Ces Jeux sans flamme ne valaient plus la chandelle

Jeux olympiquesLe CIO a dû se résigner et reporter ces JO de Tokyo de douze mois. Les sportifs suisses partagent cette décision. Témoignages.

A l'image de Albane Valenzuela, les sportifs sont tous convaincus que le CIO a pris la bonne décision.

A l'image de Albane Valenzuela, les sportifs sont tous convaincus que le CIO a pris la bonne décision. Image: LUCIEN FORTUNATI

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Comme on pouvait s’y attendre, le coronavirus a eu encore une fois le dernier mot. Les JO ne se dérouleront pas à Tokyo du 24 juillet au 9 août de cette année, mais en 2021, si tout revient un jour dans l’ordre. Pour de nombreux sportifs confinés, au repos forcé, et des fédérations craintives de cette crise sanitaire sans précédent, ces Jeux n’en valaient plus la chandelle. C’est le premier ministre japonais, Shinzo Abe, qui a tiré sa révérence ce mardi matin, en demandant le report devenu inéluctable de ce grand raout de douze mois, malgré de sévères conséquences économiques. Même son peuple avait perdu la flamme.

Dans cette ambiance anxiogène et devenue irrespirable, comment en pouvait-il en être autrement? Président du CIO, Thomas Bach n’a pas pu refuser, se rendant à l’évidence qu’il était devenu inconscient d’insister bêtement. Seules les deux dernières guerres avaient eu raison de l’événement qui a lieu tous les quatre ans. Alors que le Covid-19 a fait plus de 16 000 morts dans le monde, il eût été indécent de maintenir ce rendez-vous si attendu alors que la plupart des compétitions sportives sont à l’arrêt et que la majorité des athlètes sont au chômage technique, bloqués chez eux, dans l’incapacité de se préparer sérieusement.

Si cette décision aura forcément un coût et de grosses conséquences au niveau du CIO et du comité d’organisation, qu’en est-il pour les sportifs? Voici la réaction, pêle-mêle, d’athlètes qui avaient fait de Tokyo leur gros objectif de la saison, voire de leur carrière. À l’instar du nageur Jérémy Desplanches (25 ans), qui était toutefois favorable à un report, question d’équité.

«Mais entre dire «je ne souhaite pas que les JO aient lieu» et accepter le fait que les JO sont bel et bien reportés, il y a une grande différence, remarque le Genevois de Nice. C’est dur à encaisser car j’ai mis quatre ans de ma vie là-dedans. Tellement de sacrifices. Des centaines d’entraînements. Des milliers de kilomètres. Douze mois en plus, ça change beaucoup de choses. Après, humainement, même si ça peut faire mal de l’admettre, le sport ne doit pas être la priorité, en ce moment. À moi de tout entreprendre pour rester dans la course et devenir encore meilleur.» D’autres sportifs suisses témoignent.

Steve Guerdat (37 ans, hippisme): «Dans ce genre de décision, on doit se faire petits, écouter et respecter. Les personnes en place savent très bien ce qu’elles font et où mettre la priorité: la santé. En 2021, les chevaux auront un an de plus? Ils étaient prêts pour les JO 2020, ils peuvent l’être pour l’année prochaine aussi. En revanche, il y a des athlètes ou des chevaux aujourd’hui blessés qui ne le seront plus en 2021. Et inversement. D’un point de vue personnel et au niveau strictement sportif, ce report ne m’arrange pas du tout. Mais, comme tout le monde, je dois accepter cette décision qui dépasse le cadre du sport. Et m’adapter.»

Martin Fuchs (27 ans, hippisme): «C’est une décision normale. Je pensais d'ailleurs qu'elle serait prise un peu plus tôt. C’est forcément dommage pour Clooney qui était dans une bonne forme cette année. Maintenant, même s'il aura 15 ans l'an prochain, il devrait encore être au top dans un an. Et puis, c'est la même chose pour tout le monde. Je pense que je serai à Tokyo et dans quatre ans à Paris, mais je pense surtout à Clooney qui vient de revenir à la maison après quelques temps passés en Floride. Moi je vais rentrer ces prochains jours où je vais pouvoir le monter, malgré le virus.»

Nicola Spirig (38 ans, triathlon): «Au cours des derniers mois j’ai travaillé fort pour participer à mes cinquièmes JO. Mais il faut soutenir pleinement la décision du CIO de reporter d’un an ces Jeux. Je pense que c’est dans l’intérêt de tous les athlètes et leurs entourages. La santé et le bien-être des gens sont prioritaires. En ce qui concerne mon avenir sportif, la décision a évidemment un impact. Je prendrai mon temps et discuterai des options avec ma famille et mon équipe avant de rendre une décision dans les semaines à venir.»

Tadesse Abraham (37 ans, athlétisme): «Cela tombe sous le sens. La santé des gens et des sportifs passe par-dessus tout. D’un point de vue personnel, les repousser en été 2021 n’est pas un problème. Ça m’arrange même. Cet automne, je pourrais mieux vivre de mon sport. De nombreuses épreuves s’ajouteront au calendrier. Il faudra juste ajuster mon programme d’entraînement. Disputer les Jeux à 38 ans ne me fait pas peur. Ce n’est pas mon âge mais mes jambes qui me dicteront d’arrêter. Si je gagne le marathon à Tokyo, je pourrai alors prendre ma retraite!»

Sarah Atcho (24 ans, athlétisme): «J’ai d’abord ressenti de la frustration car j’en avais rêvé de ces JO! Ensuite, j’ai pensé à moi. Après avoir été opérée du ménisque en janvier, j’étais dans une course contre-la-montre pour revenir au top. Je peux désormais ralentir la cadence et prendre le temps de me retaper complètement avant de replonger dans ces Jeux. Cette décision était selon moi obligatoire, si on voulait conserver l’équité entre les athlètes.»

Jonathan Suckow (21 ans, plongeon): «Au vu des circonstances, ma conscience me dit que je dois répondre à mes devoirs de citoyen avant mes rêves sportifs. Il y a une obligation politique de nature éthique et publique qui fait que c’est normal que les JO soient repoussés. On doit tous rester à la maison pour s’assurer que le virus ne se propage pas. Là je dois décider si je combine encore l’an prochain le plongeon avec mes études aux États-Unis. Ce qui me donnerait moins de chance de me qualifier, car l’école est très intense et j’aurais moins de temps pour plonger. Est-ce que cela vaut la peine de reprendre une année sabbatique de plus où j’ai beaucoup progressé cette année pour ces JO sans avoir l’assurance de me qualifier? J’ai jusqu’à la fin de l’été pour me décider.»

Thomas Koechlin (28 ans, canoë-kayak): «Cela pose pas mal de questions et d’inconnues. Est-ce que nous serons toujours sélectionnés dans un an? Actuellement je suis cloîtré chez moi, dans les Pyrénées où je ne peux même pas récupérer mon bateau bloqué dans un local du club. C’est une tristesse d’avoir vécu cette saison blanche où il n’y a plus rien à se mettre sous la dent. Mais je garde le moral, je suis encore jeune. Quand on voit tout ce qui se passe autour de nous, le sport ce n’est pas grand-chose…»

Albane Valenzuela (22 ans, golf): «Je suis convaincue que le CIO a pris la bonne décision. La santé passe bien avant le sport et je pense que chaque athlète mérite de se préparer dans les meilleures conditions. Personnellement, je pense que cela va me donner une chance d’améliorer mon classement mondial et de continuer à progresser dans le monde professionnel.»

Nils Liess (23 ans, natation): «Les JO doivent être égaux pour tous au niveau de la préparation et ce n’était plus le cas. Je me trouvais dans un rythme positif où j’améliorais constamment mes chronos. Mais si je continue à réaliser des super temps durant un an encore je peux arriver au top à Tokyo. Espérons que ce soit le cas.»

Augustin Maillefer (26 ans, aviron): «Face à la situation dans laquelle le monde est, ce report était inéluctable. En revanche, d’un point de vue personnel, il m’apporte davantage de questions que de réponses. 2021, ça rallonge sacrément la saison et la planification, d’un point de vue sportif comme de la vie, où je suis je suis étudiant à l’université. À vrai dire, je n’avais pas prévu de m’investir autant dans l’aviron jusqu’en 2021. Suis-je prêt à le faire? C’est une question que je dois me poser.»

Créé: 24.03.2020, 21h23

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