Tadesse Abraham n’a pas succombé à la fièvre de l’or

AthlétismeLe Genevois a fêté ses 36 ans en terminant 2e du marathon. L’argent fait aussi le bonheur de Fabienne Schlumpf.

Tadesse Abraham ne boude pas son plaisir. Cette nouvelle médaille consacre son talent et sa persévérance.

Tadesse Abraham ne boude pas son plaisir. Cette nouvelle médaille consacre son talent et sa persévérance. Image: KEYSTONE

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Le petit Elod grandit en voyant son champion de papa gagner des médailles. Il y a deux ans, il était à Amsterdam quand Tadesse Abraham avait remporté le titre européen du semi-marathon. Depuis ce jour, il a «le papa le plus rapide du monde» et il ne pleure pas s’il n’est pas toujours le premier. L’amour filial n’est pas aveugle. À Berlin, Elod a compris qu’une médaille d’argent fait aussi le bonheur. «Je suis très content comme ça», dit-il timidement, tandis qu’il accompagne son héros paternel dans ses déambulations jubilatoires. L’or du marathon a échappé à «Tade» (2e en 2 h 11’24), confisqué par le surprenant belge Koen Naert, mais le Genevois n’en fait pas une histoire. «Pour mes 36 ans, je me suis offert le plus beau des cadeaux», répète-t-il à l’envi.

Ce marathon, Tadesse Abraham l’a longtemps mené à sa guise et par la force des choses. Dans les pelotons, sa réputation est faite et son sillage est un refuge commode. «J’ai bien cherché du renfort pour maintenir le rythme, mais personne ne s’est vraiment dévoué», raconte-t-il. C’est donc lui qui est passé trois fois en tête sous la colonne de la Victoire. Tous derrière et lui devant. «C’était une situation stressante. Forcément, quand la tête réfléchit trop, les jambes fatiguent un peu.»

Le prix de la sagesse

Malgré cela, les «planqués» se sont essoufflés et beaucoup d’entre eux ont fini par disparaître de la circulation, étouffés par la chaleur. Seul un est sorti du bois, le Flamand Koen Naert, un ancien infirmier, spécialisé dans le traitement des grands brûlés. En mars 2016, alors que les attentats endeuillaient Bruxelles, il s’était illustré en renonçant à son rendez-vous de kiné pour venir prêter secours aux victimes. Les gazettes avaient relaté son acte de bravoure. À l’époque, il n’était encore qu’un modeste marathonien mais il s’était mis en tête de briller à Berlin.

À force d’abnégation, Koen Naert a gagné son pari au-delà de toutes ses espérances et son premier marathon. Au km 33, son accélération a très vite émoussé la résistance du Suisse. «À quoi bon s’obstiner à suivre un train qui va trop vite, confie Tadesse Abraham. Un marathon, ce n’est pas un 100 m. Je me suis fié à mon instinct et j’ai préféré épargner mes forces. Le Belge faisait la course de sa vie, moi, je ne voulais pas commettre l’erreur fatale. Je crois que j’ai bien fait. À mon âge, on devient plus sage!»

Après neuf semaines de préparation à Addis-Abeba, cette nouvelle médaille consacre le talent et la persévérance d’un athlète totalement dédié à son sport. «Mais là, il est temps de partir en vacances et de me reposer», dit-il. À Chypre, «Tade» devra tout de même courir avec son petit champion de fils, mais il le fera le cœur léger!

Même s’il trace son propre chemin, Julien Wanders sait que l’exemple de son aîné est bon à suivre. Samedi, sur 5000 m, le coureur du Stade Genève avait fait preuve d’une bien meilleure gestion tactique que sur 10 000 m. «Cette fois, j’ai joué ma carte et j’ai osé prendre des risques», analysait-il, fier de sa 7e place et de son nouveau record personnel (13’24’’79).

Déçue en bien

Si Tadesse Abraham n’a pas succombé à la fièvre de l’or, Fabienne Schlumpf n’a pas été loin d’en faire la conquête. Jusqu’à la dernière fosse du 3000 m steeple, la Zurichoise a mené le bal et cru que la couronne lui était promise. Avec ses grandes échasses, elle avait jusque-là survolé la course. Mais une diablesse rôdait dans son ombre, l’Allemande Gesa-Felicitas Krause, au prénom prédestiné. Son attaque a fait un grand plouf et Fabienne Schlumpf n’a pas trouvé les ressources nécessaires pour s’accrocher à son sillage. Mais difficile pour elle de bouder cette médaille d’argent qui récompense là aussi son abnégation. Treizième à Zurich, 5e à Amsterdam, c’est pas à pas, haie après haie qu’elle a fait le grand saut sur le podium. (24 heures)

Créé: 12.08.2018, 22h48

Commentaire

Pascal Bornand, journaliste







Pas d’affaires, pas de records mais de belles histoires



À Berlin, il n’y a pas eu d’affaires de dopage, pas plus que de records du monde. Faut-il croire que l’athlétisme européen se tient si bien à carreau qu’il ne fait plus d’histoire? Pas le moindre scandale à verser à son casier judiciaire, aucun héros à inscrire à son panthéon. Et pourtant, sur la piste bleue qui a immortalisé Usain Bolt, que d’émotions et de ferveur. Que d’exploits. La preuve qu’un sport, même si les crises le poursuivent et les superlatifs l’obligent, a toujours de belles histoires à raconter.

Pour la beauté du geste et sa dimension athlétique, une scène s’impose, celle de la discobole croate Sandra Perkovic. Sa rotation victorieuse, qui renvoie à l’imagerie antique, lui a valu un cinquième titre européen, une première dans les annales. Avant de devenir parlementaire et double championne olympique, la lanceuse de Zagreb avait été suspendue 6 mois pour dopage à l’insu de son plein gré. Le coup de la boisson énergisante frelatée. Une inadvertance de jeunesse. Au début, les belles histoires ne tournent pas toujours bien!

Celle que commence à écrire le Norvégien Jakob Ingebrigtsen, en brûlant les étapes et en cramant
ses adversaires, est étourdissante. Un vrai carrousel de confettis. Son doublé sur 1500 et 5000 m émerveille autant qu’il stupéfie.Le gamin a 17 ans, une allure robotique et une maturité de vieux briscard. Il tranche avec le look canaille du sprinter turc Ramil Guliyev, pas loin d’effacer sur 200 m le record suranné du dandy Pietro Mennea. C’est le choc des cultures. Derrière la candeur carnassière et les tatouages féroces, on ose espérer que l’histoire ne se termine pas en queue de poisson.

Dans ce théâtre aux apparences heureuses, l’affaire Mancini a provoqué le buzz et l’embarras de l’athlétisme suisse. Prélude malsain à une semaine très fructueuse avec quatre médailles forgées dans le labeur et une jeunesse qui saura s’en inspirer. Une histoire comme on les aime.

Sarah Atcho: «C’est rageant et frustrant»


Le stade Olympique venait de vivre un concours du saut à la perche d’anthologie avec l’envolée irrésistible de deux garnements culottés. Le recordman du monde Renaud Lavilennie (5,95 m) n’avait pas résisté à l’avènement annoncé du junior suédois Armand Duplantis (6,05 m) et à l’apparition inattendue du spoutnik Timur Morgunov (6 m). Il y avait de l’électricité dans l’air. «Ce sera de la folie», avait prédit Mujinga Kambundji. Elle imaginait le paradis, pas l’enfer.

En fait, il y a surtout eu beaucoup de tension au départ du 4 x 100 m et une immense déception à l’arrivée. Celle-ci a ruiné le rêve des quatre relayeuses helvétiques, clouées à la 4e place, ce strapontin funeste qui n’offre qu’une triste vue sur le podium. Ce résultat qui avait déjà fauché les illusions de la Bernoise sur 100 et 200 m. Pourtant, après un tour de chauffe plutôt bien négocié en demi-finales (42’’62), tous les espoirs leur étaient permis. Et Raphaël Monachon était encore convaincu que ses protégées avaient beaucoup plus à gagner qu’à perdre.

Durant trois quarts de la course et après trois passages de témoin propres en ordre, le coach jurassien y a cru dur comme fer. Jusqu’à ce que Dina Ascher-Smith, la reine du sprint, partie à retardement, n’enflamme la dernière ligne et n’enrhume la malheureuse Salomé Kora. Débordée, la dernière relayeuse suisse a fini par boire le calice jusqu’à la lie en cédant sur le fil face à ses rivales néerlandaise et allemande. Mais personne ne lui en fera le reproche car la force de cette équipe, c’est d’abord sa solidarité. Même dans l’insuccès.

À l’heure de l’analyse, Sarah Atcho avait le rire amer et la litanie dépitée. «Ça commence à être dur. C’est rageant, frustrant et énervant. On était prêtes à frapper un grand coup. On a pourtant fait presque tout juste», pestait la Lausannoise. Il leur a juste manqué sept centièmes. Elles auraient dû battre leur record national (42’’29) et ne pas seulement l’effleurer (42’’30). Mais avec des si, on monterait sur le podium les doigts dans le nez.

P.B.

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