Un escroc belge a tenté de rouler Marc Biver

CyclismeUn faux investisseur était prêt à lâcher 220 millions pour créer une Dream Team avec l'aide du Neuchâtelois. Il a été condamné.

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Il voulait gagner le Tour de France, mais à peine a-t-il posé son pied sur les pédales qu’il a déraillé! Un homme de 59 ans originaire de Knokke-Heist, en Belgique, avait l’ambition, début 2018, de créer une grosse équipe cycliste qui allait tout écraser sur son passage. Mais voilà, s’il avait promis d’escalader l’Alpe d’Huez les mains aux cocottes et la socquette légère, d’injecter environ 220 millions de francs (pour neuf saisons) dans une formation de rêve, Serge Goës n’a jamais versé un centime. Cet individu qui s’était présenté sous l’identité de Serge Golstein s’était également fait passer, dans d’autres affaires, pour juge d’instruction à Bruxelles, commissaire à la Sûreté de l’État, directeur de l’inspection spéciale des impôts ou représentant de l’ONU ou de l’Unesco. Surnommé le «Caméléon», c’est ce qu’on appelle communément un escroc.

Le tribunal correctionnel de Bruges l’a condamné le 5 février à 30 mois de prison avec sursis pour avoir sali le monde de la petite reine et surtout trompé Marc Biver. Le manager neuchâtelois avait reçu la mission de BMC, il y a deux ans, de trouver de nouveaux sponsors après le décès d’Andy Rihs. Il s’est fait lâcher dans un col par cet usurpateur qui a fini par se faire démasquer.

Le projet était alléchant

Serge Golstein avait contacté BMC par e-mail avant de poursuivre les négociations par téléphone avec le Suisso-Luxembourgeois. Le prétendu homme d’affaires, qui assurait avoir rencontré Rik Verbrugghe (le sélectionneur belge) dans un aéroport, expliquait qu’il avait l’intention de former, dans le peloton, une Dream Team autour du champion olympique Greg Van Avermaet mais aussi de Vincenzo Nibali, Jakob Fuglsang, Romain Bardet et Stefan Küng: rien que ça!

Le projet était alléchant. Cette équipe «BPG» aurait dû être alignée dès 2021 dans le Pro Tour, si une demande de licence avait été déposée à l’UCI. Mais ce n’était que du vent, et il a fini dans la bordure.

«Cela ne m’a heureusement pas porté préjudice, mais j’ai surtout perdu mon temps!» S’il en rit volontiers aujourd’hui, Marc Biver reconnaît qu’au début, il a pris l’offre de ce potentiel repreneur au sérieux. Il nous raconte cette drôle d’histoire, belge.

«Un soir, on a reçu un mail, au service de course, de ce fameux Monsieur Golstein. Il était prêt à investir 25 millions d’euros pendant cinq ans pour sponsoriser l’équipe.» Il y avait évidemment de quoi être perplexe, mais surtout rester à l’écoute de ce mystérieux porteur d’espoir. Le porte-parole de BMC décide donc de le rencontrer à Bruxelles. «C’est preuve qu’il existait, poursuit l’ancien patron du Tour de Romandie. On ignorait juste qu’il portait un autre nom. C’était un mec prêt à mettre beaucoup d’argent, d’une générosité et d’une grandeur incroyable. Mais il disait qu’il ne voulait pas trop se mêler du management du Team.»

Comme Joe Dassin...

Comme Goës ou Golstein ne s’exprimait ni en anglais ni en allemand, c’est Marc Biver, le seul francophone dans le groupe, qui a pris le relais avec lui. «Dans la mesure où il voulait dépenser autant d’argent, je lui ai proposé d’acheter toute la structure de BMC, renchérit le Neuchâtelois. Après avoir réfléchi, il est allé plus loin: il s’était mis en tête de créer une nouvelle organisation. Je me suis dit, pourquoi pas finalement. Du coup, je lui ai fixé un rendez-vous à Neuchâtel dans une banque pour qu’on puisse ouvrir un compte.» Mais il n’est jamais venu. De la même manière qu’il ne s’est pas présenté au rendez-vous quand le patron de BMC s’est déplacé en personne de San Francisco avec une proposition de contrat.

«Je lui ai donc refixé un rencard, mais cette fois-ci à Cannes, reprend le manager. Et là, il me répond qu’il se déplacera avec son avion privé, il m’a même envoyé une photo de l’appareil.» Une aubaine pour Marc Biver, qui a un ami expert en aéronautique. «Je lui ai demandé de contrôler l’immatriculation pour voir à qui j’avais vraiment affaire. Et quand il m’a dit que cet enregistrement n’existait plus, c’est à ce moment-là que je me suis dit que mon «repreneur» racontait n’importe quoi. Il n’est d’ailleurs jamais venu.» Comme Joe Dassin, il sifflait sur la colline avec son bouquet d’églantines…

Militaire en Afghanistan

Le frère de Jean-Claude se tourne alors vers un avocat en Belgique, un ancien agent dans le cyclisme. «Après avoir vérifié mon histoire, il s’est avéré que les coordonnées qu’il m’avait fournies étaient fausses, que ce Serge Golstein était introuvable et que son adresse IP me renvoyait à Iker Pastori, un ancien militaire français, qui avait servi en Afghanistan.»

Cette affaire est vraiment louche, il dépose plainte. «J’ai été convoqué au poste de police de Knokke-Heist. Comme j’avais gardé tous ses e-mails et des enregistrements de ses conversations téléphoniques, le commissaire a fini par trouver cet imposteur.» Serge Goës, qui a fait de la prison, est connu de la justice. «Il avait aussi arnaqué l’équipe d’Israël Cycling, souligne Biver. Il a même reçu un vélo des dirigeants. Ce type, qui voulait racheter la marque BMC, était un grand malade. S’il a évité la taule, il va devoir suivre un traitement psychiatrique. Le juge lui a aussi demandé de me verser 1000 euros de dommages et intérêts, mais je les ai laissés à l’avocat.»

Marc Biver, qui fêtera ses 70 ans l’an prochain, ajoutera probablement cette anecdote à un livre qu’il va écrire prochainement. En attendant, il va enfourcher son vélo et rouler en compagnie de son ami de toujours Tony Rominger. Lui n’avait pas été loin, en 1993, de remporter le Tour de France.

Créé: 11.02.2020, 18h15

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