«Poupou» s’est définitivement échappé

CyclismeHéros populaire par excellence, le Français Raymond Poulidor est décédé à l’âge de 83 ans.

Raymond Poulidor à l’arrivée d’une étape de son dernier Tour de France, en 1976.

Raymond Poulidor à l’arrivée d’une étape de son dernier Tour de France, en 1976. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Il restera l’incarnation de l’éternel second. Légende du cyclisme, Raymond Poulidor est décédé mercredi à l’âge de 83 ans, emportant avec lui tout un pan de l’histoire du sport tricolore.

Celui qui était surnommé affectueusement «Poupou» est mort dans la nuit de mardi à mercredi après avoir été hospitalisé début octobre au centre hospitalier de Saint-Léonard-de-Noblat (centre-ouest de la France).

Coureur au palmarès remarquable, à huit reprises sur le podium final du Tour de France entre 1962 et 1976, Raymond Poulidor, qui a toujours couru après le maillot jaune, était surtout un champion accessible et laborieux, méritant et malchanceux, des caractéristiques qui ont forgé sa légende tout autant que ses succès au fil d’une carrière terminée à 40 ans passés. Un demi-siècle plus tard, toujours présent au village départ des étapes du Tour, il continuait à signer des autographes à des admirateurs de tous âges. Né le 15 avril 1936 dans un hameau de la Creuse (centre-ouest), Poulidor s’est imposé sur le vélo comme le rival de Jacques Anquetil, sa parfaite antithèse, devenant une figure majeure du sport de la France gaulliste, pompidolienne et giscardienne.

189 victoires

Malgré ses échecs répétés sur le Tour, Poulidor deviendra rapidement «Poupou» pour le grand public, qui appréciait la sportivité et la simplicité du champion. Son nom est également vite devenu une sorte de marque déposée, une étiquette accolée en France à ceux qui ne savaient pas gagner. Un qualificatif injuste pour celui qui a collectionné 189 succès durant sa carrière. Vainqueur de Milan-San Remo (1961), dès sa deuxième saison chez les pros sous la direction d’Antonin Magne, longtemps son mentor, il remporta aussi le championnat de France sur route (1961), la Flèche Wallonne et le Grand Prix des nations (1963), le Tour d’Espagne (1964), le Dauphiné (1966 et 1969), Paris-Nice (1972 et 1973).

Poulidor quittera définitivement la compétition en 1977. Mais avant de tirer sa révérence, il fut le plus rude adversaire d’Eddy Merckx dans le Tour de France 1974 (2e), à 38 ans, avant de monter sur le podium du championnat du monde à Montréal (2e), toujours derrière le Belge. (AFP/24 heures)

Créé: 13.11.2019, 21h23

Une icône sans chichi

C’était à Quimper ou à Concarneau, dans ce village du Tour qui était sa résidence de juillet, là où la caravane saucissonne et taille le bout de gras avant de prendre la route. On ne sait plus trop. Qu’importe, notre rencontre avec «Poupou» est restée mémorable. Il y avait dans l’air un parfum d’andouillettes. Le personnage était attachant, magnifique de simplicité et d’authenticité. Il était là, comme chez lui, recevant ses visiteurs à la bonne franquette, le gamin émerveillé comme le suiveur novice. Il se racontait en boucle, sans outrance ni extravagance, avec son bon sens paysan. Il narrait son duel d’anthologie avec Anquetil dans le puy de Dôme. Il confessait avoir pris des vitamines pour tenir le coup. Et il signait des autographes au kilomètre, l’œil pétillant et le geste alerte, immuable comme le semeur de Millet. Indémodable? «Non, car je n’ai suivi aucune mode», corrigeait-il.

Pour un journaliste, «Poupou» était un sujet incontournable, comme la 2 CV Cochonou, «El Diablo» ou les miss du podium. Un sujet en or quand la course pédale dans le vide. Il s’en amusait. Il aimait trop le Tour pour s’en offusquer. C’était surtout une icône populaire que l’on vénérait sans manières, parce que lui-même était sans chichi. Mais pourquoi une telle popularité, lui l’éternel second qu’aucun maillot jaune n’a jamais habillé? «C’est inexplicable. Non, je ne fais rien pour. C’est comme ça, on ne peut pas empêcher les gens d’avoir de la sympathie pour vous», répétait-il. Sa candeur était malicieuse, lui qu’on avait opposé au machiavélisme d’Anquetil. Lui le perdant admirable, qui avait su gagner le cœur de la France, bien plus que le grand Jacques.

Après sa carrière, il en a refait des Tours et des détours. Poulidor roulait pour les chocolats Poulain ou le Crédit Lyonnais. Il n’y voyait aucune flétrissure à son image. Il ne vivait pas de drame shakespearien. Être et ne plus être? «Mais je suis toujours présent. D’ailleurs, si j’avais gagné un ou deux Tours, on parlerait beaucoup moins de moi», plaisantait-il. Depuis ce mercredi, Poupou 1er est à jamais là, indétrônable dans l’imaginaire collectif.

Pascal Bornand

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.