Anne-Sophie Thilo va mettre le cap sur le Cervin

Voile - MontagneLa Vaudoise qui a toujours mené sa vie en bateau va réaliser un rêve: rejoindre le sommet d’une montagne qui l’a toujours fascinée.

Ancienne championne de voile, Anne-Sophie Thilo va pouvoir relever un défi qu’elle s’était lancé suite à sa sélection pour les JO de Pékin.

Ancienne championne de voile, Anne-Sophie Thilo va pouvoir relever un défi qu’elle s’était lancé suite à sa sélection pour les JO de Pékin. Image: JEAN-GUY PYTHON

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Alors que se dresse devant ses yeux bleus ce sommet si majestueux, il est difficile, pour elle, de ne pas rester insensible face à ce panorama à couper le souffle. Anne-Sophie Thilo a toujours fait toute une montagne du Cervin. Devant son petit Everest, elle devient, soudain, intarissable. Il faut dire qu’à peine savait-elle marcher, qu’elle a été fascinée par cette dent rocheuse aussi prestigieuse.

À chaque fois qu’elle se rendait à Zermatt, en vacances chez ses grands-parents, il fallait qu’elle le voit, lui promettant qu’un jour elle irait tout là-haut, en dessous des nuages, pour le serrer dans ses bras. C’est même devenu un peu plus concret en 2008, lorsqu’elle a été sélectionnée avec Emmanuelle Rol pour les JO de Pékin dans la compétition de voile en série 470. «Quelques jours avant que cela devienne officiel, on s’était dit que si nous étions du voyage pour la Chine on se lancerait un défi: elle avait choisi un tatouage et moi de gravir ce Cervin!» Or, en douze ans, il y a toujours eu une bonne excuse pour repousser ce rêve resté dans un coin de sa mémoire.

Et voilà qu’elle est tombée sur cette annonce diffusée sur les réseaux sociaux. Afin de célébrer la première ascension de Lucy Walker en 1871, de cette héroïne vêtue d’une jupe de flanelle bravant la neige jusqu’en haut de cette ascension mythique, l’Office du tourisme de Zermatt recherchait quatre femmes pour atteindre ces 4478 m d’altitude. «Pour cela il fallait envoyer une vidéo créative pour se présenter», explique la seule Romande retenue parmi plus de 150 candidatures.

En manque d’adrénaline

La Vaudoise de 31 ans est prête aujourd’hui à franchir le mur du songe. Après avoir découvert très jeune l’Olympe, en menant une bonne partie de sa vie en bateau, cette grande sportive a ressenti le besoin de refaire des vagues: l’adrénaline lui manquait trop depuis qu’elle a cessé la compétition. Si elle a su rebondir professionnellement grâce à ses formations – en aidant durant deux ans et demi Stéphane Lambiel puis en travaillant deux ans au CIO dans le cadre des Jeux de la jeunesse à Buenos Aires –, il manquait ce plaisir disparu depuis. «J’avais envie de retrouver ce mécanisme de l’athlète qui a besoin de trois séances d’entraînement voire plus par semaine et un objectif qui me prend aux tripes, renchérit la Pulliérane. C’est un peu comme les JO: vous avez la montagne devant vous, vous crevez d’envie d’arriver au sommet et vous ne savez pas si vous allez y parvenir. Le seul moyen de le savoir c’est de s’entraîner pour que le jour J vous donniez tout. Et ça, j’adore!»

À ce qu’on lui a dit, l’ascension n’est pas compliquée. «S’il y a beaucoup de vide, une partie à grimper et une autre où il faut tirer sur des cordes fixes, le reste c’est comme un gros escalier, détaille Anne-Sophie Thilo. Comme j’ai quelques connaissances dans le domaine, techniquement je suis au point, mais il va falloir travailler l’endurance. On va devoir être capables de supporter, entre 3200 et 4500 m d’altitude, un effort de 9 à 10 heures non-stop.» Elle qui a l’habitude d’aller au-delà de la douleur sait qu’elle finira sur les genoux, avec le sentiment d’être au bout de sa vie. Mais cette tête dure a des ressources, le sport de haut niveau est une bonne école. «Je ne vois pas de scénario d’échec, je veux y arriver», répète-t-elle à l’envi, même si elle redoute la descente, plus pénible et escarpée. «Mais, prévient-elle, la haute montagne c’est comme la mer, on joue avec les éléments et on ne sait jamais à quelle sauce on va être mangée. Même si on possède un excellent matériel et que nous sommes bien équipées, il faut respecter la nature. On verra bien si le ciel est d’accord de nous laisser monter ou pas.»

Huit femmes ensemble

Le départ est prévu le 18 juillet, jusqu’à la cabane du Hörnli avant de repartir tôt le lendemain matin pour le sommet. La montée vers le paradis, elle l’effectuera avec ses trois autres camarades qualifiées – Sue Hirschi (infirmière), Steffi Hunziker (conceptrice de pages web) et Judith Wernli (animatrice de radio) – en équipe. «On va se suivre en se tirant les unes et les autres vers le haut, précise Anne-Sophie. Mais on sera encordée chacune à une guide. Nous serons huit femmes à escalader ensemble, c’est un joli clin d’œil pour saluer le courage de Lucy Walker qui, à l’époque, a dû tenir tête aux hommes pour accomplir son rêve.» Comme lorsqu’elle se retrouvait sur le Léman ou l’océan face aux gros bras de la mer…

Grâce à Max, son frère

«Depuis toute petite j’ai régaté avec des garçons et j’ai toujours cherché à être la meilleure, poursuit cette femme de tempérament. Gamine, avec mes cousins, on grimpait aux arbres, on construisait des cabanes et on faisait tous ensemble du vélo. Dans la société on a chacun notre place. Hommes, femmes, grands, gros, minces, petits, on a tous le droit de croire à un rêve.» Cette obstinée n’oubliera jamais que c’est grâce à son frère, Max, aveugle de naissance, qu’elle a atteint des sommets dans sa carrière. «Quand j’étais athlète, je ne sortais pas du lot, mais il m’a donné la force d’y parvenir. J’ai toujours voulu me démarquer des autres par solidarité pour lui. Avec son handicap, il gravit le Cervin tous les jours.» Ce sommet est si mystérieux, si majestueux…

Vidéos des entraînements: www.zermatt.ch/fr/matterhorn-ladies-please

Créé: 16.04.2019, 17h45

Anne-Sophie Thilo

Née le:
3 décembre 1987 à Lausanne.

Carrière sportive:
Avec Emmanuelle Rol, elle devient championne du monde M17 (2002) dans la catégorie 420, championne d’Europe juniors et 4e aux Mondiaux juniors en 420 (2004). Championne d’Europe juniors et vice-championne du monde juniors en 470 et 5e des World Sailing Games (2006).
Vice-championne d’Europe élite en 470 et 17e en 470 aux JO de Pékin (2008).

Carrière professionnelle:
Bachelor et Master en sciences de la communication et en Études avancées en administration et technologie du sport. Elle s’engage bénévolement auprès de Cookie qui soutient des jeunes sportifs suisses, ou Swiss Disabled Sailing; organisme ouvrant les portes des sports de voile aux personnes physiquement handicapées.

C.MA.

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