Tillmann, le ton du talent et de la liberté

TélévisionL’ancien commentateur de la Télévision suisse romande s’est éteint à l’âge de 80 ans.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

C’est à une chanson de Georges Brassens - il adorait- que je pense quand il s’agit de parler de Jean-Jacques Tillmann. Elle dit ceci: «Il est toujours joli, le temps passé, sitôt qu’ils ont cassé leur pipe, les morts sont tous de braves types.» Tillmann, c’est ainsi que je le saluais, n’aurait pas aimé qu’on fasse de lui un brave type au moment de lui rendre hommage. Alors disons la vérité: c’était un sacré bonhomme, avec un sacré caractère, et un sacré talent. Et il y a bien longtemps qu’il manquait à la télé. Il manquait tellement d’ailleurs que chaque jour, dans les environs du buffet de la gare à Vevey, des gens venaient à lui, lui serraient la main, lui demandaient une petite analyse rapide du football international.

Son décès cause un véritable émoi, à la mesure de la trace qu’il a laissée dans un monde de l’audiovisuel qui, aujourd’hui, ne l’accepterait peut-être pas tel qu’il était, alors que justement son talent était d’être et de rester celui qu’il était sur le petit écran et dans ses commentaires, sans jamais se laisser formater.

Mais qui était-il, ce barbu mémorable à la voix unique? Un passionné de football, un homme cultivé, «un de ces abrutis qui a commencé par faire du grec et du latin, qu’on a pris pour un intellectuel, qui a failli faire de l’anthropologie, de l’archéologie, et qui un beau jour, inconstant, dissipé, ne sachant pas que faire, s’est mis au cinéma puis à la télé», disait-il au printemps dernier. Quelle chance pour nous! Il amena à la télé ce qu’attend le téléspectateur: un ton, une connaissance, une opinion, une mauvaise foi, juste de quoi charmer ou agacer. Tillmann énerva autant qu’il charma. Et inversément. Tout ce qu’on adore. Être d’accord avec celui qui commente. Ou pas d’accord. Mais vivre ainsi le match avec lui. Et puis, Tillmann savait parler, mais il avait compris que le silence est aussi précieux que les mots. Maintenant qu’il est entré dans le silence définitif, on pourra relire son livre «Carnet de balles», des chroniques de vie, de football, de voyage, qui rappellent qu’il fut aussi un écrivain - ses chroniques dans 24 heures en témoignèrent - tout en finesse et en humour.

Au printemps dernier, avant ses 80 ans, je l’avais rencontré. Pour évoquer... Dieu, le numéro 10 peut-être le plus créatif de tous. Il en avait dit ceci: «Dieu? Je me dis que je ferais mieux de croire, parce que ça pourrait aider.Mais même pas. Je n’ai pas encore compris pourquoi on vient sur terre, pourquoi on s’en va.»

Et récemment, évoquant avec Raphaël Delessert, un confrère de 24 heures, sa décision de mettre de l’ordre dans ses archives, il avait souri: «Si je devais tout jeter, je garderais la photo, offerte par mon ami Norbert Eschmann, de l’accolade entre Pelé et Bobby Moore après Brésil-Angleterre, en 1970. Et si, un jour, je devenais complètement secoué, je demanderais peut-être qu’on la place avec moi dans mon cercueil.»

C’est juste, là-haut, Tillmann va retrouver Norbert. Et Puskas, Di Stefano, Gento, et mille autres grands du football. Les petits aussi. C’est prometteur. Le Bon Dieu a intérêt a aimer le football, un jeu créé par les hommes pour ne jamais s’arrêter de s’amuser comme des enfants.

(24 heures)

Créé: 02.10.2015, 13h53

Articles en relation

A la gare de Vevey, Jean-Jacques Tillmann regarde passer la terre entière

Rencontre L'ancien commentateur vedette de la Télévision Suisse Romande aura 80 ans en juillet. Santé! Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 14 novembre 2018
(Image: Bénédicte) Plus...