Les Suisses quittent le Portugal avec l’esprit déjà au barrage

Football Les têtes sont lourdes, la déception est grande, mais il ne faut pas tout remettre en question: tel est le message de Vladimir Petkovic et ses joueurs.

La Suisse devra très vite digérer la déception pour se préparer au mieux à affronter l’Irlande du Nord, l’Eire, la Suède ou la Grèce.

La Suisse devra très vite digérer la déception pour se préparer au mieux à affronter l’Irlande du Nord, l’Eire, la Suède ou la Grèce. Image: Keystone

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Le message collectif est sans doute bien trop homogène pour être improvisé. Au sortir des vestiaires, après cette défaite 2-0 contre le Portugal qui a définitivement relégué la Suisse, première jusque-là, à la deuxième place du groupe B, tous les internationaux faisaient bonne figure en maniant les mêmes mots. Il était question de «déception», de «tourner la page», de «penser au barrage aller-retour qui est là dans un mois», de «la performance accomplie malgré la défaite du soir, dix matches, 27 points». Et surtout de «ne pas tout remettre en question, même si à Lisbonne la Suisse n’a pas fait le match qu’elle espérait».

Il a fallu deviner certains soupirs, ou creuser plus avant pour voir les stigmates plus ou moins marqués que le match a laissés. Lucide, Granit Xhaka a réfléchi un peu avant d’en dire plus. L’autobut de la 41e minute? «Oui, il nous a fait mal, lâchait-il. Nous étions bien, en contrôle. Nous n’avions pas d’occasion de marquer, c’est vrai, mais le Portugal non plus. Ou alors seulement une chance, sur une frappe détournée par Sommer. Cela allait. Et puis, il y a ce but qui tombe un peu de nulle part. Je crois bien qu’il nous a brisé les genoux…»

La Suisse aurait voulu, aurait dû faire preuve d’un grand caractère après la pause. Mais la réaction attendue n’a pas eu lieu. Pour qu’elle se produise, la sélection helvétique aurait dû s’appuyer sur certains de ses cadres, surtout dans le secteur offensif, là où il faut justement faire la différence quand il s’agit d’égaliser.

Résultat? Dzemaili, l’homme de la dernière passe, était aussi fantomatique que Seferovic: pas de quoi intimider le Portugal. Shaqiri? Il s’est essayé à… peu de chose. Dire que les Portugais se méfiaient de lui… Mehmedi? Il a vite rejoint Dzemaili et Seferovic au musée des absents.

«Nous n’avons pas fait le match que l’on espérait, reprenait alors Embolo. Mais il ne faut pas oublier qu’on fait malgré tout une super-qualif. Et que rien n’est fini. Il faut maintenant analyser ce match et surtout penser au suivant, dans un mois.» Ce sera donc ce barrage avec pour adversaire la Suède, l’Irlande du Nord, l’Eire ou la Grèce. «A mon sens, je pense qu’il faudrait éviter la Suède, pense déjà Xhaka. Mais de toute façon, nous devons rapidement oublier cette défaite portugaise. Nous sommes toujours en course pour cette place au Mondial 2018 et nous devons faire ce qu’il faut pour y être.»

Johan Djourou est lui aussi lucide sur la situation. Il est le malheureux qui a poussé involontairement le ballon au fond de la cage lors du 1-0, après un triple carambolage qui l’exempte de toute responsabilité. Encore que, cela dépend pour qui. Dans une injuste critique, un quotidien de boulevard zurichois lui a mis la plus mauvaise note – 2 sur 6 –, «honneur» qu’il partage avec Freuler et Dzemaili.

«Djourou a été bon»

«Moi, j’ai trouvé que Djourou a été bon», relevait avec plus de sérieux Gilbert Guyot, ex-international présent à Lisbonne. Il est évident que placer Djourou au niveau des fantomatiques Dzemaili et Freuler, ou en dessous de Mehmedi et Seferovic (note 3 pour eux), ne rime à rien. Cette sévérité ne correspond pas à la réelle performance du joueur… Passons.

«Il faut maintenant assumer et accepter, précisait le Genevois, loin de ces considérations. Nous avons manqué un peu de rigueur, nous étions moins présents que d’habitude, pas assez agressifs. Nous avons eu peu de jours sans, c’est mal tombé. Mais il ne faut pas croire que la sélection va se mettre à douter pour autant. Nous avons un barrage qui nous attend. Et nous allons faire le nécessaire pour corriger le tir et filer en Russie.»


«Le courage nous a manqué»

«Le courage nous a manqué.» En deux phrases, Vladimir Petkovic résumait mardi une soirée qui n’a de loin pas répondu aux attentes. «Nous aurions dû agir, j’ai le sentiment que nous n’avons fait que réagir», soulignait encore le sélectionneur. Cette contre-performance jette une ombre sur un parcours jusque-là remarquable. Avec ses 27 points, la Suisse termine meilleure de tous les 2es européens, loin par exemple devant l’Italie (23), la Croatie ou le Danemark (20). Mais ce groupe était plutôt faible. Ainsi les chiffres ont leur vérité. Cette équipe a progressé, mais elle n’a pas encore l’allure et l’assurance d’un premier de classe. «Il s’agit clairement d’un pas en arrière.»

Lorsqu’une formation aussi robuste que le Portugal serre sa garde, tout devient beaucoup plus compliqué. Dans cet ordre d’idées, la Suisse a montré à Lisbonne ses limites actuelles. Il aurait fallu courir davantage, oser davantage, et cela tous ensemble. Or, trop de joueurs ont évolué en dessous, à l’image d’un bien pâle Shaqiri. La Suisse reste ainsi dans l’attente d’une performance de premier choix face à un adversaire de premier plan. Même la demi-heure initiale, encourageante certes, n’a pas convaincu Petkovic: «On tenait la balle, mais c’était trop passif. Nous avons manqué de tout ce qui avait fait notre force dans les neuf premiers matches.»

Emporté par le bel élan de ces derniers mois, Vladimir Petkovic avouait mardi soir qu’il n’avait pas encore réfléchi aux adversaires potentiels de ce barrage de tous les dangers. «Je n’y ai jamais songé, car j’étais convaincu qu’on terminerait à la première place. On va maintenant analyser ce qui s’est passé à Lisbonne, mais pas trop, car il faut rapidement se projeter vers ces deux matches du mois de novembre.»

De son côté, Fernando Santos paraissait soulagé par ce dénouement: «Nous n’avons jamais eu la prétention d’être les meilleurs du monde, indiquait le sélectionneur portugais. Mais nous sommes capables de jouer d’égal à égal avec n’importe qui.» Une qualité que la Suisse ne possède pas encore. François Ruffieux Lisbonne (24 heures)

Créé: 11.10.2017, 19h06

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