La Laver Cup, ce révélateur de l’hégémonie européenne

TennisGrande favorite, l’Europe a remporté 59 des 60 derniers Majeurs et empile les «top 10» à l’ATP. Comment expliquer cette domination?

Le Team Europe, vainqueur des deux premières éditions de la Laver Cup, sera encore favori ce week-end à Genève.

Le Team Europe, vainqueur des deux premières éditions de la Laver Cup, sera encore favori ce week-end à Genève. Image: EPA

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Depuis un quart de siècle, la Ryder Cup rejoue trois fois sur quatre le même scénario délicieux. Les États-Unis alignent les vainqueurs de Grand Chelem, tous aussi talentueux qu’orgueilleux, pour finir par trébucher face à la cohésion et le don de soi d’une Europe fusionnelle. «Notre force, c’est l’esprit d’équipe», glissait Björn Borg lundi à sa sortie de l’avion. Comme sa grande cousine la Ryder, la Laver Cup déroule un format qui crée de l’incertitude et exige l’unité. Le capitaine européen a donc raison de convoquer les vertus historiques des golfeurs aux douze étoiles. Mais un «détail» stoppe net le jeu des comparaisons: raquette en main, les terreurs sont européennes.

Voyez l’ampleur des chiffres. Sur les quinze dernières saisons (60 tournois), un seul joueur non-européen a triomphé en Grand Chelem: Juan Martin del Potro (US Open 2009). Cette semaine, Kei Nishikori (8e mondial) est le seul top 15 qui n’est pas né dans «la vieille Europe». Quant à John McEnroe, le très motivé capitaine du «Team World», il va s’appuyer sur un leader, John Isner (20e), qui rend dix places au remplaçant européen: Roberto Bautista-Agut (10e). Comment justifier un tel fossé?

Centre de gravité déplacé

«Une partie de l’explication tient déjà dans les carrières de Rafa (Nadal), Novak (Djokovic) et moi, recadre à juste titre Roger Federer. Et puis il y a encore Stan (Wawrinka), Murray, Cilic. Grâce à ces champions, des petits pays comme la Suisse, la Serbie ou la Grèce aujour­d’hui avec Tsitsipas ont surfé sur une vague d’intérêt et de succès. Sans doute que cette émulation a progressivement déplacé le centre de gravité du tennis des grandes nations historiques, comme les États-Unis et l’Australie, vers l’Europe. Et puis les fédérations européennes ont aussi très bien travaillé.»

Cette dernière remarque ouvre le débat des «chemins de formation». Si chaque champion a suivi son propre parcours, une constante se retrouve chez quatre des six derniers vainqueurs en Grand Chelem du Vieux-Continent. Ils sont partis à l’étranger assez tôt pour se perfectionner. Wawrinka et Murray ont choisi l’Espagne, Djokovic a posé ses valises chez Niki Pilic en Allemagne et Cilic a suivi Bob Brett à San Remo. Découvrir une autre culture, une autre approche à moins de deux heures de vol de votre famille, n’est-ce pas une spécificité européenne? «Les distances et la faculté des Européens de passer d’une culture à l’autre sont des critères qui me semblent pertinents parce que le joueur de tennis passe son temps à s’adapter», valide Yves Allegro, head coach à Swiss Tennis, avant d’extraire quelques autres pistes explicatives. «Les joueurs européens ont une grande chance sur le chemin qui mène vers le haut niveau, ils peuvent jouer des tournois chaque semaine sans voyager trop loin et, surtout, avec la possibilité de rentrer à la maison facilement. Les Australiens sont obligés de partir durant des mois. Le coût d’un début de carrière est plus important pour eux et pour les Sud-Américains.»

Même si un début de carrière n’a jamais tracé une ligne directe vers un titre en Grand Chelem, la relation de cause à effet existe. «L’Italie a beaucoup investi dans l’organisation des tournois. Ils ont 18 Challengers et une vingtaine de Futures, reprend le Valaisan. Si bien qu’un joueur comme Lorenzo Sonego (ATP 51) a pu monter top 200 sans quitter la Botte.» Or les Italiens sont sept dans le top 100 cette semaine; tout sauf un hasard. «Et puis, il faut bien dire que les pays de l’ancien bloc soviétique ont amené une nouvelle mentalité qui a influencé toute l’Europe, à travers les tournois de jeunes, ajoute Yves Allegro. Leur investissement total dès le plus jeune âge a probablement marqué les mentalités partout en Europe.» Un dernier argument qui trouve un écho jusque dans le «Team Europe» avec les «exilés» Zverev et Tsitsipas.

Dominations par cycles

«Aujourd’hui, l’Europe domine. On est favori et il faut en profiter. Car si ça se trouve, dans quelques années, on sera content de gagner une Laver Cup sur cinq», philosophe Roger Federer. Le Bâlois connaît trop l’histoire du tennis pour savoir que même les plus grandes hégémonies fonctionnent par cycles. Les sixties ont vibré avec les voltigeurs australiens (Laver, Rosewall, Newcombe). Les eighties ont accueilli le miracle suédois (Wilander, Edberg and Co.). Puis dans les années 90, le tennis américain brillait dans le sillage du duo Sampras-Agassi. Tous ont alors créé l’illusion d’une domination sans fin. Ce week-end à Palexpo et dans les mois qui viennent, l’Europe serait donc bien inspirée de se méfier. Car c’est souvent quand il se sent intouchable qu’un pouvoir hégémonique s’écroule.


Federer a lancé sa Laver Cup… sur terre battue

Il était 17 h 50, mardi, lorsque Roger Federer est apparu en haut des marches qui mènent au central du TC Genève (TCG). Le murmure s’est transformé en ovation et, pour quelques centaines de privilégiés, la Laver Cup a commencé en plein air, sur la terre battue des Eaux-Vives. Sur terre battue? Pour comprendre cette étrangeté, il faut s’ouvrir à la face cachée de la Laver Cup, celle qui rassemble pendant une semaine les sponsors et les VIP du tennis mondial. Mardi soir, l’homme aux 20 titres du Grand Chelem a ainsi tapé quelques balles avec des clients de NetJets, société d’aviation privée qui le sponsorise ainsi que l’événement.

«On a été approchés par les organisateurs de la Laver Cup fin 2018. Ils cherchaient un club que l’on pourrait qualifier de partenaire informel pour aider lors d’événements annexes, explique Eric Rogers, directeur du Tennis Club Genève. Notre statut de membre fondateur des clubs centenaires leur a plu, car ils sont très attachés à l’histoire.» Pour l’occasion, le parking a été réquisitionné et dix agents de sécurité ont été mobilisés. Un investissement finalement assez raisonnable pour accueillir le meilleur joueur de l’histoire.

«Surtout que les acteurs du club sont partie prenante de cet événement et des suivants, reprend Eric Rogers. Ce sont nos juniors qui ont ramassé les balles. Nos professeurs ont échauffé les clients et ils seront également à disposition des trois clubs centenaires qui viendront jouer ce week-end depuis l’Australie, la Californie et la Suède.»

Mardi, la venue de Roger Federer a raconté l’importance des sponsors. Celle espérée de Rod Laver ce week-end perpétue l’histoire d’une «internationale» de la raquette. Et dans son ensemble la semaine du TCG vient rappeler à quel point un événement de cette dimension impacte une ville bien au-delà du visible. «C’est simple, on vit une semaine Laver Cup, sourit le directeur. On met nos courts à disposition, on accueille du monde, et c’est un autre magnifique moyen, avec le Banque Eric Sturdza Geneva Open, de faire vivre le tennis à Genève et d’entretenir nos liens historiques.»

Créé: 18.09.2019, 07h30

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