La nouvelle vague des marins suisses déferle

VoileLes navigateurs du pays essaiment dans les courses et les championnats les plus relevés, souvent avec succès. Zoom sur un phénomène.

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Il y a les aventuriers. Il y a les purs sportifs. Il y a les voyageurs. Il y a les casaniers. Il y a ceux qui marchent à l’eau douce et ceux qui mettent du sel dans leur vie. Le marin suisse n’est plus une denrée rare. Depuis plusieurs décennies, le pavillon rouge à croix blanche s’affiche sans complexe. Il est fini le temps où les marins des montagnes étaient observés comme des bêtes curieuses, des objets du délire.

Dans un monde de la voile aussi varié et vaste qu’un océan, les navigateurs biberonnés aux doux lacs alpins sont présents à peu près partout. Avec souvent des envies d’excellence. Ils ne sont pas là pour amuser la galerie ou amener une touche d’exotisme. Non, le marin suisse se pose désormais en conquérant, lui qui s’est taillé une solide réputation au fil de l’eau et des succès de quelques figures tutélaires incontournables.

Des figures tutélaires

Dans le sillage de Pierre Fehlmann, Laurent Bourgnon, Bernard Stamm et autres Dominique Wavre, toute une nouvelle génération a fait des océans son terrain de jeu. «Rasez les montagnes qu’on voie la mer», soufflent Justine Mettraux, Alan Roura, Simon Koster ou Valentin Gautier. La navigatrice entame sa 3e saison en Figaro avec un bateau tout neuf. Elle s’est imposée en deux ans comme la meilleure femme de cette classe très exigeante. Même respect de ses pairs pour Alan Roura, après un bon Vendée et un Rhum bien frappé à même pas 25 ans. De quoi inspirer le duo Simon Koster-Valentin Gautier. «On ne s’engage pas pour faire de la figuration, lance ce dernier. Notre projet de Classe 40 est ambitieux et à Lorient, où nous sommes installés avec Simon Koster, notre futur bateau de dernière génération suscite déjà respect et curiosité.»

Plus près de nous, c’est la génération Alinghi qui arrive gentiment à maturité. Nourrie par les trois campagnes en Coupe de l’America dont les deux épopées victorieuses de 2003 et 2007, la filière régate pure est plus vivante que jamais. Team Tilt, avec un équipage lémanique, s’est classé 3e de la Youth Cup en 2017. Et il y a douze mois, il est devenu champion du monde de GC 32 devant des marins comme Franck Cammas ou Kris Draper.

Les régatiers suisses ont tellement progressé depuis une décennie qu’il n’est plus illusoire d’imaginer bientôt un podium olympique. Une nouvelle campagne sur la Cup, avec une vraie identité suisse et un équipage «made in Léman», est aussi une possibilité. «Et ça, ce n’était pas le cas lorsque nous nous sommes lancés dans l’aventure de la Coupe», soulignait encore récemment Ernesto Bertarelli.

Un travail colossal

«Depuis plus de dix ans, un immense travail a été entrepris à tous les niveaux, explique Pierre-Yves Jorand, figure historique du Team Alinghi et membre du comité de sélection de Swiss Sailing. Cela va de la fédération aux clubs en passant par les gardes-ports, les organisateurs de courses, les parents… Les écoles de voile fonctionnent bien et au sein de la relève de Swiss Sailing, le réservoir de futurs champions n’a jamais été aussi bien rempli.»

Dans un peu plus d’un an, sur le plan d’eau des Jeux de Tokyo, la Suisse présentera sans aucun doute sa délégation la plus relevée, tant en nombre qu’en qualité. Elle pourra viser sans fausse modestie une médaille qui la fuit depuis celle du Genevois Louis Noverraz en 1968 à Mexico. Matteo Sanz Lanz (planche RSX), Linda Fahrni et Maja Siegenthaler (470), Maud Jayet (Laser radial) Nils Theuninck (Finn) et le duo Sébastien Schneiter-Lucien Cujean (49er) sont les figures de proue de la nouvelle génération.

«C’est assez étonnant de constater que tant dans la course au large que dans la voile olympique, il y a comme une deuxième vague de marins suisses qui s’installe dans le paysage international, relève Pierre-Yves Jorand. Il faut dire qu’avec notre lac, nous avons un outil de travail extraordinaire, tant pour l’apprentissage des jeunes navigateurs que pour la mise au point et le développement des bateaux les plus pointus.»

C’est la fameuse trilogie argent-compétence-réservoir. Elle permet à la Suisse de jouir d’un savoir-faire particulier. Sur le Léman, les D35 ont acquis une réputation internationale. Ils seront remplacés en 2020 par une nouvelle génération de multicoques volant à près de trois fois la vitesse du vent! On a aussi vu débarquer en 2018 un monocoque fantastique (le Monofoil Gonet) dont certains systèmes sont à même d’inspirer certains choix des bateaux de la prochaine Coupe de l’America.

Du Léman à l’océan, les navigateurs suisses n’ont pas fini de faire des vagues…

(24 heures)

Créé: 11.04.2019, 23h31

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Zoom sur quatre moussaillons à suivre

Maud Jayet À 23 ans, la Lausannoise marie études de droit et carrière sportive avec un certain brio. Avec son Laser Radial, elle a déjà décroché une place pour la Suisse aux Jeux de Tokyo. Elle devrait se qualifier à titre personnel cette saison. Elle a toujours joué le haut du tableau, avec plusieurs podiums mondiaux et européens chez les jeunes.
Nils Theuninck Le Pulliérande 22 ans est un colosse qui a de solides ambitions en Finn, un dériveur lourd. Le Vaudois faisait partie de l’équipe qui a décroché le bronze à la Youth America’s Cup, aux Bermudes, en 2017. En solo, il s’est montré très solide chez les juniors puis en Coupe du monde. Son objectif en 2019: qualifier le bateau pour la Suisse dans sa catégorie.
Arnaud Grange Le Genevois navigue avec la Lausannoise Marie Van der Klink dansla catégorie des Nacra 15, celle qui mène à l’échelon supérieur, le Nacra 17, catamaran mixte des Jeux olympiques. À 17 ans, Arnaud vise cette saison une médaille aux Mondiaux de Nacra 15 en Pologne, en juillet. Avant de se lancer vers d’autres défis chez les grands.
Valentin Gautier Il a passé sa Mini avec mention. Le marin Genevois, 30 ans, se lance dans la catégorie supérieure des Classe 40. Il construit un nouveau bateau à même de lui permettre de jouer le podium cet automne, lors de la Transat Jacques Vabre en double avec le Zurichois Simon Koster. En 2022, il rêve de Rhum et ensuite de Vendée. G.SZ

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