Face au coronavirus, le sport suisse commence à paniquer

IncertitudesLa contamination du Covid-19 s’accélère dans notre pays. Au Tessin, Ambri et Lugano seront privés de leurs fans.

Les supporters d'Ambri Piotta ne pourront pas chanter la «Montanara» ce vendredi à l'occasion de la venue de Davos à la Valascia.

Les supporters d'Ambri Piotta ne pourront pas chanter la «Montanara» ce vendredi à l'occasion de la venue de Davos à la Valascia. Image: EPA

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Et si tout s’arrêtait d’un coup? Apparu en Chine fin décembre, le coronavirus a atteint un tel stade qu’il n’en finit pas de gagner du terrain. Plus de 80'000 personnes à travers le monde se battent avec cette épidémie où l’on compte à ce jour plus de 2700 décès. La contamination s’accélère, panique à bord sur la planète sport!

Face à cet adversaire aussi redoutable, la psychose s’est également emparée, de facto, de l’Europe qui avance actuellement masquée en Italie, avec des épreuves ou des rencontres en danger. Des parties de Serie A ont été reportées à des dates ultérieures ou se dérouleront devant des tribunes vides. Les finales de la Coupe du monde de ski à Cortina du 18 au 22 mars sont en sursis. Et que dire du Giro et de l’Euro foot qui se dérouleront en juin sans oublier les Jeux de Tokyo fin juillet début août. Si les instances faîtières ne s’affolent pas encore, ces compétitions sont aussi fortement compromises.

Ils ne se serrent plus la main...

Alors que l’Office fédéral de la santé publique analyse la situation en continu, la propagation du Covid-19 n’est évidemment pas resté bloquée à la frontière. En Suisse, on se prépare au pire. Face à la montée inquiétante de ce risque infectieux, au Tessin, certains ne se serrent plus la main. Alors que des journalistes de Teleclub ont décidé de ne plus se rendre outre-Gothard, les deux matches de hockey prévus ce vendredi et samedi à Ambri et à Lugano se dérouleront même à huis-clos.

Vu la situation préoccupante, il n’est pas exclu que d’autres championnats prennent ces prochains jours la même décision. Si personne ne veut encore paniquer tout pourrait en effet s’accélérer et s’arrêter...


Hockey sur glace: deux matches à huis-clos

Jeudi matin, Denis Vaucher, le directeur de la National League et de la Swiss League, avait un mot d’ordre: pas de panique! «Notre commission médicale est en relation permanente avec l’Office fédéral de la santé publique afin de recueillir les informations sur l’évolution de la pandémie. À cette heure (ndlr: mercredi à 11h), je pense que les matches de fin de semaine auront lieu.»

À ce stade, toutes les parties figurent effectivement encore au programme. Mais deux d’entre elles (Ambri-Davos vendredi et Lugano-Ambri samedi) se joueront à huis clos. La décision a été prise par le Conseil d’État du canton du Tessin. «Il s’agit de mesures préventives prises après consultation du médecin cantonal», a expliqué Christian Vitta, président du Conseil d’État, en conférence de presse jeudi en fin d’après-midi.

Plus tôt, la direction de la Ligue avait envoyé un courriel, document que nous nous sommes procuré, à chacun des 24 clubs de NL et de SL. Elle développe quatre scénarios sur lesquels la Fédération planche: l’annulation de matches imposés par les autorités, la mise en quarantaine de toute une équipe si un cas y était diagnostiqué, l’interdiction de voyager et la défection de dirigeants ou d’arbitres. E. F.


Football: la ligue établit un plan d’urgence

À Berne, au siège de la Swiss Football League, tout se passe normalement, du moins en apparence. Car dans la réalité, «c’est la panique» comme l’admet une source anonyme. Si le Covid-19 envahit le pays à un rythme aussi élevé qu’en Italie, qu’en sera-t-il de la Super et de la Challenge League? Les deux compétitions iraient-elles à leur terme? Rien n’est moins sûr, surtout si des matches devaient être renvoyés, voire annulés. «Dans ce cas-là, concède Philipp Guggisberg, responsable de la communication, il pourrait ne pas y avoir de champion ou devrait-on désigner celui qui est en tête au moment d’un éventuel arrêt?» Ce ne sont là que deux scénarios catastrophe parmi d’autres.

Fait acquis, la SFL a envoyé en début de semaine un courrier à tous ses clubs, les informant qu’en aucun cas, la décision de suspendre le championnat lui reviendrait. «En dernier ressort, une telle décision appartiendrait à l’État, notamment aux autorités sanitaires.» Pareil pour des mesures de huis clos. Qu’on le veuille ou non, l’inquiétude est de mise, avec un degré d’urgence maximum. Prenant les devants, la Ligue est en train d’établir un plan d’urgence au cas où. Entre sentiments de peur déraisonnables et craintes avérées, le foot suisse redoute de se retrouver hors-jeu. Une perspective extrême qui donne des frissons. N.JR


Basketball: on est inquiet pour le 3 x 3

On ne va pas décréter que le coronavirus, il s’en lave les mains, ce serait exagéré et surtout une image trompeuse. S’il ne panique pas, comme tout le monde Giancarlo Sergi fait très attention à lui et son sport, en prenant toutes les précautions d’usage. Le président de Swiss Basket ne veut surtout pas tomber dans un activisme excessif et s’affoler alors que toute la planète est en alerte.

S’il y a eu un cas avéré cette semaine au Tessin, les Lugano Tigers vont débarquer, comme prévu, ce samedi aux Galeries du Rivage de Vevey tandis que Massagno évoluera normalement dans sa salle face à Monthey. «Même si tout le monde est au courant, on va prendre toutefois des mesures d’informations pour les clubs et les associations régionales par rapport au danger, explique Giancarlo Sergi. Mais nous n’avons pas le projet d’arrêter le championnat comme c’est le cas en Italie. On suit simplement les directives de notre conseiller fédéral Alain Berset.»

Le président est plus inquiet par rapport à l’équipe de Suisse de 3 x 3 qui va jouer sa qualification olympique en mars en Inde. «Maintenant, cela peut changer à tout moment.» Reste à savoir si les Jeux de Tokyo auront lieu comme prévu... C.MA.


Les clubs dans l’expectative au sujet des questions financières

Si des mesures type match(es) à huis clos devaient être prises aussi en Suisse romande, quelles seraient les conséquences financières pour nos clubs? Aucun de nos interlocuteurs n’est parvenu à répondre à cette question. Les clubs sont-ils assurés contre ce genre de risques? Apparemment pas. Si les catastrophes naturelles, par exemple, sont généralement couvertes, cela ne semble pas être le cas des épidémies.

«Il y aurait un manque à gagner au niveau de la billetterie, qui ne serait pas énorme chez nous, vous vous en doutez, explique Stefan Nellen, vice-président du Lausanne-Sport. En ce qui concerne les abonnés, ce serait différent. Devrions-nous les rembourser? Ils ont payé pour un nombre de matches, c’est vrai. Mais dans le même temps, si on est contraints de jouer à huis clos à cause du coronavirus, il s’agirait d’un cas de force majeure indépendant de nous. C’est difficile à dire. Nous sommes un peu dans l’expectative.»

Son de cloche identique dans le milieu du hockey, notamment là où la billetterie a davantage de poids. «Ces questions ne sont pas à l’ordre du jour, réagit Arnaud Cogne, responsable communication et événementiel au Ge/Servette HC. Il est en tout cas impossible d’en dire davantage avant lundi», date d’une assemblée générale extraordinaire convoquée en urgence par la Ligue, au sujet de la problématique du coronavirus.

On imagine que le thème des assurances et des potentielles pertes d’exploitation en cas de mesures exceptionnelles y sera évoqué. Pour le reste, «il n’y a pas de raison de paniquer, poursuit le dirigeant genevois. La planification prévisionnelle mise en place permet à tous les clubs de réagir lors d’une éventuelle situation de crise.» Le Servette FC ne se projette pas davantage non plus («Nous suivons les recommandations des autorités compétentes»), à l’instar du Lausanne HC: «On fait confiance à ce qui est prévu, dans le calme, en se tenant prêt, au cas où...» J.R.

Créé: 26.02.2020, 20h54

«Ce que l’on vit est très spécial»

En raison de sa proximité géographique avec l’Italie, le FC Chiasso se retrouve directement impacté par l’offensive du coronavirus, dont un premier cas a été détecté mardi au Tessin. La situation y est particulièrement sensible en raison de la présence de nombreux joueurs transalpins dans son effectif.

Le staff lui-même vient de l’autre côté de la frontière. «On évite de se serrer la main, lâche Bruno Martignoni. Ce que l’on vit est très spécial. Mais il serait tout aussi dangereux de céder à la panique. D’ailleurs, on préfère parfois en rigoler…»

Couronné avec la Suisse M17 au Nigeria, le champion du monde 2009 a déjà modifié quelque peu ses habitudes. Avec une peur diffuse sur fond de psychose. «J’avais l’habitude d’aller faire mes courses en Italie. Je n’y vais plus. Du reste, on dit qu’il n’y a plus grand-chose à acheter…»

Les footballeurs de la lanterne rouge ont reçu quelques consignes élémentaires. «On nous a demandé de rester le plus souvent à la maison, d’éviter les endroits avec de la foule, ce qui n’était pas aisé avec le Carnaval. Le club nous a recommandé d’éviter d’aller boire un café à Milan, sur la place du Dôme. C’est une simple question de bon sens et d’intelligence…»

Alors que le calcio vit au ralenti depuis une semaine, avec plusieurs rencontres de série A déjà reportées, le défenseur tessinois s’interroge sur des mesures aussi radicales.

«On veut contrôler les choses mais cela fait longtemps que ce satané virus doit circuler dans toute l’Europe, reprend Martignoni. En Ligue Europa, Inter-Ludogorets se disputera à huis clos ce jeudi à San Siro, mais à quoi bon? Qui dit qu’un employé du centre d’entraînement de l’Inter à Appiano Gentile (ndlr: près de Côme) n’est pas déjà porteur?»

Au moment où Chiasso est attendu samedi à Nyon pour y défier SLO, la propagation du Covid-19 pourrait cependant affecter le déroulement du championnat.

«Tout pourrait-il s’arrêter? Devra-t-on tester toute l’équipe pour avoir le droit de continuer à jouer? Je pourrais le comprendre bien que je trouve cela exagéré. Le risque existe de basculer dans l'irrationnel. À entendre certains, on se retrouve juste avant l’Apocalypse.»

Nicolas Jacquier

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