La Suisse sans pression mais pas sans devoir

FootballXherdan Shaqiri et ses coéquipiers se frottent mardi soir à l’Angleterre (21 h). Un match amical sans enjeu? Pas si sûr.

Auteurs d’une magnifique prestation samedi contre l’Islande, Xherdan Shaqiri (ici lundi au King Power Stadium de Leicester) et ses coéquipiers tenteront de poursuivre l’opération séduction ce mardi face aux Anglais.

Auteurs d’une magnifique prestation samedi contre l’Islande, Xherdan Shaqiri (ici lundi au King Power Stadium de Leicester) et ses coéquipiers tenteront de poursuivre l’opération séduction ce mardi face aux Anglais. Image: Reuters

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À trop forcer le trait d’une équipe de Suisse qui aurait suffoqué tout l’été en pleine déréliction, certains ont accueilli la démonstration face à l’Islande (6-0 samedi soir en Ligue des nations) avec une réelle stupéfaction. Il est vrai de dire sa surprise quant à cette prestation de haut vol; il était faux de s’attendre à une gabegie intégrale sous prétexte d’une élimination mortifiante en huitièmes de finale du Mondial contre la Suède, ou parce qu’une pseudo-crise aurait mis à bas tout ce qui avait été construit jusque-là. La réponse est venue du terrain. Une équipe brisée moralement ou en proie à des luttes intestines n’aurait pas joué comme elle l’a fait à Saint-Gall.

C’est davantage les atermoiements des dirigeants de l’ASF qui ont contribué à noircir le tableau, avant même l’élimination. Finalement, en dépit d’une amertume légitime après certaines déclarations et le manque de réaction immédiat des pontes du foot suisse, il fallait bien cette mise au point, sur la pelouse saint-galloise, pour éteindre un incendie qui n’a finalement brûlé le groupe que de loin. Mais les pyromanes étant toujours aux aguets, l’Angleterre - Suisse de ce mardi soir n’est sans doute pas si amical que ça.

Après la claque infligée aux Islandais, aucune pression concernant le résultat. Mais moralement, afin d’asseoir le message porté par tout un groupe samedi soir, la responsabilité collective inscrit une ligne de conduite: poursuivre sur la lancée, même si l’Angleterre de Gareth Southgate ne ressemblera pas à une Islande moribonde. Tout cela, Vladimir Petkovic le sait bien. S’il a cloué le bec à ses contempteurs, il mesure le caractère fugitif de ce silence. «J’ai l’habitude de cette pression, a-t-il dit. Je l’ai depuis le premier jour.»

Un milieu revu et corrigé

À lui de capitaliser sur le nouvel élan qui a porté la Suisse samedi passé. Il porte sur trois axes. D’abord, il y a le milieu de terrain, revu et corrigé. Petkovic a été servi par les événements: s’il a sans doute manqué de tact en signifiant par téléphone à Behrami qu’il ne serait pas de cette convocation (au même titre que Drmic ou Dzemaili), il avait une idée derrière la tête, qui s’impose désormais sans retenue depuis que le vieux grognard tessinois, en crise d’ego, a claqué la porte de la sélection. Cela favorise instantanément et dans la durée l’arrivée de Denis Zakaria au côté de Granit Xhaka. Plus de fluidité, une équipe positionnée plus haut. Sauf blessure ou subite méforme, ces deux-là vont tenir l’axe central de la Suisse pour longtemps.

Ajoutez un Xherdan Shaqiri libre, axial, en No 10, sans souci de repli défensif ou si peu, et le tour est joué, le triangle magique fait merveille. C’est à se demander pourquoi Petkovic n’a pas imposé ce choix-là contre la Suède il y a deux mois, puisqu’il fallait de la créativité pour surprendre les Scandinaves. Ce serait oublier qu’en sélection, bousculer les habitudes n’est pas chose aisée. Écarter Behrami et Dzemaili le jour du huitième de finale, c’est joli pour la théorie mais, pour le coup, le risque de déstabiliser le groupe tout entier est très grand. Pour tout dire, malin, Petkovic a là aussi profité des circonstances. En donnant une nouvelle impulsion tout en préparant l’avenir. Le coup d’éclat contre l’Islande a parachevé le plan au-delà des espérances du sélectionneur.

Continuer dans la joie

Vladimir Petkovic résume: «Nous avons placé la barre très haut. Maintenant, il faut rester à ce niveau.» Il est vrai qu’un mauvais résultat à Leicester ne serait pas dramatique, mais qu’il ferait tache après les promesses soutenues samedi contre les Islandais. Il est sûr aussi que tous les Suisses ont à cœur d’afficher le même état d’esprit, la même joie, autrement dit d’envoyer à nouveau un message fort à ceux qui ont besoin de l’entendre. La belle communion avec le public saint-gallois a d’ailleurs fait taire les obsessions de certains quant au thème de l’identification des supporters à cette équipe. Alors contre l’Angleterre, il s’agira de poursuivre cette opération de séduction. On se doute bien que la Suisse ne va pas écraser tous ses adversaires 6-0, dans l’allégresse, mais si l’envie est présente, elle sera communicative. C’est aussi à cela que ce match amical doit servir.

«Il y aura des nouveautés»

Cela concerne aussi le sélectionneur. L’ouverture prônée la semaine passée lors du stage de Feusisberg rappelle que le devoir de Petkovic est aussi d’incarner cette équipe de Suisse. De se montrer plus disponible, moins impénétrable, même si les résultats parlent en sa faveur. Contre l’Angleterre, il opérera des changements. On espère qu’il ne touchera pas le triangle magique de samedi, au milieu. Pour le reste, c’est ouvert. Tout juste sait-on que Stephan Lichtsteiner passera de la tribune du Kybunpark («J’ai été surpris de me retrouver là», a-t-il tout de même lancé) au billard du King Power Stadium, retrouvant le brassard et sa place de latéral droit. Où il est désormais en concurrence ouverte avec Lang (pas convoqué cette semaine car suspendu contre l’Islande) et surtout Mbabu, dont les débuts sous le maillot suisse ont été remarquables.

«Il y aura des nouveautés par rapport à Saint-Gall, a assuré Petkovic. Et avec les six changements autorisés, j’ai des possibilités de faire tourner l’effectif.» À lui de concerner tout le monde, en gardant les équilibres et le même mental que samedi passé. (24 heures)

Créé: 10.09.2018, 22h15

Gareth Southgate fidèle à ses principes

Si la Suisse bat l’Angleterre ce mardi soir à Leicester, elle lui infligera une quatrième défaite consécutive, ce qui n’est jamais arrivé aux Three Lions dans toute leur histoire. Battus en demi-finale du Mondial par la Croatie (2-1), par la Belgique dans la petite finale (2-0), puis samedi par l’Espagne à Wembley en Ligue des nations (2-1), les Anglais redoutent ce record négatif. Gareth Southgate, lui, n’en a cure. Bien sûr, il éviterait volontiers l’«honneur», mais il ne dérogera pas à ses principes.

«On peut parler de cela, pourquoi pas, souligner que nous venons de perdre pour la troisième fois de suite, a-t-il répondu. Mais combien de fois l’Angleterre a-t-elle été en demi-finale d’un Mondial? Moi, je suis prêt à recevoir les critiques. Mais je reste concentré sur le travail à fournir. Il y a des joueurs qui ont beaucoup donné pour le pays, cet été, et qui se retrouvent actuellement en difficulté en club. Il est important d’avoir de la considération pour eux. Je leur donnerai du temps de jeu. Je ne vais pas tout sacrifier pour gagner ou ne pas perdre. Ma priorité, c’est de développer l’équipe. Je peux comprendre l’impatience des supporters, surtout après notre Mondial, mais mon rôle c’est de garder nos objectifs en tête. C’est ainsi que nous progressons.»

C’est donc avec des joueurs qui ont besoin de jouer que les Anglais se lanceront contre la Suisse. On pense notamment à Welbeck, Delph, Alexander-Arnold. Les protégés de Petkovic feraient bien de se méfier de cette Angleterre bis: ceux qui seront sur le terrain voudront saisir leur chance.

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