«Le Tour sacralise les champions et le décor les magnifie»

CyclismeLe parcours 2018 scinde la France en deux. Mais l’Hexagone fait bloc derrière son monument. Christian Prudhomme en tête.

Christian Prudhomme est à la barre du Tour de France depuis 2007.

Christian Prudhomme est à la barre du Tour de France depuis 2007. Image: AFP

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Il a les clés de la maison jaune depuis 2007. A l’inverse de ses devanciers, Christian Prudhomme (57 ans) n’est pas issu du sérail. Ce fils de médecin et ancien journaliste sportif connaît pourtant ses classiques. Sur le bout des doigts. Sourire charmeur et poignée de mains facile, il fait face à ses obligations. De la poigne, il en faut pour tenir les rênes du Tour livré à toutes les convulsions lorsque les affaires prennent place sur un porte-bagages fictif mais ô combien encombrant.

- Le parcours 2018 divise la France en deux. La fracture ne laisse pas d’interpeller. Elle impliquera deux transferts en avion qui font grincer des dents...

- Gilles Maignan, mon chauffeur attitré et ancien coureur pro, est affirmatif: c’est beaucoup mieux de prendre l’avion que d’y aller à bicyclette! Cette 105e édition totalise 3329 km. En 1926, le tracé comportait 5745 km et pouvait épouser les contours de la France. L’important est que le Tour ne propose pas deux jours consécutivement un tracé favorisant le même type de coureurs. La géographie de la France permet la diversification, assure un équilibre.

- Avant même que les premiers coups de pédales ne soient donnés, vous avez eu un crève-coeur: le passage du Gois n’a pas servi de point de départ...

- J’adore ce passage. C’est une route unique au monde, fascinante. Elle me ramène à l’enfance. Nous y passions des vacances en famille. La concurrence frontale avec la Coupe du monde nous a obligé à différer d’une semaine le départ de la Grande Boucle. Ce report a eu des répercussions sur l’horaire des marées. On a dû passer par le pont ça été quand même (sourire).

- Avec l’ascension au plateau des Glières le 17 juillet, le Tour entrera de plain-pied dans l’histoire?

- Les aspects historique esthétique et sportif seront réunis. La pente est prononcée (6,7 km à 11% de moyenne). C’est la première fois que nous choisissons de ne pas emprunter une route goudronnée (le peloton roulera sur un chemin de terre et de pierres sur 1,8 km).

- Quel est votre meilleur souvenir lors de cette dernière décennie?

- L’étape qui s’est achevée en 2011 au Galibier, là où le Tour puise ses racines. La course s’est terminée pour la première fois au sommet (2645 m). Un exploit technique et logistique. Andy Schleck a fait sienne cette étape exceptionnelle. Voeckler est resté en jaune et Evans a posé des jalons sur sa victoire finale.

- Quand la Grande Boucle reviendra-t-elle en Suisse?

- Faire étape à Finhaut-Emosson en 2016 a été quelque chose d’extraordinaire. La Suisse réserve toujours des moments de qualité: accueil, organisation, respect du vélo et des coureurs. A Berne c’était génial et... très suisse. Le public est resté (sagement) sur le trottoir. Pas besoin de barrières. Il y avait la même ferveur qu’ailleurs mais les gens gardaient les pieds au sol.

- Peut-on imaginer que le Tour parte loin de ses terres. A l’exemple du Giro qui s’est élancé d’Israël?

- Quelle est l’histoire cycliste du pays? Quels sont ses champions? Les moyens mis en oeuvre pour développer le vélo? Pour un Grand Départ, on prend en compte tous ces paramètres. Un départ hors de la France doit faire sens. Sur le papier, l’Australie possède tous les atouts. En 1981, Anderson a été le premier Australien à porter le maillot jaune. Trente ans plus tard, Evans a remporté l’épreuve. Le pays s’est construit une histoire. Mais Sydney est trop loin de Paris pour envisager pareille éventualité. Mais il ne faut jamais dire jamais.

- Finalement, Chris Froome est le bienvenu sur le Tour...

- La décision de l’UCI concernant son contrôle anormal au salbutamol est tombée trop tardivement. Mais on a pris acte. On demande au public de lui réserver un accueil bienveillant. Reste qu’il y a quelque 12 millions de personnes sur la route du Tour et certains comportements sont imprévisibles.

- En filigrane, il y a toujours l’idée que le Tour se suffit à lui-même... - Le Tour sacralise les champions et le décor les magnifie. Le Tour a de la gueule. Tout le temps. Sur un terrain d’expression unique, la route, qui appartient à tout le monde et qui en fait le plus grand stade du monde à ciel ouvert. Les champions de notre enfance sont ceux de notre vie. Mon premier souvenir remonte à 1968 et à un coureur à lunettes, Jan Janssen, maillot jaune à Paris.

- Un Français succédera-t-il un jour à Bernard Hinault, victorieux en 1985, au palmarès du Tour?

- Jusqu’en juin 2014, j’étais dubitatif. Depuis Péraud, Pinot et Bardet (2e en 2016 et 3e en 2017) sont montés sur le podium. Bardet est un homme du Tour. Il a les qualités nerveuses pour remporter l’épreuve. Il donne confiance à ses équipiers. J’aime son style. A l’mage de Nibali, il est offensif.

- A l’époque, Lance Armstrong, soutenu par un groupe d’investisseurs, (s’)imaginait racheter le Tour. L’épreuve peut-elle devenir la propriété du Qatar ou d’un oligarque russe?

- Je ne suis qu’un modeste employé d’ASO. Mais dans Tour de France il y a France et je ne crois pas qu’une vente soit dans les intentions de la direction.

- Avant le 7 mai 2017, vous aviez cosigné un appel à voter Macron «pour que le sport demeure un espace de liberté, d’égalité et de fraternité». Si c’était à refaire?

- C’était dans le contexte particulier du second tour de l’élection présidentielle. (Ndlr Tiraillé à droite, demandé à gauche, Prudhomme dont l’allure et la gestuelle rappellent précisément celles d’un homme politique, sait aussi faire bloc derrière la France).

(24 heures)

Créé: 08.07.2018, 14h57

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