L’Islande, terre de glisse et de femmes d’exception

FreerideLa Vaudoise Anne-Flore Marxer signe une ode à la cause féminine pour ses débuts en tant que réalisatrice de film.

Au pays des aurores boréales, Anne-Flore Marxer a alterné joies de la glisse et rencontres avec des femmes inspirantes (photo: Eleonora Raggi)

Au pays des aurores boréales, Anne-Flore Marxer a alterné joies de la glisse et rencontres avec des femmes inspirantes (photo: Eleonora Raggi)

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On peut être championne du monde snowboard freeride, à deux reprises (2011 et 2017), et mettre le sport un instant de côté. Bien sûr, pour sa première œuvre cinématographique, Anne-Flore Marxer (34 ans) n’a pu s’empêcher d’emporter ses planches pour planer tant sur la neige que l’eau du pays des geysers.

Mais cette fois, l’objectif était tout autre: raconter l’histoire de six femmes, avocate, poète ou encore alpiniste, toutes fascinantes, dans un pays qui l’est autant, qu’il s’agisse de paysages ou de société.

«J’ai toujours milité pour les femmes dans mon sport, et je savais que ce pays était un modèle en matière d’égalité, explique la résidente de Préverenges. Le résultat a été au-delà de mes attentes. Les Islandaises m’ont fascinée, avec leur conviction de pouvoir toutes, y compris les plus jeunes filles, faire évoluer leur pays.» D’où le titre du film, «A land shaped by women» («Une terre façonnée par les femmes»).

Souligner la réussite plutôt que dénoncer les abus

Un premier voyage au lendemain de sa dernière victoire en compétition (Xtreme de Verbier 2017) fait mûrir son idée de film. Anne-Flore Marxer étudie pendant plusieurs mois l’histoire et la politique du pays, avant d’y retourner l’hiver dernier. Deux mois d’immersion en compagnie de sa grande copine allemande Aline Bock garantissent un tournage exhaustif.

Le message est on ne peut plus clair: dénoncer les inégalités à tour de bras ne sert à rien; il vaut mieux souligner le caractère enrichissant de personnages éblouissants. «La première femme que j’ai rencontrée est une entrepreneuse de taille dans l’industrie textile sportive. Puis le synopsis s’est écrit au fil des rencontres, pour coller au mieux avec la spontanéité de notre aventure.»

Une terre extrême et douce

Voilà sans doute ce qui plaît le plus dans la démarche, maintes fois saluée à l’international (voir ci-contre). Un thème profond, surprenant, souvent politique, bien au-delà du «wow-effect» des aurores boréales, traité pour l’heure en 26 minutes (la version de 52 minutes est en préparation).

Elle-même en quête de réponses, Anne-Flore Marxer en a obtenu sur cette terre extrême mais d’une douceur infinie. «Les Islandaises m’ont revigorée. Elles m’ont à la fois donné de la force et de la motivation. Ce film était le meilleur moyen de transmettre cette énergie au plus grand nombre. Aux femmes en premier lieu.» Peu de sport, donc, si ce n’est via le plaisir de la glisse et la beauté du décor. Mais une véritable conscience de ne pouvoir avancer seul.

«L’Islande, ce sont des conditions de vie extrêmement difficiles, des températures basses, des éruptions volcaniques, des glaciers, des hivers sombres, et les gens ont vraiment dû trouver une méthode pour survivre ensemble. Leur premier parlement remonte à l’an 930. Ils ont compris qu’ils devaient s’entraider.»

Et les femmes y ont amplement contribué, comme le prouve l’élection de Vigdís Finnbogadóttir, première présidente femme au monde, en 1980 déjà, et dont la capacité à ouvrir la voie est plusieurs fois soulignée dans le film.

Orteils en péril

L’amateur des phénomènes atmosphériques aura aussi de quoi se rincer l’œil, même si l’Islande présente quelques difficultés. «Il y a environ sept saisons par jour», sourit Anne-Flore Marxer. À son arrivée, elle a même failli perdre quelques orteils après un séjour de surf prolongé dans les eaux glaciales.

Rien de grave toutefois, et, déjà, l’envie de renouveler l’expérience. «Je ne me fixe pas d’objectif, mais tout va si vite! Je reconnais qu’il y a beaucoup de belles surprises avec ce premier film.» A commencer par sa propre révélation en tant que réalisatrice.

La bande-annonce

(nxp)

Créé: 11.10.2018, 19h58

La reconnaissance des festivals

Anne-Flore Marxer en est la première étonnée: son film «A land shaped by women» séduit loin à la ronde. Pour preuve, les quatre prix remportés lors des trois premiers festivals où il a été présenté.

«Meilleur court-métrage» et «Meilleur court documentaire» du Lady Filmmakers à Beverly Hills (EU), «Meilleur film» du Sankt Anton Film Festival (Aut), «Meilleur film» du Shextreme Film Festival de Bristol (GB), l’œuvre surprend partout.

«Le jury ne s’attend pas à voir une snowboardeuse parler de politique, ce qui peut expliquer son succès dans des festivals de cinéma, et non de sport», constate la championne.

«Tout le monde se sent touché par le discours de ces femmes, y compris les hommes. Même s’il s’agit d’abord d’un cadeau que je souhaite léguer aux filles.»

La musique du film a été composée pour l’occasion par des musiciens anglais. Pour ceux qui veulent découvrir cette grande première de la Vaudoise, il sera bientôt présenté en Suisse, à Lucerne (9 et 16 novembre), puis à Lausanne (19 novembre) et Zurich (20 novembre), en présence d’Anne-Flore Marxer et d'Aline Bock pour ces deux dernières dates. S.CO.

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