Le «Muveran» et son mythique Pacheu régalent 850 concurrents

Ski-AlpinismeDisputée dans des conditions idéales, l’épreuve chablaisienne a enregistré un record de participation pour une année sans Patrouille.

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«Quel plaisir! Les conditions de neige, la température, l’organisation: tout était parfait. C’est une des toutes belles éditions.» Dieu sait pourtant s’il en a vu, Hansruedi Oehrli. Présent dimanche pour la 40e fois sur la ligne de départ aux Plans-sur-Bex, le chef technique du Gstaad Palace n’a raté que deux Trophées du Muveran depuis sa première participation, en 1974. «Cette course a même changé ma vie puisque j’y ai connu, en 1977, celle qui est devenue ma femme», s’amusait le Bernois (64 ans) dans l’aire d’arrivée.

Ce qui a le plus évolué en quarante ans? «Ce qu’on appelait alors la course de patrouille est devenu un autre sport, constate Hansruedi Oehrli. A l’époque, nous courions avec des skis de fond ou de télémark et les concurrents étaient pratiquement tous des gens ayant l’expérience de la montagne. Avec l’évolution du matériel, ça s’est beaucoup démocratisé: aujourd’hui, si vous êtes un bon skieur, vous vous en sortez dans ce type d’épreuves.» A la précision près qu’avec un juge de paix tel que le Pacheu il vaut mieux ne pas être sujet au vertige pour s’attaquer au «Muveran».

Émotion à 2800 mètres

Le Pacheu. Beaucoup ne viennent que pour lui. «Sans ce couloir, le Muveran n’est pas vraiment le Muveran», rappelait Julie Morex. La sportive de Gryon avouait même qu’elle n’aurait pas pris part à cette 68e édition si les conditions avaient contraint à opter pour le parcours de remplacement, sur les pistes de Villars/Gryon. «Comme je suis de la région, je tenais absolument à grimper une fois dans le Pacheu. Et je n’ai pas été déçue. Quelle émotion au sommet (ndlr: à 2800 m d’altitude)! Ça m’a donné envie de m’y attaquer une fois en été.»

Le «Muveran» constitue une chance unique d’escalader en toute sécurité le mythique couloir (300 m de dénivellation à 45% de pente moyenne). «J’entends parler de cette épreuve depuis tout gamin, car mon père y participait dans les années 1970, expliquait Didier Fatton. Je voulais voir une fois à quoi ça ressemblait, en particulier le fameux Pacheu. C’est vraiment très raide.» Le Neuchâtelois avouait avoir renoncé à se retourner, lors de la montée, se privant ainsi du fantastique panorama sur la région lémanique. «Comme j’ai tendance à avoir peur du vide, j’étais hyperconcentré. Je m’appliquais à mettre les pas dans ceux de mon équipier, sans lâcher la corde. Heureusement, les marches étaient très bien taillées et on avait même installé une échelle au sommet du couloir pour aider à en sortir.»

«Une émotion inoubliable»

Autre néophyte dans le Pacheu, Alain Rumpf saluait lui aussi le «formidable travail» effectué par Sylvain Fame, le président du comité d’organisation, et son équipe de 200 bénévoles. «Participer à une compétition dans un cadre pareil, c’est une expérience extraordinaire», s’enthousiasmait-il. Cycliste routier à la base, «en territoire plutôt hostile dans cet environnement de haute montagne», le Villardou reconnaissait s’en être sorti grâce à la solidarité de son équipier – «il m’a très bien coaché» – et d’autres concurrents, ainsi qu’au parcours remarquablement sécurisé. «J’ai bien essayé de me retourner une fois dans le Pacheu… je n’ai pas eu envie de recommencer. La récompense, je l’ai eue au sommet: ce lever de soleil sur les Alpes valaisannes, ça restera une émotion inoubliable.»

Défi pour les néophytes, le Pacheu le reste aussi pour les habitués. Parmi lesquels Yves Mathis, qui empruntait pour la quatrième fois le col reliant le vallon de Nant (Vaud) à Derborence (Valais). «On parle beaucoup du couloir de la Rosablanche, sur la Patrouille des Glaciers, mais le Pacheu est à mon avis bien plus impressionnant», soulignait le skieur-alpiniste de Bavois.

En 68 éditions, aucun accident grave n’est survenu sur la doyenne des épreuves civiles en Suisse. Dans le Pacheu ou ailleurs. Tous le savent pourtant, une chute dans le vertigineux couloir peut s’avérer fatale. «Le père d’un de mes équipiers avait coutume de dire que l’on n’est pas un homme tant qu’on ne l’a pas franchi, racontait Steve Meylan, de La Tour-de-Peilz. La première fois, j’ai abordé ce couloir avec, disons… une inquiétude particulière. Aujourd’hui, à mon quatrième passage, je me sens davantage en confiance, forcément, mais ça reste une expérience fantastique.»

Créé: 12.04.2015, 21h07

Ecœur et Mabboux remettent ça

Au milieu de la courte nuit, pour les plus matinaux, ou à l’aurore, pour les meilleurs, 851 coureurs (380 équipes) se sont élancés des Plans-sur-Bex, par équipes de deux ou de trois. Jamais les Trophées du Muveran n’avaient connu pareil succès une année sans Patrouille des Glaciers (record de participation en 2010, avec 1308 coureurs.

Entre le traditionnel Trophée, le très technique Super Trophée et le populaire Trophée de Plan-Névé, chacun a trouvé défi à son niveau.

Epreuve reine, le classique «Muveran» (2300 m de dénivellation, 58 km/effort) a été remporté en 2 h 53’ 16” par Yannick Ecœur et Vincent Mabboux. Détenteurs du Trophée, le Valaisan et le Gruérien ont été inquiétés jusqu’au bout par deux invités surprises, les Allemands Toni Lautenbacher et Philipp Schädler, 2es à 1’09 seulement. Le record détenu depuis 2013 par les Valaisans Marcel Theux et Alan Tissières (2 h 48’09) tient donc toujours. Encore que la comparaison soit hasardeuse, deux légères modifications ayant été apportées hier au parcours original.

Chez les dames, la victoire est revenue à la Zermattoise Claudia Stettler et la Bernoise Andrea Huser (3 h 43’46), devant les Valaisannes Véronique Ançay et Lucia Näfen (4 h 05’33).

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