Après sa lourde chute à Val Gardena, on a vraiment craint le pire pour Marc Gisin

Ski alpinResté longtemps inanimé sur la piste, le frère de Michelle et de Dominique est encore aux soins intensifs, mais son état est rassurant.

Marc Gisin, qui a croisé ses skis et perdu l’équilibre à quelques mètres des bosses du chameau, a été catapulté à 120 km/h tel un pantin désarticulé.

Marc Gisin, qui a croisé ses skis et perdu l’équilibre à quelques mètres des bosses du chameau, a été catapulté à 120 km/h tel un pantin désarticulé. Image: KEYSTONE

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Ils le savent, forcément, qu’à chaque fois qu’ils s’élancent du portillon d’une épreuve de Coupe du monde, lorsque la tête plonge très vite dans le vide, il y existe des risques. À une telle vitesse…

La veille, dans la «NZZ», Marc Gisin avait d’ailleurs pris la plume pour écrire ses maux dans une chronique, qui avait quelque chose de prémonitoire. Il expliquait ce que ressentait dans sa tête un skieur après une chute; une blessure à un genou (il avait été opéré d’un croisé en 2012) ou, surtout, après un accident, revenant notamment sur sa terrible cabriole de 2015 lors du super-G de Kitzbühel: sur cette terrifiante Streif où l’athlète est rapidement saisi par la peur au ventre, il avait été victime d’un gros écart et, au final, d’un traumatisme crânien.

«Tombe, lève-toi, apprends, continue, narrait-il dans le quotidien zurichois. En tant qu’athlète de compétition, il faut aller encore et encore au-delà des limites pour progresser. Les frontières, qui dans notre cas sont en partie montrées par des chutes. […] Au cours de mes deux premières saisons en Coupe du monde, j’ai atterri trois fois dans les mêmes filets: à Lake Louise, à Bormio et à Val Gardena, qui m’ont laissé comme un étudiant de première année qui ne voulait pas seulement monter à cheval…»

Si la tradition veut qu’un cavalier remonte le plus rapidement possible sur sa monture après un échec, peut-on s’habituer à ces images si horribles, si glaciales? Sa mère, Bea, ses sœurs, Dominique et Michelle, ainsi que le père, Beat, ont forcément poussé un gros cri d’épouvante samedi soir à Engelberg. Ils étaient devant leur poste de télévision où une bougie avait été allumée, selon la tradition à chaque descente ou super-G de leurs enfants. Pour leur porter bonheur. La flamme s’était-elle éteinte avant le passage du No 18?

Mais quelle envolée, quelle frayeur! Ce samedi, le «fiston», le «frangin», ne bougeait plus sur le redoutable tracé de la Saslong. Marc Gisin, qui a croisé ses skis et perdu l’équilibre à 120 km/h, à quelques mètres des bosses du chameau, a été catapulté tel un pantin désarticulé pour s’écraser lourdement sur le dos avant de rester de longues minutes couché dans la neige, inconscient, dans un état critique.

Après avoir été intubé sur la piste, on a vraiment craint le pire, comme avec le Français David Poisson, la saison passée, qui y avait laissé sa vie à Nakiska lors d’un entraînement. Ou encore cette chute spectaculaire à 140 km/h de Daniel Albrecht, en janvier 2009 à Kitzbühel, où le Haut-Valaisan avait été plongé dans un long coma avant de revenir miraculeusement à la vie puis sur les pistes…

L’Obwaldien de 30 ans a été héliporté à l’hôpital de Bolzano avant d’être rapatrié le soir, dans un état stable, à Lucerne pour des examens complémentaires. Le verdict est finalement tombé ce dimanche après-midi, via un communiqué de Swiss-Ski.

Toujours intubé

Les examens qui ont eu lieu à son arrivée et ce dimanche matin à l’hôpital de Suisse centrale ont confirmé que l’état général de Marc Gisin se stabilisait. S’il est toujours intubé, le descendeur parvient à communiquer directement avec les médecins et les proches parents.

Après une IRM effectuée au niveau de la tête, les examens n’ont révélé aucune lésion grave au cerveau. L’Obwaldien souffre, en revanche, de plusieurs fractures aux côtes sur le flanc droit. Mais également de lésions aux poumons, très douloureuses. Contrairement aux premières informations publiées dans des médias italiens, si les médecins ont décelé un cotyle (cavité où vient se fixer le fémur) légèrement enfoncé, son bassin n’a pas été touché. Son dos, enfin, n’a pas été trop durement impacté par la chute, à l’exception de quelques fractures minimes sur la colonne. Il revient de si loin…

Va-t-il se remettre en piste?

Marc Gisin, qui a reçu de nombreux témoignages de la grande famille du cirque blanc, dont Beat Feuz (3e de la descente derrière Kilde et Franz samedi), ainsi que de l’Italien Luca De Aliprandini (le petit ami de Michelle Gisin) alors qu’il était en tête du géant d’Alta Badia (il a fini 7e), va encore rester quelque temps dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital cantonal de Lucerne. À 30 ans, aura-t-il la force de revenir encore une fois et se remettre en piste? Il connaît les risques...

Créé: 16.12.2018, 19h29

Sa sœur, Michelle, va aussi s’élancer sur la Saslong

Fortement choquée par la chute de son frère, Michelle Gisin a rejoint ce dimanche soir… Val Gardena le cœur serré. Mais comment peut-elle se lancer sur cette même piste de la Saslong ce lundi alors qu’auront lieu les premiers entraînements en vue de la descente de mardi et du super-G de mercredi?

Entraîneur de ski au Centre national de performance de Brigue, Hugues Ansermoz connaît bien la «petite dernière» des Gisin pour l’avoir dirigée lorsqu’il était encore responsable de l’équipe féminine. «Je me suis en effet posé la même question, remarque l’Ormonan, conscient qu’elle va forcément y penser. Si les nouvelles sont rassurantes, cela ne va pas être facile pour elle ce lundi. Il ne faut pas oublier que cette famille est très soudée, fusionnelle et que les parents vont être encore plus nerveux que d’habitude lorsqu’elle va prendre le départ. Michelle va aussi probablement se mettre encore plus de pression. Maintenant, je ne pense pas que les femmes vont passer les bosses du Camel, à l’endroit où Marc est tombé. J’imagine qu’elles vont emprunter le tracé masculin du super-G.»

Le Vaudois pense également que la championne olympique du combiné est très forte mentalement. «Je me souviens qu’un jour avant son titre aux Jeux, elle avait chuté assez lourdement sur la tête à l’arrivée lors de la descente, elle avait trouvé ensuite la force de gagner la médaille d’or.» Comme cela avait été le cas en Corée du Sud, sa grande sœur, Dominique, devrait jouer un rôle important ces prochains jours avant ces épreuves de Val Gardena. C’est aussi l’avis d’Hugues Ansermoz…
C.MA.

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