Exhibition ou compétition, le débat identitaire qui escorte la Laver Cup

TennisElle fascine les modernes et agace les traditionalistes. Deviendra-t-elle, avec son format inédit, le must absolu du «tennis 2.0»?

Explosion de joie entre Nadal et Federer. Une scène insolite générée par la Laver Cup.

Explosion de joie entre Nadal et Federer. Une scène insolite générée par la Laver Cup. Image: EPA

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Du haut des escaliers du Palais Eynard, 68 titres du Grand Chelem saluent une foule conquise. Toute la magie de Laver Cup tient dans ce tour de force. Voir Federer et Nadal échanger des regards complices, Borg et McEnroe se toiser comme au bon vieux temps; le tout sous le patronage claudiquant de l’idole Rod Laver, le tableau impose instantanément sa légitimité. Mais cette «sainte trinité du tennis» suffit-elle à faire de la Laver Cup, après seulement deux éditions, un défi incontournable du calendrier? Parce qu’elle bouscule les codes, rémunère grassement ses acteurs et ne distribue aucun point ATP, l’aile la plus orthodoxe des amateurs de tennis s’en étouffe. «Ce n’est qu’une exhibition montée à grands frais», bougonnent les plus méfiants. Vraiment? Des rivaux transformés en équipiers qui se défient dans un format novateur, la formule ne pourrait-elle aussi devenir le must absolu du «tennis 2.0»?

L’argent ne fait pas tout

«Je pense que la vérité se situe au milieu, estime John McEnroe. Même si les gars jouent pour beaucoup d’argent, ce n’est clairement pas une exhibition. Selon moi, le tennis de demain doit faire une place aux compétitions de ce type. Pour deux raisons, la notion d’équipe et la place réservée au double. J’ai vu des joueurs arriver avec quelques doutes et réaliser que la camaraderie change les perspectives pour apporter une excitation différente.» L’homme qui parle ainsi fut longtemps surnommé «Monsieur Coupe Davis»; c’est dire s’il connaît les exigences du tennis par équipes et respecte la doyenne de ses compétitions.

Le parallèle avec la Coupe Davis peut d’ailleurs servir de fil rouge au débat. La Laver Cup ne serait qu’une exhibition parce qu’elle ne distribue pas de points ATP? La Coupe Davis ne l’a presque jamais fait. C’est l’argent, et non le drapeau, qui motive les joueurs? Le partage des retombées financières d’une rencontre de Coupe Davis fut de tout temps un moteur plus ou moins avouable (et que dire des chèques promis par sa version rénovée). Au final, l’argument financier se révèle donc à double tranchant. Oui, le budget de la Laver Cup est pharaonique. Mais si (presque) tout le monde est là et pas grand monde ne veut voir Madrid en novembre, c’est que l’argent ne fait pas tout.

«Au début, certains disaient que la Laver Cup était une exhibition. Mais ça n’a jamais été le cas, insiste Björn Borg. Tout simplement parce qu’il y a trop de prestige en jeu. Parmi les joueurs, personne ne veut perdre. J’ai vu des gars très très déçus après une défaite.» Ce que suggère le Suédois est finalement assez évident: dans un conclave d’exception, personne ne veut devenir l’intrus. «Lorsque j’ai joué en double avec Rafa, j’avais une pression de fou, sourit Roger Federer. Parce que je ne voulais pas être le maillon faible.»

Tous ceux qui ont goûté à la Laver Cup disent donc la même chose (et sans éléments de langage): un match de charité ne vous chamboule pas ainsi. «Franchement, je trouve irrespectueux de parler d’exhibition», se fâche gentiment John Isner, le leader du «Team World». On lui rappelle alors que ses performances du week-end n’influenceront pas son classement ATP. «Mais c’est égal. On chasse les points toute l’année. C’est beau de jouer une fois pour la gloire, pour l’équipe. Personnellement, c’est contre Roger à Chicago que j’ai pris le plus de plaisir de toute ma carrière. Et vous savez, on est tous des fans de sports d’équipes: j’adore le foot US, les gars en face sont fous de football. On aime l’idée de pouvoir être aidé par un coéquipier les jours où ça va moins bien. Même si par essence le tennis est un sport individuel, je pense que la Laver Cup possède un pouvoir d’attraction unique.»

Leconte s’enflamme

Devant un tel engouement, la ligne des certitudes bouge. Jusqu’à revoir la définition de l’exhibition. Après tout, la Coupe Davis n’offre pas de points, invite des nations en finale selon des critères non sportifs: n’est-elle donc pas aussi une exhibition? Consultant pour Léman Bleu, Henri Leconte a connu l’extase en soulevant le Saladier d’argent, il débarque à Genève en observateur neutre. Serait-il plus mesuré? «La Laver va devenir un grand classique, s’enflamme au contraire le Français. Déjà parce que la Coupe Davis est morte; merci Monsieur Piqué. Mais surtout parce qu’elle est différente. Il ne faut pas se voiler la face, le tennis ne va pas bien. Les gradins sont souvent vides, même en Grand Chelem. La Laver Cup incarne le renouveau de notre sport.» Mercredi autour du Palais Eynard, le monde du tennis avait fait son choix. Palexpo accueillera ce week-end la troisième édition d’une compétition qui pourrait bien marquer les générations futures.

Créé: 19.09.2019, 07h21

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