Le Bol a eu chaud dans un lac transformé en océan déchaîné

VoileLa 81e édition n’a pas échappé à un orage dantesque. La course ne déplore que des dégâts matériels. Retour sur une sacrée journée.

Des rafales à plus de 50 nœuds, de la grêle, de la pluie, une visibilité réduite à moins de 10 mètres. Les conditions étaient terribles sur le Léman samedi.

Des rafales à plus de 50 nœuds, de la grêle, de la pluie, une visibilité réduite à moins de 10 mètres. Les conditions étaient terribles sur le Léman samedi. Image: LORIS VON SIEBENTHAL

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Posée sur la jetée nord de la Nautique, la cabine de chronométrage du Bol d’Or Mirabaud abrite des gens formidables. Des bénévoles qui passent leur journée dans un container à veiller sur le temps qui passe. Ils nous ont accueillis à bras ouverts lorsque les nuages se sont vidés d’un coup sur la rade. Quelle drôle d’idée avait eu ce photographe de m’emmener voir l’orage de si près? Il faut dire que l’olibrius a roulé sa bosse sur les océans du globe et que ce n’est pas un grain lacustre qui allait l’effrayer.

Trempés jusqu’aux os en moins de deux par les eaux célestes, nous nous sommes réfugiés dans cette cabine en métal brut. Spartiate, elle a pourtant tout d’un abri feutré alors que le ciel nous tombe sur la tête, par Toutatis! Quelle tempête. Des rafales à plus de 50 nœuds, de la grêle, de la pluie, une visibilité réduite à moins de 10 mètres. Un changement de décor radical plus rapide qu’entre deux tableaux au Grand Théâtre. Sous les coups de boutoir de l’orage rageur, la cabine se déplace d’une dizaine de centimètres après une rafale particulièrement puissante!

«C’est du très, très lourd»

Il est un peu plus de 17 h, et on se dit que les concurrents ne se rendent pas encore compte de ce qui se prépare. Président du Bol d’Or et skipper du M1 Safram, Rodolphe Gautier raconte l’arrivée de l’ouragan qui transforme le lac en océan. «On savait depuis vingt-quatre heures qu’un gros orage allait avoir lieu, dit-il. Personne n’a donc été surpris puisque MétéoSuisse a été très précis dans ses prévisions. Surtout au niveau du timing.

Mais lorsque Genève a été touchée, nous étions encore sous le soleil dans le Haut-Lac. Et c’est en voyant des images sur les réseaux sociaux et le site de la «Tribune de Genève» et de «24 heures» que nous avons pris réellement conscience de l’intensité du phénomène. Là, on s’est dit, c’est du très, très lourd.»

Et ça n’a pas manqué. En se déplaçant vers l’est, l’orage a emmené le lac dans ses valises. Une fois ouvertes, ce sont de véritables déferlantes qui ont cueilli presque l’ensemble des concurrents. Les premiers, sur le chemin du retour, les autres toujours en route pour Le Bouveret. Plus que l’intensité, c’est la vitesse avec laquelle il s’est installé et sa durée qui ont surpris les navigateurs les plus expérimentés. «Des orages aussi violents, j’en ai déjà connu, reprend Rodolphe Gautier. Mais aussi longs, jamais. Pendant vingt-cinq minutes, on s’est mis en mode survie.»

Des minutes qui sont des heures dans un ascenseur émotionnel. L’adrénaline a parcouru les échines. Et les cœurs ont battu très fort. Sur l’eau comme à terre. Dans la nuit subite, des dizaines de fusées de détresse ont été tirées. Des bateaux ont démâté et ont chaviré. Certains ont même coulé. Sur les 466 embarcations qui se sont élancées samedi à 10 heures sous le soleil et dans la brise, 260 ont abandonné. «On a vu des habits, du matériel, des casquettes qui flottaient autour de nous, raconte Rodolphe Gautier. C’était assez angoissant. Dans ces instants, je suis aussi le président de la course et je ne pense qu’à une chose: que toute la chaîne des secours fonctionne.»

La centrale d’appels a été submergée mais elle a parfaitement hiérarchisé les interventions. Basée à Genève, elle transmettait ensuite à l’un des 18 bateaux de surveillance les informations sur les concurrents en difficulté. Charge ensuite à eux de se coordonner avec toutes les sociétés de surveillance du Léman. «Tout le monde a fait un boulot incroyable puisque nous ne déplorons que de très nombreux dégâts matériels, se réjouit Rodolphe Gautier. Je crois qu’il faut aussi tirer un grand coup de chapeau aux concurrents, qui ont pour beaucoup démontré un excellent sens marin dans ces conditions exceptionnelles.»

Si le bilan n’est pas noir, le comité de course du Bol d’Or Mirabaud ne fera pas l’économie d’un sérieux débriefing. «Il est incontestable que la communication, avec les moyens actuels, doit encore être améliorée, dit Rodolphe Gautier. On peut bien communiquer avec la radio, mais personne n’écoute la radio. L’avenir passe par l’utilisation des téléphones portables. Cela permettrait d’envoyer des push pour prévenir les concurrents. Et on pourrait aussi utiliser les smartphones comme balise.»

Bertarelli impressionnée

Si tout le monde savait qu’un orage allait surgir, personne ne se doutait qu’il avait été capable de déplacer la cabine de chronométrage. «J’ai vu des bateaux tout autour de nous en train de démâter, d’autres de chavirer, raconte Dona Bertarelli, qui a suivi Ladycat depuis une vedette. On pense naturellement aux hommes, aux femmes, à l’équipage, en espérant qu’il n’y ait pas de blessés ni de gros drames. Depuis toutes ces années où je navigue sur le lac, je n’ai jamais vu des conditions pareilles.» Elle n’est pas la seule. Nos amis chronométreurs peuvent en témoigner. Et nous avec…

Créé: 16.06.2019, 19h46

«Ladycat» finit en beauté sa carrière

La ligne sitôt franchie, l’émotion gagne l’équipe de Ladycat. Sur son bateau suiveur, Dona Bertarelli a les yeux embués. La victoire de «son» bateau la remplit d’une joie sincère. Blessée à un pied, elle n’a pas pu embarquer sur le dernier Bol d’Or de son catamaran. «Même de l’extérieur, c’est un grand moment, dit-elle à chaud. C’est notre quatrième succès avec Ladycat, le second où je ne suis pas à bord. Mais c’est surtout le dernier avec ce bateau. En 2020, on passera à autre chose avec le nouveau TF35.» Sans surprise, ce quatrième succès a été le plus mouvementé avec cette incroyable tempête. «Un orage si puissant, si intense et si soudain qu’il ne nous a pas laissé le temps de prendre un ris, commente Yann Guichard, qui tenait la barre de Ladycat.

Dans le plus fort du grain, c’était très chaud, nous avons mis la course entre parenthèses pendant une quinzaine de minutes. Le seul objectif à ce moment de la course était de ne pas chavirer et de ne pas casser de matériel pour pouvoir repartir de plus belle.» Et résister au retour des deux D35 Alinghi et Ylliam Comptoir Immobilier.

Légèrement modifié depuis trois ans, le catamaran de Dona Bertarelli n’entre plus dans la jauge des D35. C’est son premier (et dernier?) succès «indépendant». «Je suis très fière de l’équipe, conclut Dona Bertarelli. Fière du parcours réalisé avec ce bateau pendant treize années.» Ladycat tire sa révérence avec panache après une belle carrière. Il restera dans l’histoire lacustre avec notamment ses quatre victoires dans la reine des régates

Les vainqueurs

Bol d’Or
Ladycat (M1/Guichard- D. Bertarelli) en 10 h 36’ 21”

Bol de Vermeil
(1er mono) Raffica (Libera, Kiraly) en 15 h 53’ 35”

Surprise
Moi non plus (Kausche) en 1 j 0 h 12’

Grand Surprise
Little Nemo (Borter) en 19 h 40’ 26”

D35
Ylliam (Demole) en 10 h 39’ 38”

M2
Teamwork (A. Didisheim) en 12 h 53’ 22”

TCFX
Raffica

TCF1
Yasha Samuraï (M. Glaus)

TCF2
Matière Grise (L. Maret)

TCF3
The FireFly (Geiser)

TCF4
Chaos (Kraus)

NJ
Rita (F. Meyer)

Temps compensé
Matière Grise (L. Maret)

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