Sous l’aile de Brett Sutton, Emma Bilham se mue en «dame de fer»

TriathlonDeuxième dimanche de l’Ironman de Zurich, la Vaudoise ne descend plus du podium depuis qu’elle s’entraîne avec le légendaire Australien

Emma Bilham est montée sur la deuxième marche du podium lors de ses deux premiers Ironmans, à Nice le mois dernier, puis à Zurich ce dimanche.

Emma Bilham est montée sur la deuxième marche du podium lors de ses deux premiers Ironmans, à Nice le mois dernier, puis à Zurich ce dimanche.

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Ironman. Comme «homme de fer». Emma Bilham n’a pas attendu que l’expression se féminise pour démontrer qu’elle est de ce métal-là. Dimanche, à Zurich, lors de sa première sortie sur la distance (bouclée en 9 h 23’), il ne s’est trouvé que Daniela Ryf, la championne du monde en titre, pour la précéder au bout des 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42,195 km de course à pied. De près d’une demi-heure, c’est vrai, mais faut-il se formaliser de perdre de vue une «extraterrestre»? D’autant que quatre semaines plus tôt, à Nice, la Montreusienne (29 ans) avait déjà assorti ses débuts sur la mythique épreuve d’une deuxième place (en 9 h 28’), à 6 minutes seulement de la Belge Tine Deckers. En doublant l’effort, en passant du «semi» à l’Ironman, l’athlète du Tri Team Pully a, dans la performance aussi, changé de dimension.

On peut s’étonner, Emma Bilham, d’une adaptation aussi rapide à l’Ironman, une spécialité qui nécessite habituellement une patiente approche.

J’en suis moi-même la première surprise. Si vous m’aviez dit, il y a une année, que j’en serais là aujourd’hui, je ne vous aurais pas cru. Le mois dernier, lorsque je me suis lancée sur l’Ironman de Nice, je n’avais pas du tout l’impression d’avoir l’entraînement pour cette distance. Je n’avais jamais couru un marathon, ni roulé 180 kilomètres à vélo. Mon entraîneur m’a dit: «Tu es capable de le faire. Il faut juste que psychologiquement tu sois assez forte. Je sais que tu l’es. Tu verras, ton corps va te surprendre.» Et c’est effectivement ce qui s’est passé.

Sans doute se laisse-t-on plus facilement convaincre quand c’est Brett Sutton qui le dit…

La réputation de Brett le précède. Je l’ai rencontré lors d’un camp de préparation, en février dernier à Gran Canaria, en Espagne. Il m’a d’abord proposé de m’entraîner durant dix jours avec son groupe, puis il m’a invitée à intégrer la galaxie Sutton à Saint-Moritz (ndlr: l’Australien a longtemps été basé à Leysin). Le fait de m’entraîner avec des filles telles que Daniela Ryf et la championne olympique Nicola Spirig crée une émulation qui m’a beaucoup fait progresser. Cette saison, j’ai fini première ou deuxième de toutes les épreuves auxquelles j’ai participé (ndlr: outre les deux Ironman, elle a disputé cinq «semis»), à l’exception d’une. Sur le semi-Ironman, on peut dire que j’ai gagné un quart d’heure.

Quel est le secret de Sutton?

Je ne sais pas si on peut parler de secret. Il faut bien voir que cette année, en passant pro, j’ai augmenté de 50%, voire même doublé ma dose d’entraînement. Tous les matins à 7 h je suis dans la piscine; la deuxième séance suit à 11 h, puis la troisième dans l’après-midi. Au total, ça me fait entre vingt et trente heures par semaine. Le triathlon, c’est devenu mon job.

L’aspect mental est primordial, non, surtout sur l’Ironman?

C’est vrai, et c’est là que Brett Sutton est très fort. Il est toujours à l’écoute de ses athlètes et sait trouver les mots justes pour leur parler. A la base, je ne suis pas du genre à avoir trop confiance en moi. Le simple fait qu’un entraîneur de cette réputation croie en moi m’a donné une force énorme. C’est essentiel, car si vous n’avez pas une attitude de guerrier il est impossible de briller dans notre sport. Tenez, dimanche à Zurich j’ai dépassé à un moment le Zurichois Jan van Berkel; il marchait, il était à la dérive… au bout de sa vie. Sa force mentale lui a permis de rester dans la course, puis de se ressaisir pour aller décrocher la troisième place.

Pour vous qui conciliez auparavant travail (pour Athletissima, à 30% sur l’année) et triathlon, on imagine que le professionnalisme dans votre sport a un coût financier?

Le triathlon, ce n’est pas le tennis ni le foot. Disons que mes gains et sponsors couvrent les voyages et l’entraînement, mais financièrement c’est loin d’être confortable. Faire le grand saut du professionnalisme n’a pas été si évident, en février dernier. Au bout du compte, je me suis dit que je ne pouvais pas laisser passer cette chance d’intégrer le groupe de Brett, un des meilleurs coaches de la planète. J’ai pris un risque et, jusque-là, la surprise est magnifique. Même si je ne peux pas me comparer à une fille comme Daniela Ryf, une «extraterrestre» capable de gagner deux Ironmans en l’espace de sept jours (ndlr: une semaine avant l’Ironman Switzerland, la Zurichoise s’était imposée à Roth, en Allemagne, en flirtant avec le record du monde), j’ai montré que je peux être compétitive à ce niveau-là.

Au point de vous qualifier pour les Mondiaux…

C’est vrai, j’ai les points nécessaires, mais il n’est pas certain que j’effectuerai le voyage d’Hawaï en octobre prochain. Je n’ai pas l’expérience, ni l’entraînement suffisant pour finir dans le top 10, or ce n’est qu’en y figurant que je me rembourserai le voyage. Je pourrais y aller «pour la gloire», mais est-ce une attitude professionnelle? Il faut que je voie tout ça avec mon coach… (24 heures)

Créé: 25.07.2016, 22h44

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