«J’ai peur que le foot pro soit menacé en Suisse»

FootballPatron de l’ASF, Dominique Blanc redoute les conséquences économiques du coronavirus dans notre pays. Il s’en explique.

Dominique Blanc: «Pour moi, mieux vaut jouer, même sans public si cela est possible.»

Dominique Blanc: «Pour moi, mieux vaut jouer, même sans public si cela est possible.» Image: VANESSA CARDOSO

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Président de l’ASF depuis le printemps dernier, le Vaudois Dominique Blanc (70 ans) se retrouve bien malgré lui au cœur de la crise sanitaire qui affecte le football suisse. Face au développement du Covid-19, quel regard porte-t-il sur l’arrêt actuel de la compétition et les risques de faillite qui lui sont associés? Aussi pragmatique que réaliste, le boss n’occulte aucun sujet.

Comment le patron du football helvétique affronte-t-il cette crise sanitaire sans précédent et les inconnues qui sont liées aux conséquences du coronavirus?
On fait face à une situation qui dépasse tout ce que l’on pouvait imaginer. On se retrouve dans un scénario de science-fiction tout en étant plongé dans la réalité. Je suis un citoyen comme les autres: j’écoute, j’observe les recommandations et je les applique. La compétence se retrouve chez ceux qui savent. À l’ASF, on possède des compétences en matière de sport. En matière de santé publique, en revanche, on ne les a pas.

En tant que retraité hyperactif, vous vous retrouvez en première ligne des nouvelles mesures du Conseil fédéral. En tenez-vous compte au quotidien?
Je suis en plein dans la zone rouge! J’ai donc changé quelques comportements. Samedi, à l’occasion de l’assemblée de l’Association cantonale vaudoise de football, je n’ai ainsi serré aucune main. J’ai aussi supprimé pas mal de déplacements et je ne suis pas allé voir mes petits-enfants dimanche.

D’un pays à l’autre, d’un canton à l’autre en Suisse, les mesures diffèrent considérablement, ce qui ajoute à la confusion. À Mönchengladbach, le «derby des Suisses» en Bundesliga s’est joué ce week-end devant plus de 50'000 spectateurs, non loin pourtant d’un important foyer de Covid-19. Avec des clubs qui n’hésitent pas à braver les interdictions de l’État… Étonné?
Cela m’a surpris, je dois l’admettre. Je suis d’avis que ce que les autorités décrètent, il convient de l’appliquer et ne pas vouloir jouer au plus fin. Ne pas faire semblant que l’on sait mieux qu’elles.

Beaucoup de gens, y compris parmi les dirigeants, semblent perdus devant autant d’inconnues. Et vous?
Je m’efforce de rester pragmatique. Face à une situation que l’on n’a jamais vécue, sans repère historique ni stratégie, il convient de rester calme. On navigue à vue, personne n’y peut rien. Il convient plutôt de saluer le travail de tous ceux et celles qui essaient de trouver des solutions pour atténuer les effets du pic redouté.

Beaucoup évoquent un sentiment de psychose. Alors que l’on aime tout contrôler, tout ne serait-il pas en train de nous échapper?
Une partie de la population peut ressentir ce sentiment. Face à la progression du virus, on s’aperçoit que l’on ne peut pas tout maîtriser. Cela nous renvoie à notre condition humaine. La doctrine de l’ASF est de mettre en pratique les recommandations et de s’y tenir.

Aujourd’hui, le risque existe que tout s’arrête, que le sport mondial soit sifflé hors jeu en 2020…
On ne peut pas l’exclure, mais je suis plutôt d’avis que la vague va passer. À mesure que le virus s’étend, il semble muter et s’atténuer. À moyen terme, au plus tard cet été, le sport trouvera les moyens de repartir. Je suis assez convaincu que passé le pic, tout va reprendre avec encore plus de vitalité. Il y aura une attente, on est d’ailleurs en train de créer des manques.

D’où vient la principale peur du président de l’ASF?
Ma vraie peur, c’est que le football professionnel soit menacé en Suisse, avec des risques de faillite bien réels. Ces clubs, il va bien falloir les aider d’une manière ou d’une autre.

Concrètement, comment?
Plusieurs pistes existent. Lors du dernier congrès de l’UEFA à Amsterdam, j’ai sollicité le fonds de secours de l’UEFA. En expliquant le particularisme helvétique, où les recettes au stade entrent à hauteur de 40% dans le budget de certains clubs, j’ai cru lâcher une petite bombe. À mes yeux, il incomberait aussi que les joueurs soient considérés comme des travailleurs comme les autres, ce qui leur donnerait droit aux prestations sociales, y compris le chômage. Si la situation perdurait, un fonds de solidarité à l’échelle nationale devrait être créé par les pouvoirs politiques à Berne afin que cette crise ne casse pas les structures mises en place pendant des décennies. Et cela devrait concerner tout le sport, pas uniquement le football et le hockey.

Alors que le ministre des Sports italien préconise l’arrêt du championnat, la Super et la Challenge League vont-elles pouvoir se terminer?
À ce stade, qui pourrait prétendre le savoir, voire le garantir? C’est un scénario parmi d’autres. Si la compétition ne pouvait pas reprendre, il s’agirait d’arrêter des choix, sachant qu’aucun règlement ne prévoit un tel cas de figure. Devant cette incertitude sanitaire, on doit prendre des mesures suivant l’arbre décisionnel, en éliminant des hypothèses à chaque étage.

Entre ceux qui privilégient des huis clos systématiques et ceux prônant l’arrêt des compétitions, où se situe Dominique Blanc?
Pour moi, mieux vaut jouer, même sans public si cela est possible, et que les autorités compétentes l’autorisent. La Ligue a devant elle la date fatidique du 2 avril. Après, suivant l’option choisie, il lui faudra prendre des mesures, trouver, le cas échéant, des solutions pour désigner un champion, un ou des relégués, un ou des promus, etc.

Il y a les conséquences sportives, mais il existe aussi le risque économique que vous redoutez. À l’instar de Sébastien Pico, CEO du HC Viège, êtes-vous d’avis que le sport fait figure de bouc émissaire?
Absolument pas, le sport est nullement dans le collimateur de Berne. Ce qui est vrai, c’est que le football se retrouve en première ligne parce qu’il réunit, tout comme le hockey, beaucoup de gens, avec des rassemblements qui peuvent favoriser la transmission du coronavirus. C’est simplement la preuve de sa popularité s’il en fallait encore une.

Quel est le dernier match auquel vous avez assisté?
Bâle-Servette (ndlr: le 23 février).

Et le prochain?
Bonne question… Si je le peux, j’irai voir un match de série inférieure le week-end prochain.

Créé: 09.03.2020, 23h10

La Nati à huis clos au Qatar

Le 23 mars, la Suisse de Vladimir Petkovic doit supposément s’envoler pour le Qatar afin d’y disputer un tournoi auquel participeront aussi le Portugal, la Croatie et la Belgique. Tout indique qu’elle effectuera le déplacement de Doha. «À ce jour, assure Dominique Blanc, il n’y a pas de plan B.» Tout au plus sait-on déjà que Remo Freuler (Suisse), Cristiano Ronaldo (Portugal) et Romelu Lukaku (Belgique), frappés par la quarantaine imposée par les autorités qataries, devront faire l’impasse. Tout comme probablement Antonio Manicone, l’assistant de Petkovic, qui réside en Italie. «Sur place, les matches se joueront à huis clos», précise notre interlocuteur. La Suisse est toujours censée affronter la Croatie le 26mars (17h30) et la Belgique quatre jours plus tard (17h). Ce tournoi doit servir de préparation à l’Euro 2020, prévu dans douze pays dès le 12juin. Mais l’Euro lui-même pourra-t-il se disputer «normalement»? «Pour l’instant, conclut le président de l’ASF, il n’est pas remis en question. Aujourd’hui, la situation est cependant telle que l’on est obligé de faire comme si à 100%…» N.JR

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