Après le cancer, l’autre traversée de six femmes

VoileSix Romandes en rémission du cancer du sein ont fait le pari de traverser l’Atlantique en catamaran. Parce que la vie continue

Toute l’équipe de la r’Ose Transat a présenté son projet lors d’une soirée riche en émotions à la Société nautique de Genève.

Toute l’équipe de la r’Ose Transat a présenté son projet lors d’une soirée riche en émotions à la Société nautique de Genève. Image: Germain Arias-Schreiber

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«C’est un cancer, Madame…» L’annonce surgit comme une vague scélérate au milieu de l’océan. Elle submerge une femme sur huit en Suisse et, avec, des familles, des amis, des collègues. C’est une longue traversée, parfois sans retour, qui commence dans l’univers aseptisé d’un cabinet médical. C’est une succession d’examens, de traitements, de chirurgie aussi. Au bout du chemin, pour les plus chanceuses, il y a la rémission. On ne parle pas de guérison avec le cancer, jamais. «C’est sans doute cet aspect de la maladie qui est le plus sous-estimé, explique Élisabeth Thorens-Gaud. On parle de l’avant cancer. On parle du cancer pendant la maladie. Mais on ne parle que trop peu de l’après-cancer. C’est tellement compliqué de reprendre confiance en soi, en la vie.»

Cette Vaudoise est à l’origine d’un projet exemplaire. Après avoir croisé la route du cancer en 2016, elle est depuis en rémission. C’est lors d’une consultation avec le professeur Didier Jallut, oncologue-hématologue directeur médical du Réseau lausannois du sein, qu’elle dévoile les contours de l’aventure au long cours qu’elle entend mener. Traverser l’Atlantique, avec d’autres femmes ayant elles aussi survécu au cancer du sein. Pour se reconstruire. Une traversée après l’autre. «J’ai été immédiatement et complètement emballé par son idée, dit le médecin. Le soir même – très tard en fait, car je crois que tous deux nous travaillons beaucoup – j’ai reçu un dossier déjà très complet par e-mail. Le projet était déjà presque ficelé! Devant une telle détermination, il n’était pas possible de refuser de participer à cette fantastique aventure.»

Élisabeth Thorens-Gaud est une tornade qui fait souffler un vent de détermination et d’optimisme. Elle emballe sponsors, médecins et coéquipières. Sept femmes de l’arc lémanique qui ne se connaissaient pas forcément et qui embarqueront avec elle cet automne sur le même bateau. Ainsi vogue le projet «r’Ose Transat» qui veut aider les femmes à garder le cap dans la tempête et dans le calme, aussi. La démarche se veut également préventive. En montrant par l’exemple aux femmes en cours de traitement que la vie continue après la maladie. Et en rappelant, avec une campagne de sensibilisation, l’utilité du dépistage.

Toutes sur le pont

Elles seront donc huit sur le pont d’un Lagoon 46, un catamaran pas vraiment marrant pour traverser la grande gouille, des Canaries à la Martinique. Six équipières en rémission, accompagnées par une skippeuse professionnelle ainsi que par une passionnée de voile, spécialiste en gynécologie et obstétrique, membre du Réseau lausannois du sein. «Cette traversée est bien davantage un défi humain que sportif, estime Élisabeth Thorens-Gaud. Nous allons vivre d’incroyables moments de partage, d’angoisse, de rires aussi. La mer est l’endroit idéal pour réapprendre à lâcher prise afin de se libérer de nos peurs.»

C’est lors d’une belle soirée organisée sur la terrasse de la Société nautique de Genève, au début du mois de juin, que le comité de pilotage de «r’Ose Transat» a officiellement lancé l’aventure. En présence d’un parrain qui ne cachait pas son émotion. «Ce soir, ce sont elles les stars, les héroïnes, pas moi, souffle Alan Roura. Ce que je veux dire avant tout, c’est que traverser l’Atlantique, que ce soit en course ou en mode plus libre, ce n’est jamais anodin, jamais. Surtout avec huit femmes à bord. (Éclats de rire dans l’assemblée). Je trouve merveilleux qu’elles osent. S’il y a un message qui me tient à cœur, c’est bien celui-là.»

Le tropique du… Cancer

Il a été reçu cinq sur cinq par tout l’équipage. À commencer par la skippeuse Muriel Andrey Favre, 30 000 milles marins au compteur et un périple de plus de trois ans en famille sur les mers du globe: «C’est un sacré défi pour moi et une grosse responsabilité, dit-elle. Je crois très fort aux vertus du travail en équipe et je compte bien faire participer chacune d’entre nous à la bonne marche du bateau et à la vie à bord.»

«Vous voyez cette ligne sur la carte? C’est le tropique du Cancer…» L’annonce surgira comme une libération. Ces huit drôles de dames traverseront cette latitude symbolique avant de toucher au but. Elle est pas belle la vie?

(nxp)

Créé: 11.06.2019, 18h50

Alan Roura, un parrain touché et touchant

Le parrain À projet exceptionnel, parrain exceptionnel. Alan Roura n’a pas hésité très longtemps lorsqu’on l’a sollicité pour être le parrain de la «r’OseTransat». Touché et touchant, il a conquis son auditoire lors de la soirée de présentation à la SNG. «On a beaucoup de demandes de parrainage dans le milieu de la course au large mais ce projet-là m’a touché car il est particulièrement fou et très personnel, a-t-il expliqué. Cette traversée, c’est votre histoire à vous, votre rêve, votre défi. Il faut beaucoup de courage pour entreprendre un tel projet. Je salue cette envie d’aller voir ailleurs et le tempérament pour se lancer.»
L’équipage Six femmes ayant vécu l’épreuve du cancer du sein: Élisabeth Thorens-Gaud, Nicole Strub, Caroline Ackermann, Stéphane Couty, Nadège Schriber, Francesca Argiroffo. Une skippeuse professionnelle: Muriel Andrey Favre. Une médecin: Carine Clément Wiig.
Le bateau Un Lagoon 46, un catamaran habitable de 14 mètres.
Le parcours Environ 3000 milles (5500 kilomètres) des Canaries à la Martinique. L’équipe envisage une traversée en 21 jours environ.
Départ prévu Le 5 novembre.
Un livre Un journal de bord sera tenu par Élisabeth Thorens-Gaud. Il sera publié chez Favre en octobre 2020.
Un film Un documentaire de quinze minutes sera monté autour de cette aventure.
Faire un don Le solde des fonds récoltés ira à de nouveaux projets en lien avec la voile et en faveur de femmes touchées par le cancer du sein. Pour faire un don, les infos sont sur le site: www.rosetransat.com

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