Les athlètes suisses entre soulagement et frustration

Jeux olympiquesTreize sportifs suisses nous ont livré leur sentiment face au report des Jeux olympiques de Tokyo en 2021.

Steve Guerdat: «D’un point de vue personnel et au niveau strictement sportif, ce report ne m’arrange pas du tout.»

Steve Guerdat: «D’un point de vue personnel et au niveau strictement sportif, ce report ne m’arrange pas du tout.»

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Lea Sprunger (30 ans, athlétisme): «En 2021, les JO seront probablement le dernier défi de ma carrière»

«Tout d’abord, il me paraît important de parler de la situation que vit la population au quotidien depuis maintenant plusieurs semaines. Je soutiens évidemment les mesures mises en place et je suis de tout cœur avec celles et ceux qui sont profondément touchés par cette pandémie. A ma manière, je contribue au mieux à ne pas contracter ni propager le virus. Depuis quelques jours, je m’entraîne seule, sans mon entraîneur, dans des lieux où je suis certaine de ne pas être en contact avec d’autres personnes.»

«J’avais pris la décision avec mon coach et mon entourage que la saison 2021 serait la dernière de ma carrière et que je la terminerai avec les championnats du monde de Eugene. Donc fondamentalement ce report ne change rien à mes plans si ce n’est que je ne disputerai très probablement plus de Mondiaux puisque Eugene 2021 pourrait être déplacé en 2022.»


Steve Guerdat (37 ans, hippisme): «On doit se faire petits, écouter et respecter»

«Cette décision nous dépasse, nous les sportifs. Dans ce genre de cas, on doit se faire petits, écouter et respecter. Les personnes en place savent très bien ce qu’elles font et où mettre la priorité, en l'occurrence sur la santé. En 2021, les chevaux auront un an de plus? S'ils étaient prêts pour les JO 2020, ils peuvent l’être pour l’année prochaine aussi. En revanche, la liste de départ ne sera pas la même. Il y a des athlètes ou des chevaux aujourd’hui blessés qui ne le seront plus en 2021. Et inversement. D’un point de vue personnel et au niveau strictement sportif, ce report ne m’arrange pas du tout. Mais, comme toute le monde, je dois accepter cette décision qui dépasse le cadre du sport. Et m’adapter.»


Sarah Atcho (24 ans, athlétisme): «C'est une aubaine pour moi»

«Lorsque j’ai pris connaissance de la décision du CIO, j’ai d’abord ressenti de la frustration. J’ai rêvé de ces JO! Et puis, la planification nous prend tellement de temps... Ensuite, j’ai pensé à moi. A l’aubaine que cela représente pour moi, étant donné que j’ai été opérée du ménisque en janvier. J’étais dans une course contre-la-montre pour revenir au top. J’ai pris quelques risques dans ma préparation. Mais désormais, je peux ralentir la cadence et prendre le temps de me retaper complètement avant de me plonger dans ces Jeux. A part ça, cette décision était selon moi obligatoire, si on voulait conserver l’équité entre les athlètes. Selon les fédérations, on n’était pas tous logés à la même enseigne face à la situation liée au coronavirus.»


Jérémy Desplanches (25 ans, natation): «C'est dur à encaisser»

«J’étais en faveur d’un report. Mais entre dire «je ne souhaite pas que les JO aient lieu» et accepter le fait que les Jeux sont bel et bien reportés, il y a une grande différence. C’est dur à encaisser. Sportivement, ça m’attriste. J’ai mis quatre ans de ma vie là-dedans. Tellement de sacrifices. Des centaines d’entraînements. Des milliers de kilomètres. Douze mois en plus, ça change beaucoup de choses. Après, humainement, même si ça peut faire mal de l’admettre, le sport ne doit pas être la priorité, en ce moment. Et puis, à moi de tout entreprendre pour rester dans la course. De prendre cette année de préparation en plus comme une opportunité de devenir encore meilleur.»


Mujinga Kambundji (27 ans, athlétisme): «Les Européens deviennent l'objectif No 1 de la saison»

«D’un point de vue sanitaire, c’était la bonne décision à prendre. Nous sommes dans une situation qui dépasse le sport. C’est clair que certaines choses sont bien plus importantes aujourd’hui. A titre personnel, j’essaie aussi de tout faire pour que cela passe le plus vite possible. Désormais, les championnats d’Europe, fin août à Paris, deviennent l’objectif No 1 de la saison. J’espère vraiment qu’ils pourront avoir lieu. Mais il devrait aussi y avoir d’autres grandes compétitions en Suisse comme Athletissima à Lausanne (ndlr: le 20 août) ou Weltklasse à Zurich (ndlr: le 11 septembre). Avec ou sans JO, il était clair que j’allais continuer à m’entraîner, à essayer de me préparer pour ces rendez-vous.»

«Cela n’était pas toujours facile de s’organiser ces derniers temps. Personne ne savait comment les choses allaient se passer ces prochaines semaines. Malgré tout, je peux assurer une grande partie de mon programme. Le but est surtout de rester en forme. Je m’entraîne le plus possible à la maison. Je me suis acheté un vélo de spinning par exemple. Mais je suis quand même obligée de sortir, parfois. Je reste autour de chez moi et je rentre dès que possible.»


Augustin Maillefer (26 ans, aviron): «Suis-je prêt à m’investir autant dans l’aviron jusqu’en 2021?»

«Sur le principe, je ne peux pas me plaindre de cette décision. Je ne vois pas trop qui pourrait se plaindre, d’ailleurs. Je m’entraîne dans une cave, actuellement, donc voilà. Honnêtement, face à la situation dans laquelle le monde est, ce report était inéluctable. Il est logique. En revanche, d’un point de vue personnel, il m’apporte davantage de questions que de réponses. 2021, ça rallonge sacrément la saison et la planification, d’un point de vue sportif comme de la vie, où je suis je suis étudiant à l’université. A vrai dire, je n’avais pas prévu de m’investir autant dans l’aviron jusqu’en 2021. Suis-je prêt à le faire? C’est une question que je dois me poser.»


Nicola Spirig (38 ans, triathlon): «Je prendrai mon temps»

«Au cours des derniers mois, j'ai travaillé quotidiennement pour atteindre mon objectif de participer à mes cinquièmes Jeux olympiques d’été. Alors que j'étais très motivée, les incertitudes des dernières semaines se sont avérées de plus en plus difficiles. Je suis donc heureuse d’avoir maintenant la clarté et de soutenir pleinement la décision du CIO de reporter d'un an les JO. Je pense que c'est dans l’intérêt de tous les athlètes, entraîneurs et de toutes les autres personnes impliquées. La santé et le bien-être des gens sont absolument prioritaires et doivent passer avant tout. En ce qui concerne mon avenir sportif, la décision a évidemment un impact. Je prendrai mon temps et discuterai des options avec ma famille et mon équipe avant de rendre une décision dans les semaines à venir.»


Julien Wanders (24 ans, athlétisme): «Je suis jeune, j’ai encore le temps»

«Il aurait été franchement indélicat de maintenir les Jeux cette année. Le monde est en souffrance. Aujourd’hui, la priorité est de venir à bout du coronavirus. Le sport refera l’actualité plus tard, quand la situation sanitaire sera sous contrôle. Et puis, il y aurait eu trop d’inégalité entre les sportifs. Certains ont du mal à s’entraîner et d’autres, faute de compétitions, ne savent même pas trop quand ils pourront prétendre à une qualification. Moi, je suis privilégié. J’ai ma sélection en poche sur 10 000 m et je peux courir tous les jours presque librement. Si mon baptême olympique est reporté en 2021, ça me va. Je suis jeune, j’ai encore le temps de patienter.»


Renaud Blanc (29 ans, BMX): «C'était stressant de ne pas savoir»

«La nouvelle est tombée ce mardi mais ça faisait quelques jours, voire quelques semaines, qu’on sentait que cela allait arriver. C’était stressant à vivre comme période pour nous, de ne pas savoir. Les athlètes étaient face à un dilemme. Comment s’entraîner pour des Jeux, sans être certain qu’ils auront lieu? C’est donc un soulagement. Nous avons les idées plus claires désormais. Mais il faut relativiser. Ce n’est que du sport. Il y a des choses plus graves actuellement. J’ai pu changer mes plans et planifier la suite de ma saison. Dans des sports moins médiatisés, on réfléchit par période de quatre ans en fonction des Jeux. Mais ça ne me change pas grand-chose. De toute manière, je pensais aller jusqu’en 2024 pour les JO de Paris. Je vais reprendre l’entraînement dans quelques jours, en faisant des exercices basiques, comme de la musculation à la maison. Je suis quelqu’un de très casanier. J’arrive donc à me faire à la situation. J’ai envoyé par emails des exercices et des conseils aux membres de mon club, le Bicross Club Genève, pour qu’ils puissent garder la forme tout en restant confinés.»


Daniel Gisiger (65 ans, entraîneur de cyclisme sur piste): «Je pensais partir à la retraite en octobre»

«Mon contrat se termine en octobre de cette année. Ensuite, je pensais partir à la retraite. Mais si Swiss Cycling a besoin de moi l'an prochain pour les JO, je répondrai évidemment présent. Je ne vais pas laisser tomber les gars. D'ici là, il pourra y avoir des changements au sein de la sélection. Des jeunes peuvent arriver, des anciens partir. Beaucoup de questions vont se poser.»


Sébastien Reichenbach (30 ans, cyclisme): «Ce report rend la saison encore plus floue»

«Je n'ai pas été surpris par la décision du report des Jeux, qui me semble logique. Il aurait été impossible de rattraper le retard dans les qualifications, sans compter le fait que des athlètes sont à l'arrêt alors que d'autres non. Evidemment, d'un point de vue personnel, ce report change quelque chose. Il rend la saison, ainsi que l'avenir même du cyclisme, encore un peu plus floue. Je vous rappelle que le Tour de France est programmé avant les Jeux... (ndlr: et n'a pour l'heure pas été annulé par les organisateurs)»


Martin Fuchs (27 ans, hippisme): «C’est forcément dommage pour Clooney»

«C’est une décision normale. Je pensais d'ailleurs qu'elle serait prise un peu plus tôt. C’est forcément dommage pour «Clooney», mon cheval, qui était dans une bonne forme cette année. Maintenant, même s'il aura 15 ans l'an prochain, il devrait encore être au top. Et puis, c'est la même chose pour tout le monde. Je pense que je serai à Tokyo. Et dans quatre ans à Paris.»


Jonathan Suckow (21 ans, plongeon): «Je dois réfléchir»

«Dans mon cas, il y a un peu de déception car j'avais pris une année sabbatique pour pouvoir mieux m'entraîner. Et puis, cela payait. J'ai effectué pas mal de progrès cette année. J'avais mis toutes les chances de mon côté pour tenter d'y arriver. Et là, je dois décider si je combinerai encore l'an prochain le plongeon et mon école aux Etats-Unis. Ce qui me donnerait moins de chance de me qualifier, car les études sont très intenses et me demandent énormément de temps. Ou alors je reprends une année sabbatique pour tenter une nouvelle aventure olympique... La décision est difficile. »

«Maintenant, au vu des circonstances, ma conscience me dit que je dois répondre à mes devoirs de citoyen avant le devoir sportif. Il y a une obligation politique de nature éthique et publique qui fait que c’est naturel, normal et nécessaire que les JO soient repoussés et que tous les citoyens et sportifs doivent rester à la maison pour s'assurer que le virus ne se propage pas. Je me demande aujourd'hui si ces Jeux en valent la chandelle. J’ai jusqu’à la fin de l’été pour me décider. Si j'étais déjà qualifié, cela vaudrait la peine de reprendre une année de pause supplémentaire pour être bien prêt pour les JO. Mais là, je dois réfléchir.»


Tadesse Abraham (37 ans, athlétisme): «Les Jeux à 38 ans, ça ne me fait pas peur»

«C’est une décision qui tombe sous le sens. La santé des gens et des sportifs passe par-dessus tout. D’un point de vue personnel, les repousser en été 2021 n’est pas un problème. Ça m’arrange même. Cet automne, je pourrais mieux vivre de mon sport. De nombreuses épreuves s’ajouteront au calendrier, on aura l’embarras du choix. Il faudra juste ajuster mon programme d’entraînement. Non, disputer les Jeux olympiques à 38 ans ne me fait pas peur. Je l’ai toujours dit, ce n’est pas mon âge mais mes jambes qui me dicteront d’arrêter. Si je gagne le marathon à Tokyo, je pourrai alors prendre ma retraite!»

Créé: 24.03.2020, 18h20

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