Les rois du lac mettent les voiles après une épopée au long cours

VoileLancés en 2004, les D35 se retrouvent une dernière fois à la SNG ce week-end. Retour sur seize années d’une histoire à succès.

Les D35 à Genève pour un dernier Grand Prix avant de mettre les voiles.

Les D35 à Genève pour un dernier Grand Prix avant de mettre les voiles. Image: Loris Von Siebenthal

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Même sur le lac, les larmes ont le goût de la mer. Pour les navigateurs lémaniques, il y a de l’émotion dans l’air. Un dernier Grand Prix – organisé par la Société nautique de Genève (SNG) – pour mettre la touche finale à une histoire qui aura tout eu d’une épopée au long cours, ça remue les tripes et les méninges. Sur les pontons, équipiers et propriétaires de D35 ont tous des trémolos dans la voix.

«Il est évident que je ressens un petit pincement au cœur, avoue Nicolas Grange, skipper d’Okalys et président de la classe. Peut-être encore davantage que certains autres propriétaires car en ce qui me concerne, je ne continue pas l’aventure avec le nouveau bateau. Cela dit, je comprends parfaitement la volonté de se mettre au goût du jour et de passer à un bateau volant. C’est l’avenir. Et dans quinze ans, je pense que nos enfants nous demanderont si nous naviguions vraiment sans voler!»

Avec Ernesto Bertarelli et quelques autres passionnés, Nicolas Grange avait largement contribué au lancement d’une série qui a révolutionné le monde de la voile bien au-delà des frontières lacustres. Au début des années 2000, un bateau invincible, le «Black» d’Alinghi, menaçait de tuer tout intérêt à régater. «C’est ainsi qu’est née l’idée de lancer une série monotype afin de garantir une certaine égalité des chances, reprend Nicolas Grange. L’histoire des D35, c’est aussi celles de propriétaires qui ont réussi à s’entendre et à dépasser leurs intérêts personnels.»

Ce gentlemen’s agreement n’avait rien d’évident dans un milieu où les ego sont parfois surtoilés. Le mandat était à la fois simple et compliqué: concevoir un bateau capable de naviguer dans les airs évanescents du Léman et de faire du Bol d’Or Mirabaud une chasse gardée. Dessiné et pensé par Seb Schmid, construit dans le chantier Décision, le D35 a été un fleuron du «made in région lémanique». «Les objectifs ont été atteints au-delà de nos attentes, estime Nicolas Grange. En termes de durée de vie, la série des D35 est unique au monde. Il n’y a pas, à ma connaissance, d’autre bateau monotype qui a connu un tel succès technologique, sportif et même commercial. Ces bateaux sont encore tellement performants qu’ils pourraient encore naviguer pendant cinq ans sans problème.»

C’est d’ailleurs ce que nombre d’entre eux vont faire en rejoignant les eaux du lac Balaton, en Hongrie. «Un championnat est sur le point de naître là-bas, se réjouit Bertrand Favre, l’homme qui organise les régates des D35 depuis le lancement de la série. Je trouve d’ailleurs assez sympa de savoir que la plupart de ces catamarans exceptionnels vont avoir une seconde vie plutôt que de moisir dans un hangar.»

Émotions fortes

Ce week-end, les émotions seront fortes comme un coup de Joran qui balaie le lac. «On va boire des coups samedi soir, c’est sûr. On l’aura bien mérité, non?» Seize saisons, des dizaines de Grand Prix, des centaines de manches lancées dans toutes les conditions. Et jamais d’accident grave malgré des milliers de manœuvres effectuées sur un fil invisible, sur une coque. «On a quand même mangé quelques kilos de tube en carbone, avoue Bertrand Favre. Mais hormis quelques bobos et des touchettes, il n’y a jamais eu de gros crash et nous n’avons heureusement jamais fait la une des faits divers.»

Tout se termine bien mieux que cela n’avait commencé en réalité. Peu s’en souviennent mais la première saison avait été marquée par de gros soucis techniques. «Près de la moitié de la flotte avait démâté, se souvient Bertrand Favre. Ça cassait de partout et je dois dire que cette expérience avait été très formatrice pour le jeune directeur de course que j’étais. Mais là aussi la situation a été gérée avec intelligence. Tout le monde s’est mis autour d’une table afin de trouver les solutions techniques. On a vu ensuite, au fil des ans, que la fiabilité a été l’une des grandes forces du D35.»

Dans les discours des hommes et des quelques femmes qui ont tiré des bords sur la bête de course, on sent poindre une sorte de nostalgie.

«Cela fait évidemment un petit pincement au cœur car c’est la dernière fois que l’on va naviguer en flotte sur ces magnifiques bateaux, avoue Ernesto Bertarelli. Ce Grand Prix aura une saveur toute particulière, quel que soit notre résultat.» Alinghi naviguera sans aucune pression puisqu’il a déjà fait main basse sur le championnat. «Quelle meilleure façon que de finir la saga du D35 avec notre huitième victoire en seize saisons formidables? Cela dit, l’arrivée du TF35 l’année prochaine promet encore plus de sensations fortes et permettra de garder la navigation lémanique à l’avant-garde de ce qui se fait dans le monde de la voile et du foiling.»

Sans doute le début d’une nouvelle épopée.

Créé: 19.09.2019, 16h48

Quatre acteurs majeurs d’une série à succès

Ernesto Bertarelli

Il a forcément son nom au générique puisqu’il a grandement contribué à la création de ce bateau et de cette série. Le double vainqueur de la Coupe de l’America est devenu un barreur de très haut niveau, respecté par ses pairs. Toujours épaulé par Pierre-Yves Jorand et une fidèle équipe navigante, il a fait main basse sur la moitié des titres malgré la concurrence parfois relevée de quelques-unes des plus grandes stars de la voile mondiale.

Loïck Peyron

Le Français est le plus populaire des marins. Il est aussi l’un des plus polyvalents. Que ce soit en haute mer ou sur le lac, il fait merveille. C’est Nicolas Grange qui en a fait l’un des piliers de son équipe Okalys. «Durant toutes ces années nous avons eu l’immense chance de côtoyer et de naviguer avec des stars mondiales de la voile, dit-il. Avec Loïck, nous avons eu du succès mais nous avons surtout tissé de véritables liens d’amitié.»

Sébastien Schneiter

Le Genevois est le plus jeune vainqueur de l’histoire du Bol d’Or (19 ans). En 2015, il avait déposé François Gabart (sur Okalys) dans l’orage et coiffé au poteau Alinghi dans la nuit noire. Cette même année, il avait fait main basse sur le championnat avec un équipage qui allait ensuite disputer la Youth America’s Cup aux Bermudes. Seb Schneiter illustre bien la longévité de la série, lui qui n’avait que 8 ans lors de son lancement en 2004.

Nicolas Grange

Il est celui qui a fait venir les stars de la voile mondiale qui ont très vite adopté le D35. Président de la classe, double vainqueur du championnat (avec notamment Loïck Peyron), il a grandement contribué au rayonnement de ce championnat. Depuis la saison 2018, il a cédé progressivement la barre à son fils Arnaud. Avec Ernesto Bertarelli et Guy de Picciotto (Zen Too), il fait partie de ces propriétaires historiques sans qui rien n’aurait été possible.

G.SZ

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.