le Journal de Genève, lui, se soucie des questions essentielles: «Les membres du Tennis-Club de Genève sont priés de prendre note que seuls les courts No 4, 6 et 7 sont ouverts pendant les matches de la Coupe Davis.» Il ajoute: «Les arbitres auront des cartes d’entrée gratuite: les personnes désireuses d’arbitrer sont priées de s’adresser à M. H. Martin, à la banque Collet & Co».

A Genève, les Suisses (sans Ferrier) font encore mieux qu’au premier tour et bouclent l’affaire en deux jours. En double, la paire Aeschlimann-Sautter s’impose face à Alfredo Villegas et Guillermo Robson, joueur de 20 ans qui fera par la suite une petite carrière honorable en simple.

Au bout du suspense

On imagine la fierté, la surprise sans doute, des néophytes suisses. Se sont-ils mis à rêver au Saladier d’argent? Aux voyages, à la gloire? On ne pourrait pas les blâmer. Mais la marche suivante sera trop haute. En demi-finale, la délégation suisse fait le voyage à Lyon, où elle affronte la France d’Henri Cochet. Les trois autres mousquetaires, Lacoste, Borotra et Brugnon, ne sont pas là et la Suisse tire d’abord son épingle du jeu: elle mène 2-1 à l’issue de la deuxième journée. Mais Cochet se ressaisit et offre la victoire à la France au 5e set du 5e match. La Suisse sera passée à un poil…

Le reste appartient à l’histoire du sport: la Coupe Davis tombera en 1923 encore dans l’escarcelle des Etats-Unis de Bill Tilden. Mais les Mousquetaires français feront mains basse sur le Saladier en 1927 pour ne plus le lâcher pendant six ans. Les Suisses, eux, n’ont jamais pu le soulever. Nonante et un ans après Charles Aeschlimann, premier de la liste, Roger Federer (53e) et Stan Wawrinka (57e) ont l’occasion ou jamais de laver l’affront. (24 heures)

Créé: 22.11.2014, 14h50

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Sautter, le comte des courts

On sait relativement peu de chose de Charles Aeschlimann – si ce n’est qu’il disputa une cinquantaine de matches de Coupe Davis pour la Suisse –, encore moins de Charles Martin et de Maurice Ferrier. Guy Sautter, en revanche, a laissé plus de traces.
Né en Suisse en 1886 dans une grande famille d’origine Saint-Galloise, le comte Sautter de Beauregard s’est surtout illustré sur les courts de badminton. Il y a représenté à la fois la Suisse et la Grande-Bretagne, où il vécut sa jeunesse, remportant les All England Championships, Graal du badminton d’alors, en 1911, 1913 et 1914. Connu pour son jeu d’attaque redoutable et son smash de feu, Guy Sautter utilisait fréquemment des pseudonymes – dont un certain U.N. Lapin – pour cacher à son employeur qu’il taquinait le volant à plumes plutôt que d’étudier le management hôtelier, comme il était censé le faire. Certains de ses succès n’ont donc probablement pas été comptabilisés.
Après la Première Guerre mondiale, Guy Sautter revient vivre à Genève et se met au tennis. Il excellera surtout en double, même s’il ne représentera la Suisse que lors de la campagne de 1923. Il s’éteindra le 29 octobre 1961 à Donhead St. Andrew, dans le Wiltshire.

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