«Les gens disent que c’était mieux avant. Ce n’est pas vrai»

Ski alpinLe Valaisan Roland Collombin a fait de la «Streif» un bar à Martigny où il a retrouvé Franz Klammer. Rencontre de légendes avant les Mondiaux de Vail.

Franz Klammer et Roland Collombin ont remonté le temps autour d'une bonne raclette à la «Streif», le bar du Valaisan.

Franz Klammer et Roland Collombin ont remonté le temps autour d'une bonne raclette à la «Streif», le bar du Valaisan. Image: SACHA BITTEL - LE NOUVELLISTE

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La légende rapporte qu’un matin, dans un hôtel de Kitzbühel, un skieur suisse avait eu une petite aventure avec une femme de ménage juste avant d’aller se lancer dans la Mausefalle et le Steihlang. «Mais contrairement à ce qu’on a raconté, Bernhard Russi n’a pas frappé à la porte pour éviter que je n’arrive en retard au départ…»

Victorieux de huit descentes dans sa carrière, Roland Collombin n’a que de bons souvenirs dans cette station du Tyrol. A l’instar de Didier Cuche, vainqueur cinq fois sur ce mythique tracé, le Bagnard a toujours eu un rapport particulier avec la Streif qu’il a domptée à deux reprises (1973 et 1974).

«La première fois, j’avais 22 ans et j’ai vraiment eu la trouille, mais je n’étais pas le seul, se marre l’ex-coureur. Or après, quel plaisir! Gagner là-bas, devant 30 à 40 000 spectateurs, c’était juste un sentiment énorme», se souvient la «Colombe», qui, depuis, y retourne régulièrement. «J’étais invité la semaine dernière, mais j’ai dû refuser, car je préparais l’inauguration de mon nouveau bar à Martigny-Bourg.» Son nom? «La Streif», cela coulait de source, of course. Cela ne s’invente pas.

Dans l’établissement, on y retrouve des coupures de presse de l’époque, des skis en bois et un four à raclettes. «Des gens viennent pour moi ou pour boire un verre ou manger une assiette de fromage, c’est sympa…» Et le vice-champion olympique de Sapporo de se mettre à table avec Franz Klammer, et de lever son verre à sa santé.

«C’est le lutteur Raphy Martinetti, de Martigny, qui m’a fait la proposition un soir, raconte, au milieu de ses nombreux convives, ce personnage atypique, unique. Il m’a dit: «Collombin, tu dois ouvrir un bistrot ici.» Comme j’avais bu un coup, je n’ai pas pu refuser. Après avoir vendu mon commerce d’eau minérale il y a un an, je me suis inventé du boulot à 63 ans. Mais ce n’est pas grave, je suis content. Cela marche bien.»

Comment pouvez-vous inviter Franz Klammer à votre inauguration et lui servir une raclette, alors qu’il vous a battu tellement de fois sur la piste?

Mais c’est après mon accident à Val d’Isère en 1976 (ndlr: il a failli y laisser sa vie sur une bosse qui porte désormais son nom) qu’il a tout gagné. Avant, il nourrissait un complexe Collombin. Il l’a d’ailleurs écrit dans un livre. Pendant que j’étais encore là, il ne m’a battu qu’une fois à Schladming. On a gardé un bon contact. Il m’a invité pour ses 50 et ses 60 ans. On se voit aussi dans des tournois de golf. Il y a du respect entre nous.

Et avec Bernhard Russi?

C’était assez tendu à l’époque mais il y avait la guerre entre les Romands et les Suisses alémaniques. Moi j’étais le rebelle, je faisais un peu comme je voulais. Les entraîneurs me laissaient en paix. Avec Russi, cela s’est arrangé avec le temps. On est devenus copains. Il m’a même défendu dans des interviews quand on disait que je faisais n’importe quoi…

Que vous inspire le ski alpin aujourd’hui?

Les gens qui disent que c’était mieux avant. Mais ce n’est pas vrai. J’aime encore regarder les descentes qui sont toujours très impressionnantes. J’ai toujours du respect pour ces gars qui attaquent!

Quel est le nouveau Collombin?

Moi j’aime bien les artistes qui prennent des risques. Mais avec le futur retrait de Bode Miller, il y en a de moins en moins…

Et les coureurs Suisses?

Je vibre encore lorsqu’il y a des victoires comme Carlo Janka à Wengen. Avec Beat Feuz et compagnie, il y a encore de bons descendeurs en Suisse. J’aime bien aussi Lara Gut. C’est une gagneuse comme moi. Elle ne supporte pas la défaite. Cela me plaît.

Appréciez-vous les Mondiaux, ces courses d’un jour?

Je n’aimais pas trop. La preuve: à Sapporo, je n’étais que deuxième derrière Russi alors que je devais gagner. Et je suis tombé aux Mondiaux de Saint-Moritz en 1974 alors que j’étais favori…

Créé: 29.01.2015, 19h50

Franz Klammer a

On l’a surnommé le «Kaiser»: Champion du monde (en 1974 à Saint-Moritz) et olympique (à Innsbruck en 1976) de descente, Franz Klammer est toujours considéré comme le roi des épreuves reines sur le cirque blanc.

Avec 25 succès en vitesse (à son époque le super-G n’existait pas), l’Autrichien (61 ans) détient toujours le record de victoires dans le livre d’histoire de la spécialité devant Peter Müller (19) et Stefan Eberharter (18). L’ex-grand rival de Roland Collombin et de Bernhard Russi se trouvait hier à Martigny, parmi les prestigieux invités du Valaisan.


Comment est-il possible qu’un Autrichien accepte l’invitation d’un Suisse qui vous a piqué deux victoires à Kitzbühel?

(Il se marre) Vous savez, il y avait de la rivalité sur la piste, mais on a toujours été très amis. Ces bonnes relations m’ont d’ailleurs aidé durant notre carrière. Quand on courrait, chacun d’entre nous voulait être devant, mais il n’y avait aucune animosité ou d’inimités entre nous. A vrai dire, j’ai beaucoup appris de Roland…

Qu’avez-vous appris de lui?

J’aimais bien sa manière de skier, ce style «à la Collombin», sans compromis. En 1973 et 1974, c’était lui l’étalon absolu en descente. J’avais toujours un œil sur lui lors des reconnaissances. Je regardais où il passait car il avait constamment la ligne parfaite. S’il était rarement dans le coup lors des entraînements, le jour de la course, il était devant moi. L’entraîneur de l’équipe d’Autriche m’avait alors dit: «Arrête de te focaliser sur lui et tu gagneras.» C’est ce qui s’est passé. Après, je suis allé tellement plus vite que lui, que lorsqu’il a entendu mon temps à Val d’Isère, il a pris plus de risques et il a été victime de sa terrible chute. (Il sourit) Maintenant, si c’était très serré entre nous sur des skis, je suis meilleur que lui en golf.

Quels seront pour vous les athlètes qui vont briller aux Mondiaux de Vail?

J’espère que dans le Colorado Matthias Mayer va confirmer son titre olympique de Sotchi. Désolé, mais nous, les Autrichiens, avec Marcel Hirscher en plus dans les épreuves techniques, on ne va laisser que les deuxièmes places aux Suisses, et encore!

Mais vous oubliez Carlo Janka, Beat Feuz, Patrick Küng ou Lara Gut du côté féminin…

Mais si Lara Gut peut jouer les premiers rôles chez les filles, vous oubliez Lindsey Vonn et, surtout, Anna Fenninger. Je suivrai ces Mondiaux lors de la première semaine à la télé et la seconde sur place.

Quand vous voyez que Didier Défago dispute sa dernière saison à 37 ans, n’avez-vous pas de regret d‘avoir arrêté alors que vous aviez cinq ans de moins que le Valaisan?

Non, pas du tout. Car si les athlètes skient plus longtemps aujourd’hui, nous, on a eu la chance de vivre les meilleures périodes du ski alpin. Pour rien au monde je ne changerai ma décision. C’était bien plus marrant que maintenant. C’est mon avis.

C.MA.

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