Bon à tout faire, Froome s'est paré de jaune pour la quatrième fois

CyclismeAprès 2013, 2015 et 2016, le Britannique pose encore sa patte sur le Tour. Sans coup férir.

Avec quatre victoires finales, Froome n’est plus qu’à une longueur du record codétenu par Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain. (Dimanche 23 juillet 2017)

Avec quatre victoires finales, Froome n’est plus qu’à une longueur du record codétenu par Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain. (Dimanche 23 juillet 2017) Image: Keystone

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Le match et le Tour ont été plié avant l’heure. Samedi au Stade Vélodrome, Romain Bardet a rapidement dû convenir de l’inanité de ses efforts face à Chris Froome. Littéralement scotché dans la montée de Notre-Dame-de-la-Garde, le Français d’AG2R n’a pas été en mesure d’entretenir le suspense. Pire, il a perdu la 2e place au profit de Rigoberto Uran, dauphin surprise, et a failli être délogé du podium par Mikel Landa. Il s’en est fallu d’une seconde. Désenchantée, la France – qui s’intéresse beaucoup au Tour mais finalement peu au cyclisme – a pris connaissance de ce verdict en huant le maillot jaune dans l’antre de l’OM. «C’est normal, il y avait un Français en lice et on était dans un stade de foot.» En conférence de presse, Froome est apparu fidèle à lui-même: le gendarme du peloton est un coureur poli qui tient un discours policé. Gageons que Bradley Wiggins aurait tenu un langage moins châtié.

Froome (32 ans) a gagné le Tour – une victoire longue à se dessiner – sans remporter d’étape. Ce n’est pas inédit mais suffisamment rare pour être rappelé. Miguel Indurain, pour ne citer que lui, ne s’est jamais adjugé une étape en ligne sur le Tour. Froome a posé sa patte sur la Grande Boucle en s’adaptant au parcours, à ses moyens et ses qualités de rouleur. Sur les deux chronos cumulés (14 km à Düsseldorf et 22,5 km à Marseille), il a pris 1’16’’ à Uran et 2’36’’ à Bardet. Pendant les 1397 km passés en montagne, il a peu subi les événements. Le journal L’Equipe a établi un classement (temps et bonifications cumulés) sur les huit étapes de montagne. Le Britannique a concédé 22’’ à Uran et 20’’ à Bardet.

Comme elle paraît soudain loin l’étape de Peyragudes où Froome avait fait le coup de la panne sèche dans le final. Aru l’avait dévêtu de son maillot jaune et tous les scénarios semblaient possibles. C’était oublier la force collective de la Sky et les capacités de rebond de Froome, désormais bon à tout faire.

Douche froide

Un peu tétanisé par l’enjeu et dans un état de fatigue avancé, Romain Bardet avouait: «Depuis l’Izoard, je suis en délicatesse avec ma santé. Samedi, je ne pensais pas au podium. Juste à franchir la ligne.» Et de se promettre: «J’ai toujours faim, toujours envie de me construire un palmarès.»

Devant le bus de la formation AG2R, Samuel Bellenoue s’exclamait: «C’est une douche froide.» Depuis deux ans, l’intéressé suit Bardet dans sa préparation en altitude et dans le chrono. A l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (ISSUL), sous la houlette du professeur Grégoire Millet, Samuel Bellenoue prépare une thèse consacrée à l’optimisation d’une préparation en hypoxie pour l’ensemble de la formation AG2R. «Globalement, Bardet réalise un gain annuel en watts de 3%», relève-t-il.

La défaillance de Bardet a confiné davantage encore Warren Barguil – maillot à pois et lauréat du prix de la combativité – dans le rôle de chouchou du public. Dans l’ascenseur de la popularité et dans un savant mélange intergénérationnel, le Breton croise Thomas Voeckler. L’Alsacien (38 ans) a tiré sa révérence dimanche.

La prochaine fois

Deuxième dans le chrono initial à Düsseldorf, Stefan Küng était attendu au contour à Marseille. La sévère pente de Notre-Dame-de-la-Garde a réduit à néant les desseins du prometteur coureur de la BMC. «C’est bizarre, j’avais un peu peur de coincer dans la montée.» Même s’il tentait de «faire bon cœur contre mauvaise fortune» (9e à 34’’ du vainqueur, le Polonais Bodnar), le Thurgovien ne cachait pas sa déception. «La prochaine fois (ndlr: parce que prochaine fois il y aura), je ne resterai pas trois semaines sans rouler sur mon vélo de chrono. Je l’enfourcherai à coup sûr pendant le jour de repos.»

Küng renouera avec la compétition dimanche prochain à Londres. Son programme le conduira ensuite à l’Eneco Tour, au Tour d’Angleterre puis aux Mondiaux à Bergen.

Créé: 23.07.2017, 21h18

Du beau, du bon et un jaune invincible

Le commentaire de Patrick Testud



Qu’est-ce qu’un beau Tour? Celui qui tient en haleine le public de bout en bout, lance Christian Prudhomme, le patron de la Grande Boucle. Qu’est-ce qu’un bon Tour? Celui qu’on gagne, renvoie en écho Chris Froome, victorieux de sa quatrième Grande Boucle, sa troisième consécutive. Le Britannique de la Sky roule dans la trace de ses illustres devanciers: Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain (cinq succès chacun). Sans y attacher plus d’importance que ça. «Mes premières images du Tour datent de la période d’Armstrong.» Ah, évidemment… On n’est pas dans la légende mais dans les limbes d’un passé enfoui dans les tréfonds de l’oubli. Le Texan a été biffé du palmarès du Tour – il avait squatté la plus haute marche du podium à sept reprises – comme s’il n’avait jamais existé. La mesure lui pendait au bout du bras comme une seringue, mais ça arrange bien tout le monde.

Chris Froome n’est plus ce champion hors sol qui s’était distingué en 2013 et 2015. Il est devenu un champion du Tour ordinaire. Seul son coup de pédales reste atypique. Plus de fulgurance en montagne. Il descend et la joue tactique à la manière d’un joueur d’échecs. Puis, il gère, il contrôle.

«Le jaune est visible mais pas invincible», rappelle une campagne pour la prévention sur les autoroutes françaises. Référence aux travailleurs qui paient au prix fort les excès des automobilistes. Appliquée au Tour, elle perd toute sa substance. Depuis 2012, la Sky n’a laissé échapper qu’une fois la victoire.

Aux yeux de Greg LeMond seul le vainqueur moral est un beau vainqueur. Trois fois victorieux, l’Américain désigne Romain Bardet. LeMond a préféré l’audace du Français à l’attentisme du Britannique.

Un Tour cadenassé peut-il malgré tout séduire? Gagnant il y a trente ans, Stephen Roche répond par l’affirmative. «La Sky est très forte. Elle a verrouillé la course. Mais on a quand même vécu un bon Tour.»

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