La Coupe de Noël, une vraie course malgré ses facéties

NatationLa 80e édition de la manifestation genevoise a consacré trois anciens nageurs élite, Sarah Butty, Philippe Meyer et Julien Baillod.

Nouvelle course, nouveau décor: la Givrée du Jet d’eau a frappé les esprits.

Nouvelle course, nouveau décor: la Givrée du Jet d’eau a frappé les esprits. Image: Laurent Guiraud

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Le moussaillon est un gringalet au caractère bien trempé. Il s’est jeté à l’eau sans qu’on ne l’y pousse et il a trouvé la baignade hivernale à son goût. «C’était tellement bien que j’aurais aimé continuer», s’exclame-t-il, pas même grelottant. La Coupe de Noël a 80 ans, des rides aussi soyeuses que le miroir de la rade et un bel avenir devant elle. Si l’épreuve se perpétue, la Givrée du Jet d’eau offrira bientôt au jeune enthousiaste un supplément de frissons.

Mais attention, cette cerise sur le gâteau d’anniversaire est un morceau de bravoure, réservé aux vieux loups du winter ou de l’ice swimming. Hier, avec une eau à 7 °C, on était dans la première catégorie. Fraîche, sans plus!

Souffle court, plaisir intact

En fait, pour éprouver son courage et épater la galerie qui s’extasie le long du Jardin anglais, la distance classique (120 mètres) suffit déjà largement. Longtemps réservée à une caste, l’épreuve née en 1934 a fini par se démocratiser. L’acte hygiéniste s’est transformé en un exutoire collectif. «Il favorise la cohésion sociale, car on ne nage jamais seul dans l’eau froide», ajoute Christophe Jacot, le capitaine de cette croisière qui s’amuse et s’encanaille. Ce dimanche, plus que jamais, celle-ci était désopilante.

Mais il ne faut pas s’y tromper, derrière la gaudriole et ses lenteurs cabotines, la Coupe de Noël reste une vraie course. «On y tient», affirme Christophe Jacot, le poloïste de Genève Natation, soucieux de soutenir la natation, ses lettres de noblesse et le club des Vernets. Certes, les champions d’aujourd’hui ne s’y aventurent guère. Ce n’est pas (encore) leur tasse thé. Mais les anciens y accourent en crawlant, comme Philippe Jeannet, vainqueur surprise de l’épreuve en 1975. Le sexagénaire, une quarantaine d’éditions au compteur, est toujours là. «Avec un moins de souffle mais toujours autant de plaisir, dit-il. Quand on est dans l’eau, ça motive, car il faut en sortir!»

Il coupe à cœur

Chez les messieurs, le podium de la Race (la catégorie phare) a même consacré trois anciens lauréats. Vingt-cinq ans après son unique succès, le sélectionné olympique de Sydney Philippe Meyer (1’08’’88) s’est imposé devant le récidiviste Julien Baillod (1’10’’53) et le recordman du tracé et champion en titre, Yanouk Tyriseva (1’11’’31). Là, pas de courant porteur, mais une erreur de trajectoire fatale! Le prof d’école, DJ à ses heures, en tire les leçons sans amertume. «Je suis tombé contre plus fort que moi. Je manque d’entraînement et, en fin de parcours, j’ai explosé!» Malgré une longue infidélité, le cardiologue Philippe Meyer a prouvé qu’il avait toujours la Coupe à cœur.

Côté féminin, la palme est aussi revenue à une ancienne nageuse élite de Genève Natation, Sarah Butty, qui découvrait l’épreuve huit ans après la fin de sa carrière. «Pour célébrer mes 30 ans, je relève trente défis et celui-ci n’était pas le plus simple à exécuter. Je ne me suis entraînée que deux fois en eau froide et, franchement, ce n’était pas une promenade d’agrément. Mais je reviendrai», assurait la juriste en assurance, le corps un peu moins congelé. (24 heures)

Créé: 16.12.2018, 19h22

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La Givrée a plu, même sans Jet d’eau

Quatre-vingts hivers obligent, les organisateurs avaient innové cette année en offrant aux plus téméraires la Givrée du Jet d’eau (fermé pour raisons de sécurité), une course sur un parcours de 485 m entre la fameuse jetée et le Jardin anglais, avec contournement des pierres du Niton. Ils et elles ont été 80, en quatre séries, à relever le défi, pour une première qui a réussi son baptême et pourrait bien revenir, sur un rythme quinquennal.
Une heure après avoir pris la deuxième place sur la distance classique («Un peu de retard dans les courses m’a permis de mieux récupérer»), Julien Baillod s'est remis à l'eau pour s’imposer cette fois et établir, en 5’ 15”86, le premier record de l’épreuve. À 38 ans, le nageur de Prilly, champion du monde et d’Europe Master sur 3 km, ne fanfaronnait pas pour autant: «Vraiment content d’être arrivé au bout, j’étais très stressé au départ! Je n’ai pas l’habitude de ce genre d’effort», confiait-il.
Dans la même série, le Montpelliérain Jacques Tuset avouait avoir apprécié: «De retour du Maroc, je craignais un peu l’eau froide, mais je m’attendais à une course plus dure. L’événement est super-sympa, je reviendrai certainement», lâchait-il. Vice-président du comité d’organisation, Simon Lecoultre n’a pas hésité à se mouiller: «Une place s’est libérée jeudi, je me suis dit, pourquoi pas? C’est une course incroyable, mais éprouvante. À la fin, les muscles se rigidifient, on cherche l’air, ses repères…»
«C’était un défi, mais j’en garderai un bon souvenir. J’ai trouvé agréable de nager, j’étais mieux qu’à l’entraînement! C’était presque plus facile que sur la distance courte, où il faut jouer des coudes», relatait de son côté la Morgienne Anne-Laure Delacrétaz, qui a établi le meilleur chrono féminin en 6’ 40”42. PH.R.

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