Chris Froome n’est pas le bienvenu sur le Tour

CyclismeEn vogue depuis l’affaire Festina, le mot indésirable est ressorti de la musette par ASO alors que le Tour s’ébranlera samedi

Chris Froome pourra-t-il s’aligner sur le Tour et empocher un cinquième succès?

Chris Froome pourra-t-il s’aligner sur le Tour et empocher un cinquième succès? Image: KEYSTONE

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Chris Froome ne remportera pas un cinquième Tour accompagné d’un astérisque au palmarès. Au pays des Gaulois, on ne badine pas avec les mentions superflues. C’est ainsi qu’il faut interpréter la décision d’ASO. L’organisateur du Tour prend les devants. Tant que son contrôle anormal au salbutamol, qui date du 7 septembre dernier à la Vuelta, n’est pas tranché, le leader de la Sky est autorisé à courir. Comme si de rien n’était. Mais il est indésirable sur la Grande Boucle.

Ce printemps, Froome s’est ingénié à frapper les imaginations au Giro. Problème: sa victoire finale est assortie du conditionnel. Si les arguments invoqués par le coureur sont jugés irrecevables, il encourt une suspension de deux ans. ASO ne veut pas se retrouver dans une situation piégeuse, incongrue et incompréhensible. La longueur du processus s’accommode très mal avec le calendrier sportif. Il y a quelques jours, dans une conversation téléphonique à bâtons rompus, nous avions interpellé Christian Prudhomme sur le sujet. «Il est primordial que la décision tombe avant le Tour. La situation n’est bonne pour personne (le coureur, le cyclisme, l’organisateur). On se retrouve dans un cas similaire à celui d’Alberto Contador. Les textes doivent changer.» Le 22 décembre, neuf jours après l’annonce du contrôle anormal subi par Froome, l’intéressé avait déjà appelé de tous ses vœux que l’enquête «ne dure pas des mois et des mois». C’est raté.

En l’occurrence, ASO fait valoir l’image du Tour qui ne saurait (davantage encore) être ternie et s’appuie sur l’article 28 de son règlement. Conformément à celui de l’UCI, il stipule que l’organisateur se réserve expressément la faculté de refuser la participation à l’épreuve ou d’exclure une équipe ou l’un de ses membres dont la présence porterait atteinte à l’image ou à la réputation de la course. Et chacun sait que le règlement, c’est le règlement. Selon «Le Monde», qui a lancé la nouvelle dimanche matin comme on dégoupillerait une grenade, Sky a été informé par courrier que Froome ne serait pas admis au départ samedi prochain à Noirmoutier-en-l’Île. Le team britannique a fait appel de cette décision devant la chambre arbitrale du Comité national olympique du sport français (CNOSF). Il plaidera sa cause mardi. Ladite chambre livrera le fruit de ses cogitations le lendemain. Le TAS pourrait être l’ultime recours pour Sky. Mais le temps sera alors compté avant que les premiers coups de pédales ne soient donnés. D’autant que la décision motivée des arbitres ne devrait pas être disponible immédiatement.

«Nous sommes confiants»

Par la voix de son porte-parole, Sky poursuit sur sa ligne de défense mâtinée d’une bonne dose de méthode Coué: «Nous sommes confiants. Chris sera au départ du Tour car nous savons qu’il n’a rien fait de mal.» Le Mouvement pour un cyclisme crédible (MPCC) avait souhaité dès le 18 décembre que Sky suspende son leader jusqu’à la fin de la procédure ouverte à son encontre. «Un champion ne doit pas seulement gagner des courses, il doit renvoyer une image de son sport», nous a expliqué Roger Legeay, son président. «Pendant qu’on parle du cas Froome, on ne parle pas de vélo. Cette mise à l’écart aurait permis au coureur et à son équipe d’éviter les crispations de nombreux dirigeants et coureurs.»

L’affaire est toujours en cours d’instruction du côté de l’UCI et, en marge des championnats de France, le président David Lappartient a tenu un discours très politique. «Ce sont des dossiers complexes à gérer dans lesquels il y a beaucoup de subtilité. On suit les procédures. On fera une déclaration avant le Tour.» Quand les jeux seront faits?

Le pire des maux

Figure emblématique du cyclisme français – il est manager de Groupama-FDJ et président de la Ligue – Marc Madiot a salué la décision d’Amaury Sport Organisation. «C’est courageux, ça plante le décor. Mais ça ne veut pas dire que Froome ne sera pas au départ.» L’incertitude est le pire des maux, certifiait Jean de La Fontaine. Qu’en pensent les supporters du cyclisme?

Créé: 01.07.2018, 18h43

Comment braver la pression du public?

Depuis la révélation du contrôle anormal de Chris Froome, le 13 décembre, la pression ne s’est pas relâchée autour du Britannique et de son team.

Il y a dix jours encore, Bernard Hinault était monté au créneau. Le quintuple vainqueur du Tour avait appelé le peloton à la grève pour protester contre le «tricheur». «Si les autorités internationales ne le sanctionnent pas, c’est aux coureurs de prendre leurs responsabilités.»

Tim Kerrison, le coach de Froome, s’était indigné des propos du «Blaireau» et s’était inquiété de la réaction du public français à l’égard de son protégé. Par précaution, Sky a d’ores et déjà mis en place son propre service de sécurité sur le Tour de France. Plus musclé encore que les gardes du corps qui protégeaient Lance Armstrong à la (belle) époque?

En 1973, Merckx avait renoncé au Tour. Relation à l’ambiance délétère qui lui était promise dans son duel avec Ocana. «Les Français en avaient marre de ma domination et je me suis laissé influencer par ceux qui redoutaient «l’anti-Merckxisme».
J’aurais dû braver ce climat pour devenir le premier coureur à réussir la passe de cinq succès consécutifs», avoue le grand champion belge dans «Secrets de maillots jaunes».

Le poids exercé par la pression du public n’est pas un vain mot dans un sport qui est champion du monde de la proximité. Alberto Contador peut en attester. Dans l’attente d’une décision après son contrôle positif au clenbutérol l’année précédente, l’Espagnol avait été conspué par le public du Puy-du-Fou lors de la présentation des équipes à la Grande Boucle.
Comme par un fait exprès, la Vendée servira à nouveau de théâtre au Grand Départ du Tour. «Il y aura des sifflets mais je ne crois pas qu’il y aura des virulences sur le bord de la route», pronostique Madiot sur le site de «L’Équipe». «Car on a un public respectueux de l’effort et de la personne.»

P.TZ

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