Justine Mettraux repart au combat sur son Figaro

VoileDimanche, la navigatrice lémanique s’élance du Havre pour sa 3e Solitaire du Figaro, l’une des courses les plus dures du circuit.

Justine Mettraux, qui a démontré qu’elle était bien dans le coup lors du prologue de jeudi, soigne tous les détails avant le départ de la première étape.

Justine Mettraux, qui a démontré qu’elle était bien dans le coup lors du prologue de jeudi, soigne tous les détails avant le départ de la première étape. Image: TEAMWORK/CHRISTOPHE BRESCHI

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Elle fait partie des courses mythiques. Des légendes s’y sont construites depuis plus de quarante ans. La Solitaire du Figaro n’a pas l’aura d’un Vendée Globe. Elle n’a pas non plus la douce frénésie de la Route du Rhum. Elle est pourtant de celles qui ne s’offrent pas au premier venu. Laurent Bourgnon, Alain Gautier, Philippe Poupon, Michel Desjoyeaux, Jean Le Cam, Franck Cammas, Armel le Cléac’h, Yann Eliès: il faut du talent, de l’expérience, de la roublardise pour gagner. Et un cœur gros comme ça pour briller sur cette course par étapes qui, depuis 1990, place chacun sur le même bateau.

«C’est ce que j’adore, confirme Justine Mettraux, qui a choisi cette classe pour devenir l’une des navigatrices les plus prometteuses de sa génération. Il faut être hyper pointu dans tous les domaines pour rivaliser avec les meilleurs. Cela va des réglages à la navigation, en passant par la gestion du sommeil.»

Une vache qui broute

Sur la Solitaire, il n’est pas question de grandes glissades dans les mers du Sud où dans les alizés qui mènent en Guadeloupe. Ici, point d’épopée, d’odyssée. Avec leurs monocoques, les Figaristes jouent le plus souvent à rase-cailloux en Manche, en Bretagne ou dans le golfe de Gascogne. Courants, marées, cargos composent le menu quotidien du solitaire. Tout cela se joue sur des étapes nerveuses de deux ou trois jours maximum durant lesquels les marins vont bien au-delà des limites du raisonnable sur le plan physique. La monotypie pousse chacun à en faire beaucoup.

Parfois, de drôles d’invités accompagnent les marins. Une voile roulée sur le pont qui parle. Des lumières d’un port qui n’existe pas. Une vache qui broute de l’écume. Des voix familières qui se font entendre. La fatigue peut jouer des tours pendables à celui qui ne sait repérer les signes avant-coureurs de l’épuisement total. La Solitaire du Figaro, c’est aussi le royaume de l’hallucination. Du boulot, pas de dodo.

«Il faut donc un maximum de fraîcheur avant de s’élancer sur cette épreuve qui ne pardonne rien, explique Justine Mettraux. Après la Transat AG2R en mai, j’ai pu bien me reposer. Je suis donc prête. Cette édition sera spéciale car elle est la dernière qui se dispute avec ce bateau, le Figaro Bénéteau 2. Dès l’an prochain, le circuit basculera sur un nouveau monotype doté de dérives courbes. Pour beaucoup de marins qui en sont à plus de dix participations, cela sera forcément une grosse page qui va se tourner.»

Une place dans les dix

Justine Mettraux, elle, dispute sa 3e saison en Figaro 2. Après une première participation en 2016 essentiellement axée sur l’assimilation, elle a passé la vitesse supérieure il y a un an en décrochant un superbe 7e rang. Un des tout meilleurs résultats féminins de l’histoire qui n’est pas passé inaperçu en France, où le circuit Figaro bénéficie d’un écho très important. Avec le recul, Justine Mettraux estime toutefois qu’il lui sera difficile de faire aussi bien. «Tout s’était particulièrement bien goupillé pour moi, dit-elle. J’avais fait du bon travail et très bien navigué. Mais j’avais aussi eu un maximum de réussite. Pour cette édition, je ne me mets pas de pression inutile. Il y a la même participation qu’en 2017 et une place dans les dix premiers serait un excellent résultat. Mais ça ne sera pas simple…»

Jeudi, à l’occasion du prologue, au large du Havre, Justine Mettraux s’est donc mise au boulot sur son Figaro TeamWork. Avec une douzième place, elle a démontré qu’elle était parfaitement dans le rythme. «Sur cette course, tu ne peux juste jamais rien lâcher, dit-elle. La moindre erreur peut te coûter des places au général. Il y a quatre étapes et il faut être parfait quatre fois.»

Chaque minute compte puisque le classement se fait au cumul du temps de chaque étape. Il suffit donc parfois d’un spi mal envoyé pour passer de héros à zéro. Il suffit aussi d’un bon coup tactique pour entrer cette fois dans la légende de la course au large.


Le Vendée Globe encore dans le viseur

Depuis qu’elle s’est illustrée sur la Mini Transat 2013 – 2e en Série, meilleur résultat féminin de l’histoire – Justine Mettraux s’est imposée comme une évidence dans le milieu du solitaire. L’eau salée en solo, c’est sa tasse de thé.

Une course semble taillée pour cette navigatrice qui n’aime rien tant que de décider seule. «Le Vendée Globe, c’est une course qui colle bien avec mon caractère», nous avouait-elle en novembre 2017, au Havre, déjà, au départ de la Transat Jacques Vabre qu’elle disputait en double avec Bertrand Delesne. Après deux saisons en Mini et une Volvo Race en équipage, elle a choisi le royaume des solitaires pour parfaire son apprentissage avant de s’attaquer au monument. Elle espère donc être au départ de la prochaine édition en 2020. Mais le temps presse. Un Vendée, c’est une campagne de deux ans au minimum. «On espère encore, avec mon sponsor, trouver des partenaires pour monter un beau projet, dit-elle. Si rien ne se concrétise d’ici au mois de décembre, il faudra alors mettre une croix sur cette édition. Ce ne serait pas dramatique car je suis encore jeune et qu’il y a plein d’autres belles courses à disputer.»

(TDG)

Créé: 23.08.2018, 19h43

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.